le quart d'heure de Rabelais
Décryptage "le quart d'heure de Rabelais"

Expression ~ Le quart d’heure de Rabelais

Décryptage de la semaine

Ah ! Le 1er avril et ses plaisanteries sous forme de « poisson ». Pour fêter l’événement, le décryptage du O’ vous propose de (re)découvrir une bonne farce, jouée par une figure historique et à l’origine de l’expression du jour : le quart d’heure de Rabelais !

 

Le quart d’heure de Rabelais OU Le gîte et le découvert !

Dans l’imaginaire collectif, François Rabelais est un bon vivant, au verbe haut et à l’irrévérence drolatique. Il fut beaucoup plus sérieux que la légende ne l’a décrit. Toutefois, le père de Gargantua et Pantagruel a vécu des aventures cocasses, dignes de figurer dans son œuvre. L’histoire qui suit en est un témoignage.

L’anecdote est savoureuse et, a priori, avérée. Nous sommes en 1536. François Rabelais est alors le médecin et le secrétaire du cardinal Jean du Bellay, en poste à Rome. Revenant de la capitale italienne et passant par Lyon (où il publiait ses livres), il fit halte dans une auberge. Après un savoureux repas, il fut confronté à un « léger » problème : il n’avait pas le moindre sou pour payer son dû…

Rabelais allait passer un mauvais quart d’heure ! C’était sans compter sur son génie…

 

Poison d’avril ! (Et amende peu honorable…)

Pour éviter le quart d’heure de Rabelais, « Maître François » eut un trait de génie. Il disposa, sur la table de sa chambre, bien évidence, des flacons, avec les inscriptions suivantes : « poison pour le roi », « poison pour la reine »…

L’aubergiste, craignant sans doute de loger un conspirateur et d’être associé malgré lui à cette entreprise malhonnête, fit quérir la maréchaussée. Elle arrêtât le malandrin et le fit mener à Paris à grands frais. Rabelais croisa alors le chemin du roi François Ier (déjà vu ici), qui le reconnut. Le médecin-escroc malgré lui raconta au roi la raison de son arrestation. Ce dernier, amusé par son récit, lui sourit et lui offrit un bon repas. Une autre version des faits rapporte qu’on jeta tout de même Rabelais en prison pour le « punir » de son mauvais tour. Il se retrouva donc en geôle… devant une écuelle bien garnie. Qui a dit que les rois n’avaient pas d’humour ?

Depuis lors, l’expression est restée. Elle est même inscrite dans le Dictionnaire universel français et latin, dit Dictionnaire de Trévoux (1743-1752, 7 vol.). Le quart d’heure de Rabelais évoque « le redoutable moment de payer quand on n’a pas d’argent et, par extension, toute situation désagréable, fâcheuse, déplaisante » dont il faut trouver le moyen de se sortir[1]. Évidemment, tout le monde n’a pas la verve et le génie de François Rabelais.

Et si notre aimable lectorat trouve que ce décryptage « spécial 1er avril » manque de poissons, nous lui conseillons de regarder ici ou . Il trouvera son bonheur ou plutôt… Il sera comme un poisson dans l’eau !

Hannibal LECTEUR

 

Après le quart d’heure de Rabelais, la minute d’étymologie !

Un décryptage du O’ sans étymologie, c’est comme un 1er avril sans poisson ! François Rabelais (1494 ? – 1553) est à l’origine d’une expression française, mais aussi d’un adjectif !

Rabelaisien, rabelaisienne, adjectif dérivé du nom de Rabelais apparaît en 1828. Il se substitue aux synonymes anciens rabelaitique (1566-1567) et rabeliste (1571). L’équivalent anglais rabelaisian est attesté dès 1817.

Les historiens de la littérature l’emploient pour qualifier ce qui se rapporte à Rabelais, à son œuvre, à l’exégèse (étude) de celle-ci (1903, Revue des études rabelaisiennes). En parallèle, Balzac, grand amateur du maître, a développé le terme au sens de « gai, licencieux, grivois, truculent », allusion aux caractères de l’œuvre de Rabelais (1830, joyeusetés rabelaisiennes ; 1839, rire rabelaisien).

Il devient un substantif en 1836. Un Rabelaisien qualifie alors un amateur de Rabelais (ou des aspects plaisants de son œuvre), puis un spécialiste de son œuvre, concurrençant dans ce dernier l’emploi de rabelaisant (1891)[2].

 

En bonus : une pièce intitulée « Le quart d’heure de Rabelais » sur Gallica



[1] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TILLIER, Isabelle KORDA, p. 141-142.
[2] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Le ciel nous tombe sur la tête