le travail, c'est la santé
Le travail, c'est la santé

Expression ~ Le travail, c’est la santé

Décryptage de la semaine

Lundi matin pluvieux, 6h30, le réveil sonne le glas d’un trop court week-end. Petit-déj’ sur le pouce, on s’habille vite fait. On démarre la voiture. On se lance dans les embouteillages pour entamer une semaine éreintante au bureau. Haut les cœurs ! Le travail, c’est la santé !

1er Mai oblige, O’Parleur retrousse ses manches et se penche sur l’origine de cette expression. Alors « le travail c’est la santé » : propagande patronale, ordonnance médicale ou trouvaille musicale ? Réponse avec le décryptage du O’, la rubrique qui ne chôme pas !

 

Le travail, c’est la santé. Le décryptage, c’est l’étymologie !

Art de vivre pour certains, concept un peu flou pour d’autres, le travail, c’est… une torture ! C’est l’étymologie qui le dit !  Le mot est issu du latin populaire tripaliare (1080), qui signifie littéralement « tourmenter, torturer ».

Travail serait un croisement entre trepalium, désignant un appareil pour assujettir et ferrer les bœufs, et le verbe roman trabiculare qui désigne le chevalet de la question (toujours au sens ancien de torture). En ancien français, le terme garde cette notion de souffrance physique et morale (XIIe siècle), voire de tourment, de peine et de fatigue (XIIIe siècle). Logiquement, le terme sert aussi à désigner les douleurs de l’accouchement dès 1155.

L’idée moderne d’activité productive, dans les domaines manuel et intellectuel, émerge au début du XVe siècle. Au XIXe siècle, le mot désigne l’activité humaine organisée à l’intérieur du groupe social et exercée régulièrement (1803)[1].

Notons que le pluriel travaux s’est spécialisé à l’époque classique (1636) pour parler d’entreprises difficiles et périlleuses qui apportent la gloire. Pensons aux Douze Travaux d’Hercule, parmi lesquels nettoyer les écuries d’Augias. Qui a dit que le travail était un parcours de santé ?

 

La santé, c’est… beaucoup de travail !

Faisant son apparition dans notre langue vers 1175, Santé représente l’aboutissement du latin sanitas, -atis­. Le mot signifie « santé (du corps et de l’esprit) ».

Le mot conserve le sens latin, d’abord en parlant du bon état physiologique d’un être vivant, d’où bonne santé (vers 1250). Il se dit aussi de l’équilibre et de l’harmonie de la vie psychique. Par extension du premier emploi (XVe siècle), santé désigne aussi le fonctionnement plus ou moins harmonieux de l’organisme[2].

 

Éloge de la paresse

Parlons à présent d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. C’est l’époque des Trente Glorieuses et de la croissance économique qui les caractérise. Le mode de vie des Français s’est amélioré. Depuis 1956, ils ont trois semaines de congés payés. Il n’y a pas de chômage, les loisirs sont en pleine expansion (le Club Med fête ses 15 ans, ouverture du tunnel du Mont-Blanc…). C’est une sorte de dolce vita à la française.

C’est dans ce contexte qu’apparaît notre expression. Il s’agit d’un « tube » musical. Le travail c’est la santé est une chanson composée et interprétée par Henri Salvador. Sortie en vinyle en 1965, elle a été écrite conjointement avec son parolier Maurice Pon.

Ironiquement, la chanson a demandé six mois pour aboutir à sa version finale. Cocasse quand l’on sait que l’œuvre fait l’éloge de la paresse ! D’une tonalité humoristique, elle feint de vanter les vertus du travail pour finalement montrer tous les avantages de l’oisiveté. D’où : le travail, c’est la santé, rien faire, c’est la conserver.

 

On connaît la chanson

Immense succès dès sa sortie, le refrain est sur toutes les lèvres. Par amusement ou par envie de contestation sociale, la chanson devient le symbole d’une époque. En Belgique, des ouvriers grévistes en font leur rengaine.  La CFDT l’utilisera aussi pour s’opposer au travail dominical : « Le travail, c’est la santé, le dimanche, c’est la conserver ». La chanson s’exporte même chez nos voisins anglo-saxons !

C’est très simple : il n’y a pas une réflexion sur les maladies professionnelles, la durée hebdomadaire du travail, les congés payés, voire plus récemment les 35 heures ou la retraite qui n’y fasse référence[3].

A n’en pas douter, l’expression a encore de beaux siècles devant elle ! Ce billet est dédié à celles et ceux qui ont connu les lundis matin pluvieux, les dossiers en souffrance mais aussi à celles et ceux qui assurent notre confort quotidien en cette période compliquée en continuant à aller travailler, alors qu’ils seraient bien mieux chez eux ! Excellent week-end à tout le monde !

Hannibal LECTEUR

 

Le travail, la santé et le 1er Mai

Un petit détour par Histoire de Dates avant de nous quitter. Le 1er Mai est le jour de la Fête du Travail. Le terme englobe plusieurs fêtes qui furent instituées à partir du XVIIIe siècle pour célébrer les réalisations des travailleurs.

Dans certains pays, comme la France et la Suisse, elle se confond avec la journée internationale des travailleurs. La fête internationale telle qu’elle est célébrée de nos jours tire son origine des combats du mouvement ouvrier pour obtenir la journée de huit heures, à la fin du XIXe siècle.  

Aux États-Unis, au cours de leur congrès de 1884, les syndicats américains se donnent deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils choisissent de lancer leur action le 1er mai, date du moving day parce que beaucoup d’entreprises américaines entament ce jour-là leur année comptable. Les contrats arrivent également à leur terme, obligeant l’ouvrier à déménager pour trouver un nouvel emploi (d’où « moving day »)[4].

 

Et en France ?

Dès 1793, le calendrier républicain de Fabre d’Églantine propose une fête du Travail. L’événement est établi au troisième jour des sansculottides. Cette journée des travailleurs se déroule le 1er pluviôse (soit le 20 janvier) et est célébrée pendant quelques années.

Mais avec l’influence américaine du moving day, la France va adopter la date du 1er Mai. Dès 1890, les manifestants du 1er mai prennent l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge. Il sera ensuite remplacé par la fleur d’églantine. C’est en 1907 que le muguet supplante l’églantine. Il s’agit en fait d’une coutume héritée de la Renaissance : sous Charles IX, on avait coutume d’offrir du muguet en mai [5].

Le 23 avril 1919, le Sénat ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant une journée chômée.

Ce n’est que le 29 avril 1948 que le 1er mai est institué comme jour férié, chômé ET payé. C’est aussi à cette date qu’il est  officialisé comme jour de « fête du Travail ».

Des manifestations syndicales, voire intersyndicales ou unitaires (selon les années, les revendications et les mouvements sociaux en cours), ont lieu dans les grandes villes de France chaque 1er mai.

 

En bonus : Le travail, c’est la santé (forcément)

 

[1] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[2] Ibid.

[3] D’après : La France en chanson – Le travail, c’est la santé d’Henri Salvador

[4] Source : Au cœur de l’Histoire – L’histoire du 1er mai (01/05/2013)

[5] Source : Johanna Guerra, « Fête du Travail : le muguet, une tradition depuis Charles IX » [archive], sur rtl.fr, 1er mai

Retrouvez notre précédent Décryptage → Raconter des salades

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