Pâques en Décalé ~ Marcher sur des œufs

Décryptage Marcher sur des œufs

Décryptage de la semaine

Après le premier tour et avant Pâques, O’Parleur vous propose de marcher sur des œufs. Explication prudente avec le décryptage du O’, la rubrique qui ne fait pas d’omelette sans casser des… Bref !

Décryptage Marcher sur des œufs
« Hé, les gars, on parle de nous ! »

Quoi de n’œuf, docteur ?

Non, même pas honte ! Inutile de brouiller les pistes. Tout le monde connaît l’œuf (XIVe siècle)[1]. Il s’agit de l’embryon enfermé dans une coquille (pas celle-là), produit par les femelles des oiseaux et des reptiles[2].

Plus particulièrement, il désigne l’œuf de la poule domestique utilisé comme aliment (XIIIe siècle).

D’ailleurs, si l’envie vous prend de vous en faire cuire un[3], le terme s’utilise en cuisine à la même époque. On l’emploie alors dans les expressions œuf dur (1306), coque, à la coque ou mollet. Notre locution, quant à elle, apparaît plus tard.

 

Marcher sur des œufs aujourd’hui

Le temps passe, l’œuf dur (non, toujours pas honte). On atteste notre expression en 1690. Dans son dictionnaire, Furetière explique qu’un homme marche sur des épines OU des précipices OU des œufs. C’est-à-dire qu’il va lentement et avec circonspection en des affaires délicates et dangereuses.

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Aujourd’hui, marcher sur des œufs conserve ce sens de prudence extrême. A l’image de celui qui marche timidement sur l’œuf de peur de le briser, on agit en manquant d’assurance, précautionneusement, par crainte d’ennuis[4].

Par les temps qui courent, nombreux sont ceux qui utilisent cette technique de peur de marcher sur… des charbons ardents !

 

Il n’y a Pâques l’œuf dans la vie

Avant de nous quitter, retour sur l’une des traditions de Pâques. A priori, l’œuf ne paie pas de mine. Et pourtant, il est au cœur de la Création dans de nombreuses cultures et civilisations[5]. Déjà dans l’Antiquité, on offre des œufs décorés pour célébrer l’arrivée du printemps. C’est la saison de l’éclosion de la nature et l’œuf y symbolise la vie et la renaissance.

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Le premier chapitre de B’reshit ( בראשית – la Genèse) écrit sur un œuf, au musée de Jérusalem. (source : Wikipédia)

Durant cette période, les Égyptiens et les Perses ont pour habitude de teindre des œufs et de les offrir pour symboliser le renouveau de la vie. Dans l’antiquité gauloise, les druides teignent les œufs en rouge en l’honneur du soleil.

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En France, on raconte que l’origine des œufs de Pâques est liée à l’interdiction de la consommation des œufs pendant le carême. On stocke alors les denrées jusqu’à la fin de l’interdiction[6]. Ils sont ensuite peints et offerts. Cette tradition s’élargit à la bourgeoisie puis à la noblesse.

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C’est Louis XIV qui aurait fait de l’œuf décoré de Pâques une institution. Il fait bénir de grandes corbeilles d’œufs dorés qu’il offre aux courtisans et à son domestique En retour, on lui offre le plus gros œuf pondu dans le royaume durant la semaine sainte.

 

Les œufs de Pâques, une tradition qui fait marcher… le commerce !

À partir du XVIIIe siècle les œufs frais sont vidés pour les remplir de chocolat liquide.

Jusqu’au XIXe siècle, les œufs sont naturels et décorés par les enfants.

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En 1847 les frères Fry inventent un mélange de chocolat « solide ». On peut verser cette pâte molle dans des moules et lui donner la forme que l’on veut. En France, la démocratisation du chocolat date de la fin du Second Empire avec le développement du moulage. Comme souvent avec les célébrations, le phénomène devient commercial[7]. Vous connaissez la suite de l’histoire. Pas mal pour un petit œuf !

Hannibal LECTEUR, une fois mais pas d’œuf !

 

En bonus : marcher sur des œufs, C’est pas Sorcier !

Notes et références – Marcher sur des œufs


[1] D’abord of (vers 1119, pluriel os), puis oef (XIIe siècle), uef, euf pis sa forme finale (XIVe siècle). Il vient du latin populaire °ovum. Le nom latin, tout comme le grec ôion, paraît être un dérivé d’un terme indoeuropéen signifiant « oiseau ».

[2] Sens dont procèdent les locutions figurées écraser une chose dans l’œuf « avant qu’elle ne se manifeste » (1830) et sortir de l’œuf « commencer à se manifester » (1846, Balzac).

[3] Locution familière et désobligeante plutôt récente (1954). Une hypothèse indique par ailleurs qu’elle pourrait recouvrir une allusion sexuelle masquée (œuf = testicule ?).

[4] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[5] Par exemple, dans le Kalevala, livre de la grande tradition finlandaise, le monde est né de l’œuf.

[6] En vérité, les premiers textes qui parlent de cette tradition concernent l’Alsace. De plus, ils datent du XVe siècle, époque à laquelle le jeûne du carême catholique est considérablement allégé.

[7]  Sources : Wikipédia et « D’où vient la coutume des œufs de Pâques ? », site de l’Église catholique en France.

Retrouvez notre précédent Décryptage → N’avoir plus un radis