Illustration du décryptage POULIDOR
Être un Poulidor

Expression ~ Poulidor

Décryptage de la semaine

« Je suis pratiquement devenu un nom commun. Il y a un Poulidor de la politique, un Poulidor de la pétanque. Il y a un Poulidor de tout, dès qu’il fait deuxième à quoi que ce soit. »

Raymond POULIDOR (1936-2019)[1]

 

Cette semaine, le décryptage rend hommage à une légende du cyclisme, Raymond POULIDOR, disparu le 13 novembre et qui est à l’origine de l’expression du jour.

 

La « Petite Reine » des podiums ?

Raymond POULIDOR est un coureur cycliste français, professionnel de 1960 à 1977.

Il est entré dans l’Histoire du cyclisme pour avoir disputé le Tour de France entre 1962 et 1976… Tour qu’il n’a jamais remporté, pas plus qu’il n’a porté le maillot jaune ! Et pourtant, il a plusieurs fois frôlé la victoire : Il échoue à quatorze secondes du maillot jaune Jacques Anquetil lors de l’étape au sommet du puy de Dôme en 1964, ou encore, lors du prologue de 1973 à Scheveningen, à quatre-vingts centièmes de seconde (!) de Joop Zoetemelk[2].

Illustration du décryptage POULIDOR
Raymond Poulidor, en 1968

Mais rien n’y fait : à chaque fois, il y a un coup du sort, une malchance de dernière minute, un imprévu. Raymond POULIDOR devient alors l’« éternel second »[3] du Tour de France.

 

Une expression qui met un peu de « selle » dans la vie

Très rapidement, le terme « Poulidor » dépasse le champ du cyclisme et ne caractérise plus le sportif, mais plus généralement quelqu’un qui échoue très près de la victoire et termine second. Les linguistes précisent qu’un « Poulidor » n’est pas une expression mais plutôt une antonomase : une figure de rhétorique qui consiste à désigner une personne par une expression qui la décrit ou employer un nom propre pour la caractériser[4]. A titre d’exemple : Un Dom Juan, un Tartuffe ou encore un Tabarin.

Serait-ce là l’héritage sportif et linguistique de Raymond POULIDOR ? Une défaite ? Une malédiction ?

Certainement pas !

 

Poulidor sur ses lauriers

La légende de Raymond POULIDOR comme « éternel second » est une légende erronée qui masque de nombreuses victoires.

Sur le Tour de France, il a remporté sept étapes et détient le record de podiums (huit, dont trois deuxièmes places). Il a également gagné le Tour d’Espagne en 1964. Il fait partie des rares coureurs de l’histoire à avoir terminé au moins dix fois sur un podium final de grand tour. En tout, il a gagné 189 courses.

Et surtout, il a remporté tous les suffrages auprès du public et de ses compétiteurs. Décrit comme un homme simple et sympathique, son panache et sa bonhommie lui ont gagné les faveurs de l’opinion. Humble dans la victoire, grand dans la défaite, Raymond Poulidor, dit « Poupou », n’a peut-être été « que » numéro deux sur le podium du Tour de France mais il sera toujours numéro un dans nos cœurs !

Hannibal LECTEUR

 

En bonus: Raymond POULIDOR en action! (archives INA)

 

[1] Source : « Poulidor : une partie du patrimoine français, 3 juillet 2016 » 

[2] Source : « Tour de France: le maillot jaune de Fabian Cancellara en sursis (REUTERS, 7 juillet 2009)  »  

[3] Surnom donné par le journaliste sportif Émile Besson, qui est aussi à l’origine du surnom « Poupou » (juillet 1962)

[4] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française. Pour de plus amples informations, nous recommandons aux lecteurs les plus curieux de se pencher sur l’ouvrage Mille ans de langue française histoire d’une passion, par Alain Rey, Frédéric Duval et Gilles Siouffi.

Retrouvez notre précédent Décryptage → La puce à l’oreille