Décryptage Ornithologie Hommage à Sean Connery / James Bond

L’espion qu’on aimait ~ Ornithologie

Décryptage de la semaine

O’Parleur rend hommage à Sean Connery, interprète légendaire de James Bond (et de tant d’autres personnages mémorables) en parlant… d’ornithologie ! Mais quel rapport avec l’espion le plus célèbre de Sa Majesté ? Réponse dans un décryptage Rien que pour vos yeux[1] !

 

Les diamants sont éternels[2]… L’étymologie aussi !

Notre mission commence en Grèce. ORNITHO– est tiré du grec ornis, ornithos et signifie « oiseau ». Le terme désigne aussi bien l’oiseau domestique que l’oiseau de proie. Dès l’attique (fondation d’Athènes), le mot, précisé par un adjectif, est employé pour désigner la poule et le coq, puis, plus couramment, la poule.

En grec, il constitue, sous la forme ornitho-, le premier élément d’une quarantaine de noms composés et, sous la forme –ornis, le second élément de quelques mots. Le grec moderne l’a aussi gardé en nom simple, nommant ornitha la poule et ornio l’oiseau de proie, la buse.

 

Les oiseaux se cachent pour… vivre et laisser mourir[3]

Ornitho– entre dans la formation de termes relatifs aux oiseaux ou désignant des plantes et des animaux présentant des ressemblances avec les oiseaux.

Le premier, ornithologie n.f., concerne la partie de la zoologie qui étudie les oiseaux (1649). Emprunté au latin ornithologia (1595)[4] « ouvrage s’occupant des oiseaux », il a donné l’adjectif ornithologique (1771) et le nom ornithologiste (1717 ; ornithologist en anglais dès 1677), concurrencé par ornithologue (1759).

N’oublions pas l’ornithomancie n.f., (1717) « art de la divination par le chant ou le vol des oiseaux » et l’ornithophilie n. f (1755), « amour des oiseaux » et « personne qui aime les oiseaux », créations didactiques du XVIIIe siècle. Ornithorynque (1805) apparaît d’abord en 1803 sous la forme ornithoringue (1803).

Vous avez fini, docteur ? No ![5] En médecine, les chercheurs évoquent l’ornithose pour dénommer une maladie infectieuse de l’oiseau, transmise à l’homme[6].

 

L’ornithologie et James Bond

Mais où est le lien entre les deux ? Le Décryptage nous aurait-il menti ? Non, pas d’entourloupe dans l’azimut[7], la révélation arrive !

15 janvier 1952, 9h00, Villa GoldenEye. Ian Fleming, journaliste britannique et ancien membre du renseignement naval, vient d’achever son premier roman d’espionnage, Casino Royale. Fortement inspiré de sa carrière d’espion, son personnage est aussi une projection idéalisée de l’auteur[8]. Pour le baptiser, Fleming, qui se passionnait pour les oiseaux, trouva l’inspiration dans un ouvrage d’ornithologie qui l’accompagnait partout : Birds of the West Indies. Il fut marqué par le nom de l’auteur, qu’il trouvait à la fois simple et puissant. Son nom était… Bond, James bond.

En tout, l’auteur écrira 12 romans, 9 nouvelles, 2 recueils jusqu’à sa mort en 1964. Il laisse en héritage une icône qui a définitivement marqué la pop culture, entre bagarre, amour, luxe, calme et volupté.

Hannibal LECTEUR, au shaker, pas à la cuillère !

 

En bonus : la classe, tout simplement !

 

Le saviez-vous ?

Alors que le « monde » est suspendu au verdict des élections américaines, ne sachant à quelle sauce burger il va être mangé lors des quatre prochaines années, un autre président américain a influé sur le destin de James Bond.

Le 17 mars 1961, le magazine Life publiait la liste des dix livres préférés du président Kennedy. Bons baisers de Russie y figure en neuvième position, entre Le Rouge et le Noir de Stendhal et Byron de Peter Quenell. Il n’en faut pas plus pour lancer la mise en chantier du film Dr. No et faire décoller la vente des livres. Et la face, sinon du Monde, de la pop-culture s’en trouva à jamais changée !

 

Notes et références

[1] Rien que pour vos yeux (For Your Eyes Only), réalisé par John Glen (1981), avec Roger Moore dans le rôle-titre. C’est le 12e opus de la série des films de James Bond. Le film adapte les nouvelles Top secret (ou Opération Carquois) et Risico, tirées du recueil Bons baisers de Paris de Ian Fleming publié en 1960.

[2] Les diamants sont éternels (Diamonds Are Forever) est le quatrième roman de James Bond (1956). D’abord intitulé Chauds les Glaçons ! en France (1957), il prendra le titre Les diamants sont éternels en 1973. James Bond y infiltre un réseau de trafic de diamants entre les mines de Sierra Leone et les États-Unis et finit par croiser la route des sinistres frères Spang. Un film éponyme sort en 1971, 7e opus de la série et ultime apparition (officielle) de Sean Connery dans le rôle de 007.

[3] Croisement improbable avec la saga Les Oiseaux se cachent pour mourir ! Vivre et laisser mourir (Live and Let Die) est la seconde aventure de James Bond (1954). D’abord baptisé Requins et services secrets (1959), il retrouve son titre original en 1964. James Bond y affronte le diabolique Bonaparte Ignace Gallia, alias Mr BIG, qui revend les pièces d’or du trésor du pirate Henry Morgan afin de financer des opérations soviétiques sur le continent américain. Roger Moore endosse le rôle de 007 pour la première fois dans l’adaptation cinématographique (1973). Le roman inspire aussi des scènes marquantes en 1981 dans Rien que pour vos yeux (la torture sur les récifs de corail) et en 1989 dans Permis de tuer (Felix Leiter jeté aux requins).

[4] A partir du grec tardif ornithologos « qui parle des oiseaux ».

 

[5] Derrière ce jeu de mots indigne se cache la sixième aventure de 007 (1958). James Bond contre Dr No (Dr. No) est le premier roman de Ian Fleming à être adapté au cinéma en 1962 avec Sean Connery dans le rôle-titre. Une icône est née ! Ironiquement, c’est le cinéma qui fait exploser la popularité de James Bond alors que la critique reçoit très mal le roman à sa sortie. A noter que Ian Fleming traite d’ornithologie dans cet opus.

[6] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[7] Alors si vous arrivez à trouver le titre original sans Internet… BRAVO !

[8] Sur le sujet, lire l’excellente préface de Francis Lacassin dans James Bond 007, coll. BOUQUINS, éd. Robert Laffont. L’auteur revient sur la genèse du héros de Fleming, le contexte de l’époque, ses inspirations et démonte nombre de clichés et idées reçues sur le personnage.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Avoir la trouille

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