Faim de mois ~ N’avoir plus un radis

Décryptage N'avoir plus un radis

Décryptage de la semaine

Quiconque a des problèmes d’oseille vous le dira : n’avoir plus un radis, c’est compliqué ! Sauf si vous lisez le décryptage du O’, la rubrique qui ne connaît pas les faims de mois difficiles !

 

Un mot raifort en étymologie

Le radis ou Raphanus sativus[1] de son petit nom savant – mais est-il besoin de le rappeler ? (NDLR : «  ») – apparaît en 1611. C’est un emprunt à l’italien radice « racine » (XIVe siècle), équivalent de l’ancien français raïz (cf. raifort).[2]

Décryptage N'avoir plus un radis
Toujours remonter à la racine !

Le mot désigne une plante crucifère que l’on cultive pour ses racines comestibles et, par métonymie, ladite racine. Il entre dans quelques syntagmes, tels radis noir (1775), qui désigne aussi… un prêtre (1878). Des radis, de façon absolue, se dit pour radis roses.[3] D’autres variétés, plus grosses, sont nommées raifort.

Décryptage N'avoir plus un radis
Le raifort, c’est très fort !

Au figuré, n’avoir plus un radis (1842) signifie « n’avoir plus d’argent, être tout à fait pauvre ». Le radis symbolisant ici, comme plusieurs noms de petits fruits et légumes désignant une chose de peu (nèfles, etc.), une petite somme insignifiante (cf. sou)[4]. Il désigne également une pièce de monnaie ou de l’argent quelconque dans l’argot des faubouriens[5].

A défaut de vous avoir rempli les poches, nous espérons avoir enrichi… vos connaissances !

Hannibal LECTEUR, pas radin sur le radis

 

En bonus : n’avoir plus un radis…. Mais en chanson ! Money, money, money, ABBA (1982) :

 

Le saviez-vous ?

Outre ses qualités nutritives, le radis est riche… en anecdotes.

Dans le calendrier républicain français, le 19e jour de germinal est le jour du Radis. Ce qui correspond, dans notre calendrier moderne, au… 8 avril ! Bonne fête !

Le radis joue également un rôle politique. Si, si ! Ainsi, sous la IIIe République, en France, on l’emploie – en raison de leur origine commune – pour critiquer le radicalisme :

le radical est comme le radis, rouge [couleur des ouvriers] dehors, blanc [couleur des royalistes] dedans.

On ne manquait pas d’ajouter juste après :  « creux souvent et jamais loin du beurre »[6]. L’image plaît tellement (quand on est du bon côté de la table) qu’on la reprend. Ainsi, après la première Guerre Mondiale, les communistes l’emploient pour s’opposer aux socialistes[7]. Et bon appétit, bien sûr !

 

Notes et références – N’avoir plus un radis

[1] Du latin radix, radicis, « racine, raifort », du grec ῥαπυς, ῥαπυος, « rave, navet ».

[2] Aujourd’hui supplanté par racine.

[3] Quant au sens argotique d’« orteil », surtout au pluriel (1907), il s’agit d’une analogie de forme.

[4] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[5] Alfred Delvau, Dictionnaire de la langue verte: argots parisiens comparés, éd. Dentu, Paris (1867), p. 408.

[6] In. « Échos », La Liberté,‎ 24 octobre 1913, p. 2. Consultable à cette adresse.

[7] Charles Rappoport, « La doctrine et l’histoire. La « NEP », problème international », L’Humanité,‎ 26 février 1928, p. 4. Consultable à cette adresse.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Avril, sur le fil