Décryptage Les murs ont des oreilles

Espionnage ~ Les murs ont des oreilles

Décryptage de la semaine

 

Van Damme (le marin, pas le philosophe) a raison ! Les murs ont des oreilles ! Les espions sont partout ! Au cinéma, James Bond n’a pas le temps de mourir ! Nous « célébrons » également l’anniversaire de la mort de Mata-Hari. Le décryptage se penche donc sur une expression de circonstance !

 

Les histoires de mur finissent mal (en général)

Le mur existe depuis belle murette[1]… heu, lurette. Dans l’Antiquité, murus désigne l’enceinte d’une ville[2]. Il signifie aussi « mur de défense » d’où, au figuré, « défense, protection ». Murus est généralement rattaché à pomoerium, qui est l’« espace consacré en dedans et en dehors de l’enceinte (de Rome) », puis le « boulevard (d’une ville) »[3].

Voici la muraille Servienne (ou Mur Servien). Cette enceinte défensive, construite autour de la ville de Rome au VIe siècle av. J.-C. et renforcée au IVe siècle av. J.-C., faisait 3,6 m de large, 11 km de périmètre et avait seize portes. Cela fait un sacré paquet d’oreilles ! (Source : Wikipédia)

Mur (vers 980) s’emploie d’abord en parlant de l’ouvrage de fortification qui enclot une ville. Par métonymie, il désigne la ville fortifiée, dans des expressions comme hors les murs (1200, de fors li mur) et dans les murs. Plus tardivement, on dira extra muros (1816-1824) et intra muros (1805). Dès le XIe siècle (1080), mur s’emploie aussi en parlant de l’ouvrage de maçonnerie d’une maison ou d’un château (début XIIe siècle) [4].

 

Comment appelle-t-on un mur qui a mal ?

Une muraille ! Hum… Pardon ! Si cette blague tombe à plat, elle tombe aussi à pic ! En effet, la muraille évince l’ancien français masculin murail, murait (1119, muralz) en 1200. Le mot entre dans la dénomination la Grande Muraille (1758) à propos de l’immense construction chinoise protégeant le royaume des Han des invasions.

La Grande Muraille (ou « 长城 » en chinois simplifié) fut construite en continu du IIIe siècle avant J.-C. au XVIIe siècle après J.-C. à la frontière nord du pays. Il s’agit de la structure la plus importante construite par l’être humain en longueur, en surface et en masse. On peut même l’apercevoir depuis l’espace (c’est vrai, j’y étais). Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, la muraille mesure en moyenne 6 à 7 m de hauteur, et 4 à 5 m de largeur. En incluant des parties aujourd’hui détruites, elle mesure plus de 20 000 km de long. Encore une fois, cela fait beaucoup d’oreilles !

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que le terme a son importance dans la construction de notre expression. En effet, la mise en chantier débute en 1622 avec « les murailles ont des oreilles ». En 1627, après réfection, les « murailles » deviennent des « parois ». Finalement, les travaux s’achèvent en 1690 et les murs ont (enfin) des oreilles !

Décryptage Les murs ont des oreilles

On emploie l’expression lorsque deux personnes discutent en privé et que leur conversation pourrait être entendue (cf. vignette d’introduction). Il faut donc faire preuve de prudence et de discrétion, de peur d’éventer le secret auprès d’oreilles indiscrètes. Comme disait Raimu à la fin de César (1936) :

Non, J’écoutais pas… mais j’ai entendu.

Ce sera la chute, ou plutôt le « chut ! » de ce décryptage.

Hannibal LECTEUR, sur écoute

 

 

En bonus : attention, les amoureux (contrariés) : les murs ont des oreilles ! Puisque nous en parlions en conclusion, voici la dernière scène de César (1936), toute en truculence :

 

Notes et références

[1] Pardonnez ce jeu de mot mais il sert à introduire un dérivé original et peu courant. Le féminin murette (1508), d’usage régional (Limoges, Auvergne, Dordogne) emprunte au provençal mureta « rempart, mur d’enceinte » (1418). On l’emploie surtout dans le Cantal, l’Aveyron, le Périgord et le Limousin.

[2] À la fois distinct de moene (pluriel moenia) « rempart », de sens plus large (à munir) et de paries « mur d’une habitation » (à paroi).

[3] Cependant, la forme du mot soulève des difficultés. En tout cas, les rites de la fondation d’une ville sont étrusques et murus remplace le mot indoeuropéen tiré de la racine °dheigh- « façonner de la terre », qui est représenté dans le grec teikhos et l’osque feuiss « mur ».

[4] Il entre, ultérieurement, dans un certain nombre de syntagmes d’usage technique précisant la destination du mur, dont mur mitoyen (1690), mur de clôture (1690), mur d’appui (1694), mur de soutènement (1721), mur de fondation (1874), mur de dossier (1868) ou mur dosseret (1874). Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Escroc

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