Décryptage Ovni

Téléphone maison ~ Ovni

Décryptage de la semaine

A l’occasion de l’anniversaire d’E.T. l’extraterrestre[1], O’Parleur rouvre les « X-files » et parle d’ovni. Ovni, qui signifie aussi « O’Parleur Vendredi Nouvel Idiome ». Embarquez pour un décryptage à la rencontre du troisième type !

(Ah! Si seulement David Vincent avait pu lire O’Parleur à l’époque…)

 

Ovni : distinguer le vrai d’UFO

« La vérité est ailleurs »[2] mais l’étymologie est ici ! Ovni, nom masculin, est le sigle de « Objet Volant Non Identifié ». Parfois également baptisé MOC (« Mystérieux Objet Céleste »), il se calque sur l’anglo-américain UFO pour Unidentified Flying Object.

Notre histoire commence en 1947, en Oregon. Un pilote américain, Kenneth Arnold, raconte sur les ondes de la KWRC son étrange expérience. Le 24 juin 1947, soit deux jours plus tôt, il a observé en vol, près du Mont Rainier (Washington), neuf objets en forme de galets plats, très brillants et très rapides.

Extrait du témoignage de Kenneth Arnold (12 juillet 1947), avec des des croquis décrivant les ovnis. Nous sommes loin des « soucoupes volantes ».

Ils volaient comme des oies, dans un mouvement sautillant, analogue à celui d’une soucoupe ricochant sur l’eau. Ironiquement, la soucoupe désigne ici le mouvement des objets et non leur forme. Pourtant la presse relate qu’il s’agit de « soucoupes volantes » (flying saucers). On parlera également d’« assiette à tarte » (pie-plate).

Journalistes, FBI, militaires, scientifiques et simples badauds se pressent sur les lieux pour apercevoir ces fameuses soucoupes. Si l’on juge le témoignage d’Arnold peu crédible, il va déchaîner l’imagination du public et les théories les plus folles. En effet, on venait tout simplement d’inventer les soucoupes volantes[3] et le phénomène « ovni ».

 

Et j’ai crié, crié « ALIEN ! » pour qu’il revienne…

Dans les jours qui suivent, les témoignages d’apparitions d’ovnis se multiplient aux USA et dans le reste du monde. Des enquêtes sont menées. De nombreux récits sont classés comme étant des canulars ou des erreurs d’interprétation. Mais certains événements vont alimenter la légende.

Ainsi, le 4 juillet 1947, l’armée américaine annonce la récupération d’un « disque volant » suite à un crash à… Roswell. L’armée rectifie son communiqué et précise qu’il s’agit d’un ballon-sonde. L’auteur du premier communiqué a sans doute été marqué par le témoignage d’Arnold neuf jours plus tôt. L’affaire connaît un bref retentissement dans les semaines qui suivent. Puis elle est classée, du moins pour un temps[4].

Le phénomène « ovni » entraîne de nombreuses enquêtes par les autorités. Parmi elles, le projet Blue Book, de 1952 à 1970. Cette commission, mandatée par l’US Air Force, reste la plus notoire des études américaines sur le sujet. C’est son premier directeur, Edward J. Rupelt, qui trouve l’appellation UFO[5] au début du projet. Selon lui, le terme flying saucer ne reflétait pas la réalité des observations effectuées.

 

Un ovni dans la langue française

Le sigle UFO passe en français vers 1972 mais est rapidement remplacé par ovni (1972 in. Sciences et Avenir). Ovni s’impose alors à propos de toute manifestation céleste inexplicable supposée pouvoir correspondre à un engin non terrestre. Cependant, ses dérivés, ovniste, nom, et ovnilogie, nom féminin, apparus après 1970, ont plus de mal à supplanter les termes ufologue (1974) et ufologie (1972), dérivés de UFO[6].

Par extension, on parle d’ovni quand un élément est inclassable dans son domaine : « un ovni dans le cinéma/la cuisine/la littérature/la musique/etc… »[7].

Et il n’y a pas que les américains qui ont des commissions d’enquêtes et des séries sur les extraterrestres ! Oubliez les X-Files et autres Projet SIGN[8]. En France, de 1977 à 1988, nous avons eu le GEPAN (Groupe d’étude des phénomènes aérospatiaux non identifiés). Si vous suivez la série Ovni(s) sur Canal+, ce nom ne vous est pas étranger. Le SEPRA[9] lui succède de 1988 à 2004.

Décryptage Ovni

Aujourd’hui, il existe deux entités : le GEIPAN (Groupe d’étude et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), un établissement public, et le SEMOC (Section d’étude des mystérieux objets célestes), un établissement militaire dont les archives sont classées secret défense ! Encore un coup des hommes en noir ?

 

De qui SEMOC-t-on ?

Pour conclure ce décryptage, effectuons un rapide détour par la culture populaire et les arts. En premier lieu, nous citerons H.G. Wells qui a fait entrer les extraterrestres dans la littérature avec La Guerre des mondes (1898). Outre la pléthore de films inspirés par l’œuvre (l’invasion extraterrestre et la guerre contre l’humanité), nous lui devons également un célèbre canular.

Illustration d’un tripode dans l’édition belge de 1906 du roman, par Henrique Alvim Corrêa.

Le 30 octobre 1938, Orson Wells adapte de façon très réaliste le roman. Il se fait passer pour un présentateur de la CBS qui interrompt les programmes en cours pour relater une véritable invasion extraterrestre. La légende veut que l’émission ait crée un véritable vent de panique chez la population. Si la postérité a (beaucoup) exagéré l’impact du canular, il n’en reste pas moins populaire.

 

Aujourd’hui, les extraterrestres sont partout ! Dans les livres, les films, les séries et les jeux vidéo ! La plupart du temps, ils veulent nous anéantir ou nous sauver (même si nous ne le méritons pas toujours). En bons voisins, ils viennent aussi nous demander notre recette de soupe aux choux !

Décryptage Ovni

 

Sur le plan scientifique, les progrès opérés au cours des dernières décennies ont permis de démythifier beaucoup de phénomènes liés aux ovnis. La découverte d’exoplanètes[10] permet même de reconsidérer l’idée que, peut-être, nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Cela reste évidemment un « peut-être ».

Quoiqu’il en soit, que l’on croie ou non aux extraterrestres, ces derniers n’ont pas fini de faire parler d’eux !

Hannibal LECTEUR, remercie David Duch’OVNI

 

En bonus : un ovni dans le cinéma ? Non, mais une très belle histoire d’amitié entre un petit garçon et un extraterrestre. E.T. L’Extraterrestre de Steven Spielberg (1982).

 

Qui n’a jamais employé l’expression « téléphone maison » ? Ou n’a jamais eu peur quand l’unité HAZMAT envahit la maison d’Elliot ? Qui ne s’est jamais émerveillé devant l’envol des vélos ? Et surtout, qui n’a jamais pleuré quand l’on croyait que E.T. était mort ? (« ‘fin moi jamais, hein, j’ai des allergies/une poussière dans l’œil/des ninjas invisibles coupent des oignons/ » – Oui, oui…).

39 ans après, la magie opère toujours (ainsi que cette magnifique bande-son !).

 

Notes et références

[1] C’était le 11 juin 1982 aux USA.

[2] Dixit Heidegger et Platon… et X-Files !

[3] Pierre Lagrange, Comment tout a commencé, in Anomalies, 1997, no 3 : « La toute première apparition de soucoupes volantes a eu lieu le mardi 24 juin 1947 dans le ciel de l’État de Washington. »

[4] En 1980, l’écrivain Charles Berlitz et l’ufologue William Moore publient The Roswell Incident, qui dénonce des manipulations de l’armée. L’ouvrage aura un succès tel que le Congrès américain demandera à l’US Air Force de fournir des explications en 1994. Roswell est aujourd’hui l’une des histoires d’ovnis les plus célèbres et occupe une place de choix dans l’imaginaire des gens, la pop-culture et les débats entre « croyants » et « profanes ». Et ne parlons même pas de la Zone 51 (Area 51) dans le Nevada.

[5] Il reprend d’ailleurs le terme dans un mémoire : « The Report on Unidentified Flying Objects » 1956.

[6] L’anglais possède seulement ufological (1966) et ufologist (1966).

[7] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[8] Première étude officielle sur les ovnis par le gouvernement américain en 1947.

[9] Son intitulé évolue avec le temps. Il signifie d’abord « Service d’expertise des phénomènes de rentrée atmosphérique » (1988-1999) ; puis « Service d’expertise des phénomènes rares aérospatiaux » (2000 à 2004).

[10] Planètes situées en dehors de notre système solaire.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Sucrer les fraises

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