Décryptage poisson d'avril

Canular ~ Poisson d’avril !

Décryptage de la semaine

« Poisson d’avril ! » Qui n’a jamais entendu ces mots après un coup de thazard[1] dans le dos ? O’Parleur prolonge le 1er Avril et revient sur l’origine de cette expression… sans noyer le poisson !

 

Un « sériole »[2] lover

Cri de ralliement des farceurs et autres plaisantins, le poisson d’avril a une origine… très éloignée de ce sens ! La première attestation connue de l’expression date du XVe siècle.

Dans le Doctrinal du temps présent, de Pierre Michault (1466), le poisson d’avril désigne un :

entremetteur, intermédiaire, jeune garçon chargé de porter les lettres d’amour de son maître.

 

Cette définition est corroborée par Eloy d’Amerval dans son Livre de la Deablerie (1507-1508). Il n’est donc pas question d’humour mais de passion. En d’autres termes : on ne badine pas avec l’amour !

Ce sens premier n’est pas si surprenant. En effet, Avril dérive du latin populaire aprilis, qui emprunterait lui-même au grec Aphrô, apocope[3] d’Aphrodite. Il s’agirait alors du « mois de l’amour »[4]. Notons que l’expression existait déjà en moyen français (poysson d’avrys) pour désigner le maquereau. Mais comment a-t-on glissé (sans peau de banane) vers le sens humoristique ?

 

Bienvenue chez l’ichtyo

Le poisson d’avril, désignant une plaisanterie liée aux valeurs symboliques du 1er avril, n’est attesté qu’au XVIIe siècle. On trouve la plus ancienne occurrence connue dans La Vie de Charles V, duc de Lorraine, de Jean de Labrune (1691).

Le Dictionnaire de l’Académie française en donne la définition suivante dans la locution « donner un poisson d’avril » (1718) : « obliger quelqu’un à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui »[5].

Quant aux origines exactes du poisson d’avril comme facétie… elles ne sont pas connues[6].

 

L’origine du poisson d’avril… ou l’embarras d’anchois !

Il y a toutefois plusieurs hypothèses très populaires :

  1. On l’associe à Pâques, qui marque la fin du jeûne du carême. Le poisson est un aliment important durant cette période.
  2. La réforme calendaire au XVIe siècle. Au Moyen-Âge, l’année commençait à des dates variées, en fonction des lieux et pays (Noël, 1er mars, etc.). Le roi Charles IX décide, par l’Édit de Roussillon en 1564, que l’année débutera désormais le 1er janvier[7]. La légende veut que certains étourdis ignoraient cette réforme et continuaient de célébrer la nouvelle année le 1er avril. Pour se moquer d’eux, on leur offrait alors de faux poissons pour « célébrer » la fin du carême.
  3. Une troisième hypothèse concerne l’ouverture de la saison de la pêche le 1er avril. On avait coutume d’offrir aux pêcheurs un hareng quand la pêche était trop facile ou infructueuse. De fil en aiguille, on aurait accroché un vrai poisson dans le dos des gens à leur insu. Le poisson en papier se serait ensuite substitué au véritable animal, au grand soulagement des odorats les plus sensibles.

 

Le poisson d’avril aujourd’hui

Vraisemblablement, le folklore a mélangé ces histoires avec d’autres traditions déjà existantes. Avril est considéré comme le premier mois du printemps, de la jeunesse (Ronsard, 1552). Il y a l’influence du carnaval avec l’aspect « farcesque » des rituels marquant le passage à la nouvelle saison.

Le poisson, signe zodiacal, est le dernier signe de l’hiver et du zodiaque. Il marque l’entrée dans une nouvelle période. N’oublions pas l’ichthus chrétien, symbole graphique représentant un poisson. Souvent associé à la figure du Christ, le mot poisson serait un détournement humoristique et irrévérencieux du mot passion.

Ainsi, chaque 1er avril, chacun(e) y va de sa petite plaisanterie, du petit poisson en papier collé dans le dos à la farce plus ou moins subtile. C’est aussi un excellent outil de communication marketing (voir plus bas). Les médias jouent également le jeu en diffusant des canulars (certaines mauvaises langues diront qu’on ne voit pas la différence avec les autres jours).

Après ces explications, bien marlin qui dira que ce décryptage se termine en queue de poisson !

Hannibal LECTEUR, comme un poisson dans l’eau

 

En bonus : un poisson d’avril culte (et un excellent « coup » marketing) par Carambar (forcément).

 

Notes et références

[1]  Nom désignant plusieurs espèces de poissons apparentés aux maquereaux.

[2] La Sériole, ou sériole couronnée, ou plus communément limon (Seriola dumerili) est une espèce de poissons pélagiques de la famille des Carangidae.

[3] Si vous avez lu le précédent décryptage, vous connaissez la définition.

[4] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[5] Source : Trésor de la langue française informatisé – définition de « poisson ».

[6] La tradition festive de la satire et de la farce n’est pas exclusive à la France. D’autres célébrations similaires existent ailleurs depuis l’Antiquité et le Moyen Âge : fêtes religieuses romaines des Hilaria (25 mars) ; la Holi, fête des couleurs hindouiste ; Sizdah bedar, fête persane ; la fête juive de Pourim ; la fête des Fous médiévale en Europe.

[7] Le pape Grégoire XIII étendra cette mesure à l’ensemble de la chrétienté avec l’adoption du calendrier grégorien en 1582

Retrouvez notre précédent Décryptage → Remettre les pendules à l’heure

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