Pour des prunes décryptage
Les croisés ont fait tout ça... pour des prunes!

Expression ~ Pour des prunes

Décryptage de la semaine

Des heures, des jours, des mois de travail, d’entraînement, de répétitions et au moment décisif… rien. Rien ? Non, rien, nada… Attendez, nous n’avons quand même pas fait tout ça pour des prunes ?! Eh bien si, puisqu’il s’agit de l’expression du jour ! Explication avec le décryptage du O’, la rubrique savoureuse comme une prune allo !

 

L’étymologie du décryptage ne compte pas pour des prunes !

Prune, nom féminin, est issu du latin populaire pruna / prunum « fruit de prunier ». Prunum est emprunté à une langue méditerranéenne comme d’autres noms d’arbres fruitiers (le grec, par exemple, a proumnon). Le bas latin bulluca, d’origine celtique, qui survit dans certains parlers du nord et de l’est de la France, avait fourni l’ancien français beloce pour « prune sauvage ».

Ce nom de fruit, sans doute antérieur à sa première attestation (cf. ci-dessous prunelle) entre dès la fin du XIIe siècle dans la locution ne preiser une prune « n’avoir aucune estime pour » avec une valeur d’insignifiance toujours vivante dans la locution pour des prunes (1507-1508).[1]

Le plus ancien dérivé de prune est le diminutif prunelle, nom féminin (fin XIe siècle). Et c’est justement cette période qui nous intéresse aujourd’hui.

 

Une croisade qui ne rapporte pas Damas

Retour au temps des croisades. En 1148, les croisés partent à la reconquête d’Édesse. Le 24 juillet, ils mettent le siège devant Damas. Outre son positionnement stratégique, la ville est riche et particulièrement célèbre pour ses prunes dont la saveur, dit-on, est exceptionnelle.

Mais la reconquête tourne court. Les croisés connaissent toutes sortes de difficultés. L’assiégé est retors et bien préparé. Le siège s’éternise et les croisés perdent patience. Damas ne cédera pas. Dès lors, il faut faire demi-tour. On peut parler de guerre éclair, puisque le siège n’aura duré que quatre jours… Parmi les prises de guerre des croisés se trouvent les fameuses prunes de Damas, qu’ils ramènent en Europe.

Pour des prunes décryptage
Les croisés ont fait tout ça… pour des prunes!

Que de temps, d’énergie et de vies sacrifiés pour de maigres trophées. Les croisés en tout cas se désolaient d’avoir fait un voyage aussi long pour des prunes, il est vrai fort savoureuses. L’expression s’est conservée au fil des âges :  elle signifie que l’ « on a accompli une action pour presque rien ».[2]

Hannibal LECTEUR

 

Le siège de Damas : pour des prunes mais aussi…

La seconde croisade fut appelée après que le comté d’Édesse tomba entre les mains de Zengi en 1144.

Le concile d’Acre eut lieu le 24 juin 1148 à Palmarea, près d’Acre, afin de définir la stratégie militaire. L’objectif initial de la croisade, Édesse, était trop éloigné et posait des problèmes de ravitaillement, en provisions et en acheminement d’hommes. L’assaut frontal était inenvisageable en l’état.

Dans le Sud, les risques immédiats pour Jérusalem provenaient d’Ascalon et de Damas. La croisade apparut au moment où une crise politique survenait à Jérusalem. Le roi Baudoin III, régent de la cité, était en conflit avec sa mère Mélisende. L’option d’Ascalon ne lui convenait pas, la raison étant que son frère Amaury, soutien de Mélisende, aurait reçu la cité en régence si elle était conquise. De plus, les nobles de Jérusalem souhaitaient éliminer la menace que représentait Damas, sous l’influence croissante des Zengides. Si la cité tombait entre des mains ennemies, son importance stratégique offrirait la possibilité de mener une campagne militaire directement au cœur du royaume de Jérusalem.

Quelles que soient les raisons qui amenèrent au siège de Damas, le résultat fut un désastre, entre amertume et rancœur pour les croisés. Accusations de trahison, rumeurs de corruption, mauvaises décisions :  de nombreuses dissensions apparurent et perdurèrent. Ce qui était craint  finit par se concrétiser. Nur ad-Din profita du désordre chez les croisés et saisit cette opportunité pour prendre Damas en 1154.

 

En bonus : la prune de Damas (forcément !) et les autres prunes qui ont marqué l’histoire

 

[1] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[2] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TILLIER, Isabelle KORDA, p. 139.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Porter au pinacle

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