Lettre au président
Illustration, Focus du O' lettre au président

Réponse au président

La particularité de notre pays, la France, réside dans le beau génie de son peuple. Un peuple héritier de la philosophie des lumières, de la réflexion politique, porteur des espoirs d’un humanisme de la tolérance et de la dénudation pascalienne du souverain ; un peuple qui n’a de cesse d’irriguer de sa sueur et de son sang le creuset de sa souveraineté. L’histoire de France unifiée à la culture millénaire de la nation française a forgé dans l’alliage précieux de sa matière la mythologique matrice du citoyen français. Fidèle, valeureux et sans concession, il constitue l’infrangible rempart des vertus sacrées de notre humanité. Liberté, Egalité, Fraternité, telle est la devise de la garde nationale pendant la Révolution française, tel est notre inestimable héritage dont l’écho fait encore parvenir jusqu’à nous la lettre et l’esprit. La Révolution française, rupture fondatrice du particularisme de notre citoyenneté a créé les conditions de possibilité, toujours bouillonnantes, de ce que l’historien Max Gallo présage de la force de caractère française, « le peuple français est toujours dans la posture de renverser un gouvernement ». Gravé en lettres d’or sur les tablettes de marbre de notre identité citoyenne, il semble pourtant que ce précepte fut immémoré, sinon négligé par nos gouvernants. Mais les derniers événements démontrent aux intellects de nature honnête que la vertu citoyenne et la sagesse populaire, bien que fissurées par l’intrigue et la corruption latente qui couvent dans notre pays, résistent encore avec vigueur aux vices, à l’immoralité et aux égoïsmes des intérêts particuliers.

Monsieur le président, permettez-moi de m’épancher et de commenter plus en détail l’esprit de votre lettre. A l’introduction de votre dépêche vous mentionnez l’inclination du peuple français pour ce qui constitue trois des domaines d’où il tire sa grandeur. La justice, l’entraide et la solidarité. Nous savons que vous considérez insidieusement cette propension vertueuse comme une faiblesse d’âme. Laissez-moi donc vous rappeler diligemment et avec promptitude qu’il est discuté ici des biens les plus utiles et les plus précieux à même de garantir l’ordre et le bonheur public au sein des sociétés humaines. En effet, c’est au cœur de ces vertus que résident les véritables joyaux des nations. De ces qualités vertueuses consacrant les valeurs humanistes essentielles à une société heureuse et équilibrée vous opérez par un exercice de double pensée un véritable dévoiement, en les érigeant subrepticement en obstacle au bon développement de notre pays.

Par ailleurs, Monsieur le président, vous mettez en exergue et vous célébrez la garantie d’accès pour chaque citoyen, indifféremment de sa situation sociale et fiscale, à l’éducation, à la santé, à la justice et à la sécurité. Néanmoins, du papier à la pratique, de la rhétorique aux faits, la réalité a pour vertu de démystifier les mythes. Par souci de rigueur permettez-moi de nuancer quelque peu vos propos. Pour commencer, en matière d’accès à l’éducation. Le dernier rapport de l’OCDE classe notre nation, la France, parmi les derniers pays développés en matière d’égalité des chances en matière d’accès à une éducation de qualité. Force est de constater que certaines strates de notre éducation sont encore cadenassées. D’autre part, concernant l’accès aux soins. Les déserts médicaux en France périphérique ne cessent de croître de manière intolérable sur l’ensemble de notre territoire. Selon les dernières estimations, 20% des citoyens français affirment aujourd’hui rencontrer des difficultés pour accéder aux services hospitaliers en cas d’urgence médicale et 10% d’entre eux résident à plus de 30 km du premier hôpital. Troisièmement, relativement à l’état de la justice de notre pays. La commission européenne dans son « Tableau de bord de la justice 2018 » compare l’efficacité, la qualité et l’indépendance des systèmes juridiques de ses 28 Etats membres. La France intègre une fois de plus le wagon des mauvais élèves de l’union européenne avec un budget par citoyen en matière de justice tout juste supérieur à celui de Chypre (65,90 euros). Quant à la sécurité, la France est classée 31ème par l’IREF, dont le mode de calcul intègre la sécurité ainsi que l’état des libertés personnelles comme la libre-circulation et la liberté d’association. Monsieur le président nous sommes bien loin des assertions théoriques et rhétoriques censées démontrer un accès égal et universel à ces quatre piliers publics. Au regard de ce constat, comment parvenir sur ces sujets à inverser la courbe quand la tendance de vos actes politiques sont aux coupes budgétaires dans le fonctionnement de l’Etat, à la réduction du nombre de fonctionnaires et à la diminution des cotisations sociales ?

Monsieur le président, vous faites le récit d’une société libre dans laquelle chaque citoyen est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie. Le 31 octobre 2017, la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme entre en vigueur sous votre gouvernement. Que dit-elle ? « S’il existe des raisons sérieuses de penser que le comportement d’une personne constitue une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics, l’autorité de police peut imposer à la personne de ne pas se déplacer à l’extérieur d’un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur à la commune ». Cette disposition est censée garantir notre protection face au terrorisme rampant et cela reste une mesure de prudence en cette période de troubles. Cependant, comme expliquez-vous, sous couvert de cette nouvelle loi, que des citoyens français, opposants politiques ou militants en faveur de diverses causes se voient injustement contraints dans leur droit de manifester pour leur liberté d’opinion. Dois-je vous rappeler que cette liberté repose sur des fondements sacrés ? La liberté de manifester est liberté de se manifester au monde, elle est liberté d’exister et de revendiquer cette existence en qualité d’individu. Et pourtant cette liberté est régulièrement foulée aux pieds sous votre autorité. Monsieur le président, comment justifier de telles paroles quand la réalité fait la démonstration de dérives pernicieuses ?

Vous parlez de violence pour qualifier les événements récents, le mot est approprié. Mais remontons ensemble jusqu’à la racine du mal qui tord le ventre de notre pays. Qui et quoi est à l’initiative des premiers sévices ? Qui fut le premier à porter l’estocade contre le vaisseau français ? Qui n’a cessé et ne cesse d’humilier son particularisme ? Les actes séditieux et la révolte qui court sur notre territoire sont le résultat d’une violence institutionnelle et politique, qui laboure les flancs tuméfiés de notre pays depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, ce que vous pouvez contempler est un acte de légitime défense pavlovien, une réaction épidermique conséquentielle, un renversement de l’obsequium dans une fraction de la population.

A qui revient la responsabilité de la Rome incendiée ? Est-ce au feu lui-même ou au pyromane qui l’a libéré ? Toutefois, à votre décharge, l’auteur de l’étincelle n’est qu’un sempiternel symptôme et « rien n’est plus logique que de voir la Folie trompéter ses propres louanges »  (Erasme). Afin de comprendre et de guérir définitivement le mal qui nous ronge, ce sont les conditions sous-jacentes qui ont permis et nourri l’acte de folie qu’il faut questionner.

Le scarabée au pourchas de l’aigle

Retrouvez la lettre aux français du président de la République → https://www.gouvernement.fr/grand-debat-national-la-lettre-aux-francais-du-president-de-la-republique

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