Décryptage Phaéton

Icare de conduite ~ Phaéton

Décryptage de la semaine

Si vous partez en week-end, prudence sur la route ! Vous pourriez tomber sur un phaéton. Un quoi ?! Attachez vos ceintures, le décryptage vous explique le mot du jour.

 

Étymologie, phaéton office !

Phaéton est un nom masculin très ancien. D’abord écrit phaëton (1636), il emprunte au nom propre mythologique Phaethon, lui-même emprunté au grec Φαέθων / Phaéthōn. Le nom signifie proprement « brillant » et sert d’épithète à Hêlios « le Soleil ».

Hélios sur son char, IVe siècle av. J.-C., Temples d’Athéna, à Troie.

C’est le participe présent adjectivé d’un verbe non usité, phaethein « briller », qui appartient à un important groupe de mots exprimant la notion de lumière, comme phôs (cf. phosphore), ainsi que phainein « faire briller » (cf. phéno-) et phanai (phêmi) « rendre visible » (cf. phénol).

 

Code de la (dé)route…

Phaéton, c’est aussi un personnage mythologique. Les auteurs antiques le considèrent comme le fils du dieu Soleil , HéIios, et de l’Océanide Clymène[1]. Malgré cette glorieuse ascendance, il n’est le héros que d’une seule légende : celle de sa chute. En effet, Phaéton peut être considéré comme le plus lamentable et le plus dangereux conducteur de l’Antiquité !

Dans la légende, Hélios conduit un char solaire attelé de puissants chevaux et traverse ainsi le ciel d’est en ouest[2].

Décryptage Zénith

Suite aux nombreuses suppliques de son fils, il consent à laisser ce dernier conduire l’attelage. Après moult recommandations, il donne les rênes du quadrige solaire à Phaéton, qui s’élance dans le ciel. Mais ce dernier est inexpérimenté : les chevaux (Pyrois, Éous, Aethon et Phlégon) s’emballent. Et là, c’est le drame !

 

Arrête ton char !

Hors de contrôle, les puissants destriers quittent leur trajectoire et provoquent des catastrophes dans le monde entier. Des villes, des montagnes, des contrées entières s’enflamment, les glaciers fondent, les fleuves s’assèchent, les mers se réchauffent, leur niveau baisse, découvrant de nouvelles îles. Cette chevauchée mythologique explique aussi la présence des grands déserts en Afrique, tel le Sahara[3].

Merci, Phaéton !

Ça chauffe pour le chauffard. La voûte des cieux risque de s’effondrer. Alerté des « prouesses » de Phaéton, Zeus n’a d’autre choix que de le foudroyer et de le précipiter dans le fleuve Éridan.

Sarcophage représentant la chute de Phaéton et course de chars au cirque Maximus, IIe siècle, Galerie des Offices.

Les Naïades de l’Hespérie[4] lui élèvent un tombeau et inscrivent sur la pierre un poème :

Hic situs est Phaeton currus auriga paterni quem si non tenuit magnis tamen excidit ausis. / Ci-gît Phaéton, qui fut l’aurige du char de son père ; il ne put le maîtriser, mais sa grande témérité le perdit.

Ainsi s’achève la carrière du premier chauffard de l’Antiquité, qui démontra aussi bien malgré lui les dangers du réchauffement climatique[5].

 

Phaéton aujourd’hui

Le mot trace sa route jusqu’à la langue française. On le relève une première fois dans une traduction au XVIIe siècle. En 1668, il désigne avec une valeur ironique un conducteur d’attelage. Aujourd’hui, ce sens a disparu.

Par métonymie, c’est le nom d’une petite voiture à une place tirée par un cheval (1721), puis d’une voiture hippomobile à deux ou quatre roues, rapide et légère (1789), enfin, d’un ancien modèle d’auto­mobile découverte (1892).

Dcéryptage Phaéton
Modèle automobile Serpollet double phaéton de 1902.

Le mot reste vivant en zoologie où il désigne un oiseau palmipède de grande taille (1780, Buffon). Sans doute, d’après Buffon qui attribue la paternité du nom à Linné, « parce qu’il semble être attaché au char du soleil sous la zone brûlante que bornent les tropiques »[6].

Décryptage Phaéton
Phaéton à bec rouge

Espérons que ce dernier vole mieux que son inspiration « cala-mythe-euse ».

Hannibal LECTEUR, zéro de conduite

 

En bonus : Chariots of fire, de Vangelis (1981).

 

Notes et références

[1] Dans la mythologie grecque, Clymène est une Océanide, fille d’Océan et de Téthys. Les différents récits à son propos lui donnent des origines contradictoires. Elle est tour à tour : 1/ Épouse du Titan Japet (à la place de Thémis), de qui elle aurait eu Prométhée, Épiméthée, Atlas, ainsi qu’Hespéros et Ménétios selon les sources ; elle est alors confondue avec l’Océanide Asia ; 2/ Épouse de Prométhée (à la place de Pronoia) et mère de Deucalion ; 3 / Mère de Mnémosyne, conçue avec Zeus ; 4/Mère de Phaéton et des Héliades. Paul Verlaine a également écrit un poème « À Clymène » dans le recueil Les Fêtes galantes.

[2] Il s’agit d’une allégorie de la course du soleil dans le ciel.

[3] Dans ses Métamorphoses, Ovide explique que c’est de ce jour que les « Éthiopiens » (les Africains) ont eu un corps d’ébène et que le Nil, épouvanté, a fui à l’extrémité du monde et a caché sa source, encore inconnue à l’époque de l’auteur.

[4] Dans l’Antiquité, le terme Hespérie (en grec ancien Ἑσπερία / Hespería) désigne la contrée à l’ouest la plus proche du lieu où l’on en fait la mention. Ainsi, du point de vue de la Grèce, l’Hespérie désigne l’Italie (plus particulièrement la région du Latium dans l’Énéide de Virgile). Elle désigne aussi parfois la péninsule Ibérique.

[5] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TILLIER, Isabelle KORDA, p. 362.

[6] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Impossible n’est pas français

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