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Illustration, véganisme et écologie, un mariage pas si simple

Véganisme et écologie, un mariage pas si simple

Le véganisme se définit comme le courant idéologique et pratique visant à l’exclusion de tout produit d’origine animale du circuit de la consommation chez l’être humain. Ce mode de vie dont l’alimentation est basée sur l’absorption de nourriture exclusivement végétale est issu du courant philosophique antispéciste, dont la doctrine est d’abolir le système de hiérarchisation anthropocentré consacrant la supériorité et la primauté de la race humaine sur tout autre espèce vivante. Historiquement, l’idéologie de l’égotisme occidental dans son rapport aux animaux s’est construite à travers mille ans de christianisme, se chargeant de semer sur le chemin de son ascension les graines de l’exploitation et de la dégradation de la condition animale au nom d’une humanité hors-sol et transcendantale. Dans la mythologie chrétienne, Dieu impose une hiérarchie : les animaux sont offerts aux hommes et les végétaux sont offerts aux hommes et aux animaux. C’est le point de départ d’une symbolique consacrant l’animal judéo-chrétien comme chose parmi les choses, vidé de sa substance sensible et pensante. Le courant végan est empiriquement l’un des fruits issus de l’arbre fécond et pas si contemporain de l’antispécisme dont Celse, philosophe néoplatonicien du IIème siècle de l’ère commune, se fait l’antique écho dans son discours véritable. C’est un ouvrage aujourd’hui disparu, dont des bribes importantes de sa pensée nous sont parvenues grâce à la critique abondante de son œuvre par le théologien alexandrin, Origène, auteur du volumineux Contre Celse. Voici un extrait de la pensée révolutionnaire du philosophe, « A regarder du haut du ciel sur la terre, quelle différence pourraient offrir nos activités et celles des fourmis et des abeilles » (IV.85.). Celse dans un renversement total de la pensée de son siècle, affirme qu’il n’existe pas une différence de nature entre les hommes et les animaux, mais une différence de degré. La doctrine antispéciste contient les germes d’une révolution copernicienne mettant en branle la place centrale de l’être humain au sein de son écosystème. Cette volonté d’homogénéisation des droits, diffusée à l’ensemble de la biocénose [1] est une avancée de la pensée occidentale d’avant-garde résultant d’une prise de conscience de la fragilité de notre humaine condition, de l’interdépendance des éléments constitutifs de notre biotope [2] dont nous sommes l’une des composantes et la contemporaine considération de la souffrance animale. La doctrine végan se pose donc en légitime tête de proue des différents mouvements qui militent pour la reconnaissance de droits et de protections des animaux. Mais le sujet de notre question est à peine effleuré. Le véganisme fait-il partie de la solution aux défis écologiques contemporains ?

Le véganisme, un faux sujet

Les enjeux écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés ne sont pas, de fait, majoritairement liés à nos modes de consommation. La pression insoutenable et infernale exercée sur notre environnement tire son essence de nos modes de production issus du système productiviste, induit par le capitalisme moderne. La contamination des sols, l’empreinte carbone, la pollution des océans, le réchauffement climatique, la surexploitation des terres et la disparition des terres rares, sont autant de maux dont la surproduction, induisant des comportements de surconsommation, est la cause première du délitement de l’écosystème planétaire. L’utopie végan au sein d’une économie de marché capitalistique cour le funeste risque d’incarner une nouvelle dystopie écologique. En effet, une consommation mondiale basée sur l’application de l’idéologie végan, créerait mécaniquement une demande exponentielle d’aliments végétaux pour le marché de la consommation alimentaire. Face à une demande de végétaux alimentaires d’ampleur mondiale, l’industrie agroalimentaire au sein d’une économie capitaliste serait certes en mesure de répondre à ces nouveaux besoins, mais à quel prix ? Une exploitation croissante des terres agricoles, une rationalisation toujours plus poussée de l’agriculture, l’utilisation massive de pesticides afin de soutenir une demande mondiale croissante, le recours à une agriculture OGM pour garantir le succès des récoltes afin de minimiser le risque de pénurie ou encore la création de terres agricoles artificielles induites par la surexploitation et l’épuisement des sols fertiles existants. Le résultat d’un point de vue écologique pourrait s’avérer catastrophique et contre-productif, se transformant en véritable détonateur du déclin programmé de la race humaine. La question n’est pas d’être, végan, flexitarien ou omnivore, notre environnement se passe d’un tel décret qui n’est ni la solution, ni le problème du combat écologique actuel.

Traiter le mal à la racine

La cause réelle du creusement de notre dette écologique provient, comme dit précédemment, de la surexploitation de nos ressources planétaires par un système économique déraisonné et aveuglé par le mythe illusoire d’une croissance infinie à l’intérieur d’un espace aux capacités finies. Nous nous donnons l’illusion de vivre dans un monde où la modernité s’émancipe de toute religion alors que les apôtres de la religion monothéiste du capital, répandue sous le nom d’économie libérale, prônent la même essence métaphysique et spirituelle surannée, déconnectée de notre univers sensible et matériel.

Certes le véganisme incarne un changement de paradigme quant à notre rapport aux animaux et tend à révolutionner nos modes de consommation, mais pour devenir une composante essentielle de la lutte écologique, il se doit d’aller au-delà de son carde antispéciste et apporter des solutions de substituts aux produits d’origine animale, écologiquement crédibles, responsables et pérennes au risque de renforcer ou de maintenir l’inertie à l’origine de l’étiolement de notre écosystème.

A.M.M

[1] Biocénose : Ensemble des êtres vivants qui occupent un milieu donné (le biotope), en interaction les uns avec les autres et avec ce milieu. (Dictionnaire de français Larousse)

[2] Biotope : Milieu défini par des caractéristiques physicochimiques stables et abritant une communauté d’êtres vivants (ou biocénose). (Dictionnaire de français Larousse)

Sources :

Cosmos, M. Onfray

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