raconter des salades
Primavera, Estate, Autunno et Inverno de Giuseppe Arcimboldo (1573), huile sur toile, musée du Louvre (Paris)

Expression ~ Raconter des salades

Décryptage de la semaine

Cacophonie médiatique, faux et usage d’infox, porte-parole en l’air et débats qui ne volent pas haut… A l’ère de la sur-communication et de l’infobésité, raconter des salades est devenu plus que jamais un sport international.

Mais quel rapport entre les légumes verts et les bobards de nos grosses légumes ?! Pour le savoir, lisez le décryptage du O’, la rubrique qui ne « mâche » pas ses mots !

 

Esprit, laitue là ?

La recette d’un bon décryptage ? Commencer par un soupçon d’étymologie ! Salade est un nom féminin qui apparaît chez nous en 1414. Notons avec humour que son origine est un joyeux mélange puisque le mot est emprunté, entre autres, aux formes salada, salatta (fin XIIIe – début XIVe siècle) de l’italien insalata, mais aussi de l’espagnol ensalada, du catalan ensalada, etc… 

Salade désigne d’abord un mets composé d’herbes potagères ou de légumes, assaisonnés d’huile et de vinaigre ou de citron, de poivre et de sel. C’est à notre cher Rabelais que nous devons l’introduction des graines de salade en France en 1536[1]. C’est aussi grâce à lui que le terme a désigné le légume que l’on mange en salade ainsi que des espèces cultivées à cet effet, par exemple la salade de chanoine ou « mâche » (1591).

Aujourd’hui, salade sans détermination précise équivaut à salade verte ; s’il y a risque de confusion, c’est à ce syntagme que l’on recourt, les autres salades ayant des désignations spécifiques[2].

 

Mélange des genres

La salade étant un mélange, le mot en est venu à désigner des compositions diverses. Résumé non exhaustif pour les historiens (et les gourmands !) :

  • à base de fruits en 1690
  • composée de viandes froides en 1694
  • de légumes variés (salade russe) en 1877

 

De là vient aussi en salade « accommodé comme une salade » (1876). A partir du XVIIe siècle apparaissent des emplois figurés ; plusieurs ont disparu comme salade de Gascogne pour désigner le chanvre dont on fait des cordes (1619) et salade de gascon « corde de pendu » (1690).

Salade est aussi employé pour « correction manuelle » (1798), « réprimande » (1803).

Viennent aussi les emplois dans (troupes de) salades « formées d’hommes tirés de divers corps » et régiment de salade « petit régiment qui n’a pas encore servi ».

Et qu’en est-il de raconter des salades ? Trêve de suspense, il est temps de se mettre à table !

 

Raconter des salades : (se faire) cuisiner en cinq ingrédients !

De l’idée de « mélange hétérogène », le mot évolue vers un sens de duperie dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dès 1856, le mot se dit d’une réunion de choses confusément assemblées, d’où « ensemble de propos, d’actes qui brouillent (embrouillent) une situation »[3].

On aboutit à la fin du XIXe siècle à salade (souvent des salades au pluriel) pour « histoires, mensonges » et à la locution c’est toujours la même salade : « la même histoire ».

De l’idée de « proposer, vendre », souvent associée à un discours ambigu et flatteur, procède vendre sa salade, d’abord dans l’argot du spectacle, où la locution s’est dite d’un artiste qui essaie d’être convaincant en public (1901). L’expression s’est ensuite appliquée à divers domaines (au hasard, et sans arrière-pensée aucune, dans le domaine politique, par exemple…).

C’est à l’idée péjorative de « complication, confusion » que se rattache la locution populaire chercher des salades à quelqu’un pour « chercher querelle ».

Enfin, dans l’ordre logique des choses, l’expression raconter des salades, qui signifie « tenir des propos embrouillés, confus, voire mensongers, pour tromper son interlocuteur » [4].

Pour retrouver l’intégralité de cette recette, il vous suffit chaque jour d’allumer votre télé, d’écouter la radio ou de lire votre journal, voire d’aller sur Internet. En prime, vous pourriez avoir un supplément de langue de bois ! Une recette qui a encore de beaux jours devant elle !

Hannibal LECTEUR

 

Le saviez-vous ?

Raconter des salades, c’est mal. En vendre, c’est mieux ! Autrefois, les marchands de fruits et légumes travaillant sur les marchés interpellaient les passants d’un « elle est bonne, ma romaine, elle est bonne ! » pour vendre leur laitue romaine. Cette apostrophe aurait donné naissance à l’expression bon comme la romaine, c’est-à-dire « trop gentil, au point de se faire berner »[5]. Et deux décryptages pour le prix d’un! Deux!

 

En bonus : une salade que l’on prend plaisir à écouter (BOURVIL)

 

 

[1] Source : « Quand la salade s’implante en France : l’affaire de Rabelais et de l’Italie ».

[2] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[3] Cf. salmigondis, étymologiquement apparenté.

[4] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TILLIER, Isabelle KORDA, p. 253.

[5] Ibid.

 

Retrouvez notre précédent Décryptage → Être chocolat