Coup de Vénus Décryptage

Adage ~ Le coup de Vénus

Décryptage de la semaine

Dans son Utopia, Thomas More cite un adage de son ami Érasme de Rotterdam : « si saepe jacies, aliquando Venerem jacies ». Ou, en français : « A force de lancer les dés, on fait quelque fois le coup de Vénus ». Explications dans ce décryptage, toujours placé sous le signe de l’utopie.

 

Pas de coup de Vénus ? Alors privé de tessère !

A l’origine se trouve un jeu d’osselets (puis de dés) très ancien puisqu’on le pratiquait dans l’Antiquité. Le coup de Vénus (ou d’Aphrodite) était un coup très rare qui faisait gagner instantanément la partie. Pour exécuter ce coup de maître, il fallait :

  • Que tous les osselets ou tessères[1] offrent un nombre diffèrent ;
  • Que ces chiffres soient l’as, le trois, le quatre et le six.
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Dés (tessères) et jetons en os, époque romaine. Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal-Vienne. (source : Wikipédia)

C’est un peu comme si, aujourd’hui, vous deviez obtenir une quinte flush royale et faire un 421 en même temps… Autant essayer de gagner à la loterie, ce sera plus simple.

 

J’irai au bout de mes rêves

Aristote, dans son livre La divination par les rêves, cite un vers en forme de proverbe :

« hóspér gar kaï légétai an polia baileis, allot’ alloïon baleïs. / C’est en lançant souvent [les dés] qu’on finit par gagner [obtenir le coup de Vénus][2]. »

Il signifie qu’il faut tenter une affaire à plusieurs reprises et persévérer si les résultats ne sont pas ceux escomptés. A force d’essayer, on finit par obtenir une bonne fortune. Aristote évoque ici le jeu de dés à propos des rêves des mélancoliques, qui ne contiennent aucune divination. A force de persévérance, le rêveur finira par avoir une vision.

 

Plus d’une corde à son arc

Certains linguistes – dont Érasme – pensent que cette métaphore provient des archers et non des lanceurs de dés. En effet, le verbe ballein signifie « lancer, jeter » pour un projectile. Le terme fut d’abord utilisé pour le tir à l’arc. Selon Érasme, ceux qui décochent plus de flèches atteignent parfois leur cible par hasard. Il cite le livre II de La Divination de Cicéron, qui utilise les deux métaphores :

« Quel est celui, dit-il, qui, tirant toute la journée, ne finit pas par atteindre la cible ? Nous rêvons chaque nuit — il n’y en a presque aucune où nous ne dormons pas —, et nous serions étonnés quand ce que nous rêvons se réalise ? Qu’y a-t-il d’aussi incertain qu’une telle divination ? Cependant, il n’y a personne qui, après avoir souvent tiré, ne gagne pas un jour Vénus, et encore une deuxième et une troisième fois. »

 

Cette formule conviendra aussi pour ceux qui parviennent à quelque chose par hasard et non par leur adresse[3].

Adage 113

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : pour tout savoir sur le jeu des osselets et le coup de Vénus.

 

[1] Dans l’antiquité romaine, une tessère (en latin tessera) était une sorte de jeton servant entre autres de billet d’entrée pour les spectacles. C’était aussi le nom donné aux dés.

[2] Littéralement : on finit par tirer autre chose.

[3] Source : ÉRASME, Les Adages. Ed. Les Belles Lettres 2013). Édition bilingue français/latin de la dernière édition du vivant d’Érasme (1536).

Retrouvez notre précédent Décryptage → La dystopie, quand l’utopie vire au cauchemar

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