Pour ce nouveau billet, après le controversé Duchamp, attardons-nous sur un autre artiste dont les œuvres furent tout autant sujettes à discussion : Yves KLEIN. Qui n’a pas déjà entendu parler du fameux « International Klein Blue » de Klein ? Et pour ceux qui ne le connaîtrait pas, quelle bonne occasion de faire sa connaissance !

Il faut savoir qu’Yves KLEIN eut une carrière artistique assez courte. Elle ne débuta qu’en 1954 et s’acheva, à sa mort, en 1962. Yves Klein était un artiste français dont le plan de carrière premier était d’être judoka professionnel. Ce n’est qu’en 1949, lors d’un voyage à Londres, qu’il réalise ses premiers monochromes, de tous petits monochromes sur carton qui deviendront pour lui de vrais objets de culte.

Chronologiquement Yves Klein s’inscrit dans la fin du courant moderne début du courant contemporain, sa carrière débutant en 1954 (le courant moderne s’étend de la période de 1870 jusqu’au milieu des années 1950) et appartient au mouvement du nouveau réalisme. Le groupe des Nouveaux Réalistes est créé en 1960 par Yves Klein avec l’aide de son critique d’art Pierre Restany. Ce mouvement s’apparente au Pop Art Américain, dont il est souvent présenté comme la version française. Le nouveau réalisme prône une approche perceptive du réel, un retour à la réalité, une opposition nette avec le lyrisme des peintres abstraits et plébiscite l’utilisation d’objets prélevés dans la réalité de leur temps, tout comme le faisait Duchamp avec ses Ready-Made.

A l’aune de ce qui précède essayons à présent de comprendre son œuvre majeure l’International Klein Blue.
C’est en 1956 après sa seconde exposition « Yves : proposition monochromes » et sa rencontre avec Pierre Restany que le travail sur une couleur unique entre dans la conscience culturelle parisienne. Klein devient célèbre sous le nom d’ « Yves le Monochrome ».

En automne 1956, il crée, avec l’aide d’un marchand de peinture parisien et d’un chimiste l’International Klein Blue (IKB). Il met ainsi au point un medium permettant de fixer la peinture (à base de résine synthétique) qui se rétracte en séchant laissant apparaître le pigment pur là où les liants traditionnels altèrent toujours l’éclat de la couleur. Ce bleu est pour lui « la plus parfaite expression du bleu » et le reflet de la sensibilité individuelle infinie et immédiate à la fois.

Mais alors, pourquoi du bleu et pourquoi des monochromes ?

C’est à partir de 1957 que Klein décide de peindre en bleu, cette couleur étant, selon lui, la plus abstraite qui soit. D’après lui : « Le bleu n’a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs, elles, en ont (…). Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes (…) tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a après tout de plus abstrait dans la nature tangible et visible.».

Ce bleu, intense, sortant de l’ordinaire, a pour volonté d’engager non seulement le regard mais surtout l’esprit. C’est la volonté de faire voir l’esprit à travers le regard.

Le monochrome quant à lui permet de faire en sorte que l’impact de la couleur reste entier sans que le regard ne soit parasité par d’autres éléments. Le monochrome est pour lui une façon de privilégier l’expression de la sensibilité face à la figuration de la forme. Il dira d’ailleurs que la peinture est « comme la fenêtre d’une prison, où les lignes, les contours, les formes et la composition sont déterminés par les barreaux ». Ses tableaux monochromes l’ont ainsi libéré de ces contraintes. La couleur est une donnée concrète, mais elle a un effet puissant et instantané sur le mental.

Dans ses tableaux, Yves Klein s’attache à l’aspect spirituel autant que physique. La peinture a vocation à échapper à l’espace de la vie quotidienne, pour ouvrir celui de la réflexion.

Enfin, pour aller un peu plus loin dans l’analyse des œuvres d’Yves Klein nous pourrions aborder, en guise de conclusion, son travail sur la texture et les supports. Dans ses œuvres, Yves Klein accorde autant d’importance à l’aspect spirituel qu’à celui du physique. Pour lui, la peinture est affaire de méditation, affaire « d’immatériel ». Pour illustrer notre propos, nous nous attacherons à deux de ses œuvres les plus connues : les anthropométries (1) et les éponges (2).

 •   Les anthropométries :

Yves Klein désignait l’anthropométrie comme étant « la technique des pinceaux vivants ». Ces œuvres sont particulièrement intéressantes pour les raisons suivantes :

  • Elles proposent une manière innovante de « faire de l’art ». La conception de ces œuvres a souvent été filmée et se voulait être un spectacle devant un public qui peut réagir en direct (enregistrement des séances sous formats vidéo et audio).
  • Cette technique permet de donner une plus grande place au modèle, qui, habituellement, pose pour le peintre. Dans le cas de Klein le modèle est montré au public et c’est lui qui peint le tableau, par son empreinte. Yves Klein agit ici en chef d’orchestre uniquement.
  • Les éponges :

Pour Yves Klein et pour beaucoup d’entre nous les éponges sont connues en art comme moyen d’appliquer la couleur sur la toile par imprégnation, évitant, ainsi, le tracé du pinceau. A l’occasion de travaux réalisés à l’éponge, Yves Klein découvre « la beauté du bleu dans l’éponge », redoublant l’intensité du pigment. Cette découverte l’a donc amené à utiliser l’éponge comme « matière première » de ses œuvres. Pour Klein la forme anonyme du végétal s’imposait comme l’équivalent du monochrome en peinture. Yves Klein se plaisait d’ailleurs à dire qu’« après avoir voyagé dans le bleu de mes tableaux, les spectateurs en reviennent totalement imprégnés en sensibilité comme des éponges ».

 

Retrouvez notre précédent billet d’art → ABCDuchamp

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