Vérité et mensonge
Illustration du billet citoyen vérité et mensonge

Vérité et mensonge

L’huis de l’omniscience divine est éternellement inaccessible à la condition humaine.

Cela fait de nous des êtres passionnels condamnés à recevoir et ingurgiter une certaine quantité d’informations, dont la véridicité et la crédibilité ne sont attestées que par le pouvoir symbolique accordé collectivement aux transmetteurs des messages qui constituent l’ensemble de notre champ informationnel.

Les lanceurs d’alerte, ces flambeaux dont la flamme vacillante s’étouffe dans un monde saturé de ténèbres et métaphoriquement considérés comme nos chevaliers des temps modernes, incarnent le phare de la véridicité dans la cave obscure et absconse du champ de l’information, où nous autres quidams, sommes réduits à être de simples récepteurs passifs d’un flux d’informations en perpétuel mouvement.

Le lanceur d’alerte, comme son étymologie l’indique, actionne la sonnette d’alarme d’où s’élève le cri strident de la fâcheuse vérité. Ce coup de sifflet retentissant, tournoyant avec écho dans notre pataude compréhension du réel, a pour vertu d’arracher notre conscience à la pesanteur de son pondéreux sommeil léthargique. Éblouis, aveuglés par ce trait de lumière perçant, mettant à nu des pans sombres du réel en gravitation, nous voilà éberlués, étourdis, par l’écrasante vérité que le mensonge habile avait recouvert de son obscure draperie.

Cependant, aussi divers et multiples que puissent être les complots fomentés à l’encontre des truismes ; du pot aux roses, exsude sempiternellement le même effluve.

Le mensonge est un travestissement de la vérité, mais le ressort de cette fourberie qu’elle soit individuelle ou collective n’est toujours que l’émanation d’un consentement volontaire ou aveugle à une somme d’intérêts contraires à l’évidence.
Oui, je l’affirme, c’est la divergence de nos intérêts et nos rapports dissensuels qui composent la sombre étoffe du mensonge.

En effet, si la communauté des hommes était constituée et mue par des intérêts strictement similaires et homogènes, la notion de mensonge n’aurait pas lieu d’exister. Cela est évident, puisque le mensonge nuit nécessairement à autrui et à ses intérêts. Dans notre exemple, mentir, reviendrait donc à porter atteinte à ses propres intérêts, ce qui est absurde. Cependant, l’histoire collective des Hommes démontre avec une imperturbable constance que les rapports de domination individuels et collectifs constituent l’un des fondements immuables de nos sociétés humaines.

Nous posons l’axiome suivant : le mensonge, qui est une falsification du vrai, est l’objet d’un consentement individuel et/ou collectif, contraint ou non contraint, éclairé ou aveugle, qui repose sur l’existence indubitable chez les êtres humains, d’intérêts individuels et collectifs contraires et divergents. En somme, l’Homme ment par intérêt.

Puisque le mensonge s’abreuve à la source de notre humaine nature, faut-il nourrir l’irrationnel espoir de l’éradiquer ? Faut-il même envisager de le combattre et de le supprimer ?

Le mensonge est-il un mal en soi ?

Nous avons dit précédemment que le mensonge peut se matérialiser sous différentes formes, servir de nombreux dessins, tout en étant soumis à une même loi. Il est admis que mentir est à bien des égards néfastes, intolérables et parfois criminels. Accuser à tort un innocent est là une chose inacceptable, cacher des quantités d’argent pharaonique dans des paradis fiscaux dans le but d’éviter l’impôt, en reniant le principe de redistribution bénéficiant aux multitudes défavorisées, c’est abject, mentir éhontément à des enfants, c’est leur voiler la vérité d’un monde qui les rattrapera tôt ou tard. Et pourtant, faut-il interdire le mensonge au point de révéler des vérités parfois cruelles et mortifères ?

La vérité peut-elle se passer de morale ?

Toute la vérité, rien que la vérité, toujours la vérité. La vérité est un idéal, un idéal inestimable mais un idéal inatteignable dans son étendue. Notre imperfection de nature fait de nous des êtres rétifs à cette vérité objective, immuable, fille d’un grand tout, fruit de nos rêveries et de nos profondes obsessions métaphysiques. L’être humain est une accumulation de vérités attrapées au vol qu’il s’approprie et fait siennes, vérités toujours plurielles, toujours subjectives, toujours interprétatives, éternellement débattues.

Aussi noble et valeureux que puisse être le combat pour la vérité chez un animal aussi imparfait que l’Homme, il arrive que celle-ci prenne des accents amers, ignominieux ou immoraux.

Parangon de la vérité et délateur de mensonges, le lanceur d’alerte est affublé d’un nom moins convenable à l’endroit de ceux qu’il a trahis. On le nomme « la taupe ». Taupe ou lanceur d’alerte, cela dépend où sont situés les intérêts de l’observateur. En effet, la taupe/le lanceur d’alerte, a aussi pu être cet individu, qui au tocsin de la vérité subjective de ses convictions personnelles, conforté par la vérité objective des faits, dénonça des opposants politiques sous l’empire des dictatures les plus terribles, cafarda des hommes et des femmes engagés dans la résistance française ou encore, débina au professeur un camarade de classe ayant omis d’apprendre sa leçon.

Je vous le demande, le prix de la vérité est-il si inestimable, que des hommes et des femmes protégeant au péril de leur vie de pauvres âmes persécutées, auraient dû livrer, sous le feux des questions ces malheureux aux autorités mortifères ?

Est-il justifiable qu’au nom de la vérité, nous empêchions un enfant de rêver ?

Comme nous venons de le voir, il existe de nombreuses situations où il est envisageable et même préférable que la vérité se teinte de silence.
Pourtant, cela ne doit rien retirer au caractère sacré de la vérité. Elle se révèle être une respiration essentielle à la démocratie des sociétés humaines et se justifie par le progrès humain qui l’accompagne, lorsqu’elle fait la lumière sur nos erreurs passées et présentes, quand elle confond les ennemis de l’intérêt général, lorsqu’elle irradie de ses rayons solaires la justice des Hommes.

L’ Homme se tromperait en poursuivant une vérité qu’il ne saurait atteindre, une vérité autre qu’une vérité humaine, une vérité à son honneur, une vérité imparfaite mais une vérité morale.

Comme vous le constatez, cet écrit aura très largement débordé le cadre du sujet qui n’aura été qu’un prétexte pour dériver vers une analyse à dominante philosophique. La question laissait entrevoir les soubassements d’un sujet beaucoup plus profond, beaucoup plus puissant ; l’antinomie de la vérité et du mensonge.

Malheureusement aucune réponse claire n’ai été délivrée à la question initiale, c’est pourquoi je vais m’appliquer à fournir mon impression lapidaire dans les lignes qui suivent.

Mon idée est le prolongement corollaire d’un fait établi plus haut. Tant qu’il se trouvera des Hommes, il se trouvera des individus pour faire jaillir la vérité d’un acte ou d’une situation cachée du fait des rapports de domination qui nous structurent et qui nous posent en rivaux invétérés. Vérité, mensonge et trahison constituent la boucle de nos rapports sociaux.

 

A.M.M

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