mettre en quarantaine
Les gens restent chez eux, mais l'espoir et le moral demeurent intacts!

Expression ~ Mettre en quarantaine

Décryptage de la semaine

Vous êtes bloqué(e) chez vous,  refusant de « mettre en quarantaine » vos neurones, et vous cherchez un passe-temps ?

Pas de panique, O’Parleur vous révèle aujourd’hui l’origine de l’expression mettre en quarantaine ! Découvrez sans plus attendre (ni bouger de chez vous) une explication docte et ludique avec le décryptage du O’, la rubrique qui confine… au génie !

 

Mettre en quarantaine : entre étymologie et épidémiologie ?

Commençons par une évidence qui a néanmoins son importance. Quarantaine est dérivé du nom masculin et adjectif numérique quarante (1080), lui-même issu du latin populaire quarranta , mot attesté dans la Gaule du Ve siècle.

D’abord apparu sous la forme quaranteine (XIIe siècle), le terme désigne un délai de quarante jours (XIIe siècle), en parlant notamment du carême. C’est aussi la période d’isolement destinée à éviter la propagation d’une épidémie (1635), dans être, mettre en quarantaine. Ce dernier sens a donné lieu à un emploi figuré exprimant l’idée d’exclusion par un groupe (1772).

Depuis le XVIIe siècle (in. Furetière, 1690), le mot désigne un âge d’environ quarante ans (avoir la quarantaine)[1].

Au terme de cette leçon d’étymologie demeure une question : « Mais pourquoi mettre en quarantaine et pas en trentaine ni en cinquantaine ? »

 

Le serment d’Hippocrate et le sermon d’hypocrites

Pour répondre, il faut revenir au temps de la Grèce Antique. Il s’agit d’une théorie développée par Hippocrate de Cos (vers le Ve siècle avant Jésus-Christ). Selon lui, les symptômes d’une maladie aigüe se manifesteraient dans une période de quarante jours. Quant au mathématicien Pythagore, il attribue des vertus mystiques au chiffre 4 (quatre saisons, quatre éléments, etc.).

Cette période de quarante jours fut également adoptée par les premiers textes chrétiens (cf. le jeûne de 40 jours de Jésus-Christ dans le désert). A l’origine, la séparation et l’interdiction sociales se sont inscrites dans le cadre du sacré avec la notion de tabou (tabou alimentaire) et de séparation du pur et de l’impur (concernant les maladies).

En France, la séparation sociale et l’exclusion ont notamment frappé les lépreux, avec l’ordonnance royale du 21 juin 1321. Le motif d’exclusion, avant d’être sanitaire, fut d’abord religieux et moral : on considérait la lèpre comme une maladie de l’âme se manifestant par une mort lente du corps[2]. Mais la mise en quarantaine allait bientôt prendre un sens plus médical.

 

La (première) crise (sanitaire) de la quarantaine

C’est avec la prolifération de la peste noire, toujours au XIVe siècle, que les motifs sanitaires sont passés au premier plan. Les mesures de quarantaine de l’époque étaient drastiques. Les pestiférés et leurs familles étaient cloîtrés chez eux ou expulsés des villes. Les mesures de confinement furent adoucies par la suite :

  • Mise en place de structures pour concilier l’isolement et le soin
  • Création de cabanes en bois hors agglomération (en 1348 à Avignon sous le règne du pape Clément VI),
  • Mise en place d’hôpitaux de pestiférés (à Venise en 1403)
  • Les malades étaient parfois autorisés à se circuler librement, mais en portant des signes distinctifs permettant de les démarquer des gens « sains »[3].

Quant à la quarantaine maritime proprement dite (au sens d’isolement préventif), elle fut instaurée le 27 juillet 1377, par le Grand Conseil de Raguse qui interdisait l’accès de la ville ou de son district à ceux qui arrivaient d’une zone infestée par la peste. Il s’agit de la première quarantaine officielle reconnue comme telle.

mettre en quarantaine
Le drapeau « Lima » est le signal maritime international de la quarantaine.

 

Mettre en quarantaine : les sens modernes

Aujourd’hui, outre le sens médical, mettre quelqu’un en quarantaine, c’est « le tenir à l’écart pour un certain temps du groupe avec lequel il vit habituellement, le mettre en isolement forcé »[4].

Pour conclure ce décryptage, nous souhaitons une bonne santé à notre lectorat, nous l’invitons à la prudence et au respect des consignes sanitaires. Enfin, que cette période particulière soit l’occasion de se consacrer à des activités qu’il est difficile de faire en temps normal, de se déconnecter de la frénésie d’informations contradictoires et de l’agitation du monde moderne pour se (re)découvrir : lire, peindre, se concentrer sur ses besoins réels, revoir sa façon de consommer, reposer le corps et l’esprit, faire du cocooning et ainsi sauver des vies…

Enfin, rappelez-vous : la bonne humeur est elle aussi contagieuse et peut être dispensée sans modération, surtout en cette période !

 

Hannibal LECTEUR

 

Pas de bonus cette semaine mais… des conseils pour occuper votre temps utilement et agréablement !

Conseils de lecture (Daniel Pennac)

Si vous êtes en quête de sens (Boris Cyrulnik)

Si vous voulez regarder quelque chose d’original à la télé (Arte)

Pour aider les plus démunis (Fondation Abbé Pierre)

 

[1] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[2] Source : Françoise BERIAC, Histoire des lépreux au moyen-âge : une société d’exclus, Imago, 1988 (ISBN 2-902702-41-8), partie III, chap. II (« La ségrégation des lépreux »), p. 182-204

[3] Source : Jean-Noël BIRABEN, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, t. II : Les hommes face à la peste, Mouton, 1976 (ISBN 2-7193-0978-8), p. 169-172.

[4] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TILLIER, Isabelle KORDA, p. 122.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Tomber de Charybde en Scylla