Façade Fiedensreich Hundertwasser
Illustration du billet : Art immersif

Art ~ L’ART IMMERSIF

L’ATELIER DES LUMIÈRES

Amoureux de l’art ou amateurs, ce petit billet a pour vocation de vous initier en douceur ou d’approfondir une des expositions du moment, qui fait déjà fureur à l’Atelier des Lumières, et qui n’est pas sans rappeler la Carrière des Lumières des Baux de Provence : « Une immersion dans l’art et la musique » en l’hommage au centenaire de Gustav Klimt.

Cette exposition comporte trois projections distinctes. La première porte sur Gustav Klimt, la seconde sur Fiedensreich Hundertwasser et enfin la troisième porte sur un sujet développé pour l’occasion « un algorithme d’intelligence artificielle peut-il créer une œuvre artistique poétique et contemplative ? » par le collectif turc Ouchhh intitulé Poetic_AI.

On y rentre comme dans un cinéma pour découvrir une salle de 3 300m2 de surface, ancienne fonderie de fer du 19ème siècle, fondée par la famille Plichon en 1935 et restée en activité pendant cent ans, entièrement restaurée. Un lieu donc chargé d’histoire pour en découvrir d’autres, celles d’artistes viennois du courant de la sécession viennoise, courant de la même époque que la fonderie dans laquelle les œuvres sont exposées.

Avant d’aller plus loin sur l’analyse de cette exposition, qu’est-ce que le courant de la sécession ? La sécession du terme latin « Secessio » signifiant séparation, vise un détachement de certain groupe d’artiste de l’art officiel académique. Les mouvements de la sécession se forment vers la fin du 19ème siècle en Europe, ils prennent différentes appellations selon les pays : on trouvera le Jugendstil en Allemagne, l’Art Nouveau en France et la Sécession viennoise en Autriche. La caractéristique centrale de ce mouvement est un détournement général des peintres, sculpteurs, mais aussi des architectes de l’art officiel. Ils ambitionnent de parvenir à une vision d’ensemble de l’art et de créer ainsi des œuvres globales regroupant toutes les disciplines. On les reconnaît notamment (liste non limitative) par un art basé sur des formes organiques avec une forte présence de végétation, des compositions florales stylisées, une abondance de courbes, une absence de perspective et, dans la continuité, une absence de temps. Cette dernière particularité s’explique par leur volonté de représenter le cycle perpétuel de la vie. Les peintres peignent selon leur envie mais n’ont plus vocation à produire des tableaux historiques.

Une fois rentré dans cette ancienne fonderie, vous pouvez tout d’abord contempler la réhabilitation exceptionnelle de l’espace qui garde tout son charme avec notamment les charpentes en acier d’origine, ainsi que, par exemple, le four circulaire, situé au milieu du bâtiment. Ensuite, trois options s’offrent à vous :  se balader en totale immersion dans cette ancienne fonderie, s’asseoir sur un des bancs mis à disposition ou choisir la version la plus immersive à mon sens, allongé sur le sol.

Ce type d’exposition immersive présente de nombreux avantages, elle permet à des personnes connaissant déjà l’artiste et ses œuvres de les redécouvrir d’une autre façon et pour ceux et celles qui ne les connaissent pas, de les aborder d’une façon plus accessible et plus participative qu’une vision purement contemplative en musée. Comme le disait très justement Tom Boellstorff, professeur américain d’anthropologie à l’université de Californie, « les arts immersifs apparaissent comme des dispositifs expérientiels où le rapport frontal entre l’œuvre et le spectateur est exclus, impliquant d’avantage un positionnement central de l’individu dans le dispositif. Ce dernier passe donc de spectateur passif à un participant actif ». C’est parfois tout simplement ce changement de posture qui permettra au visiteur de vivre plus pleinement l’expérience artistique, de mieux appréhender l’œuvre et l’artiste qu’il ne l’aurait fait dans un musée. Elle offre également une réelle immersion sensorielle et émotionnelle même pour les plus novices. Elle permet de donner une deuxième vie à un lieu magnifique, chargé d’histoire et réalise une mise en perspective de l’art et des nouvelles technologies.

Revenons à présent sur les trois projections qui vous sont présentées.

La première exposition vous immerge visuellement avec les œuvres de Gustav Klimt projetées du sol au plafond et musicalement dans les œuvres classiques de Wagner, Beethoven, Strauss et Mahler. On y découvre ses grandes interventions dans les palais de la Vienne impériale de la fin du 19ème siècle, ses tapisseries végétales réalisées en plein air et son époque dorée. On revisite les classiques mondialement connus de Klimt tel que Le Baiser (1908) ou encore Judith avec la tête d’Holopherne (1901) et même Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I. On y découvre l’amitié de Gustav Klimt avec Egon Schiele jeune peintre autrichien académicien qui découvrira à 17 ans l’art nouveau porté par Kilmt, alors âgé de 45 ans, et ses disciples. J’ai pour ma part pu découvrir, pour la première fois, la Frise Beethoven (1901), exposée au musée de la sécession à Vienne, interprétation artistique et picturale de la neuvième symphonie de Beethoven par Klimt. Cette œuvre que je ne connaissais pas m’a profondément interpellée de par le lien fort qu’elle créé entre le visuel et l’auditif. Elle met en exergue la possibilité de lier deux domaines artistiques que l’on a communément tendance à séparer mais qui pour autant s’accordent très bien comme nous le montre cette œuvre et plus généralement cette exposition immersive.

La seconde exposition vous immerge, quant à elle, visuellement avec les œuvres d’Hundertwasser et musicalement avec des artistes plus contemporains que sont Kronos Quartet ou Longobardi. Choix musical judicieux lorsque l’on sait que Fiedensreich Hundertwasser synthétisera un demi-siècle après Klimt l’une des inspirations de la sécession : associer peinture et architecture. Fiedensreich Hundertwasser est un artiste, peintre, et architecte autrichien. Il est à l’origine des maisons Hundertwasser à Vienne, du village thermal de Blumau en Allemagne, du Maishima Incineration Plant à Osaka au Japon, ou encore des toilettes publiques Kawakawa en Nouvelle-Zélande pour ne citer que ces édifices. Vous l’aurez compris son œuvre s’étend sur le monde entier mais provoque le même sentiment étrange auquel se mêle une grande vivacité, avec des sols ondulés une absence d’angle et de ligne droite qui nous force à rompre avec notre vision classique de l’architecture et repenser la standardisation de nos habitations actuelles.

Enfin la troisième et dernière projection Poetic_AI du collectif Ouchhh vous emmène dans un autre monde : l’intelligence artificielle au cœur de la création contemporaine. Ce fut donc une première pour moi et j’avoue avoir été agréablement surprise. Le sujet qui leur a été donné était le suivant « un algorithme d’intelligence artificielle peut-il créer une œuvre artistique poétique et contemplative ? ». Après avoir regardé la projection pour moi la réponse était oui ! Cette projection m’a toutefois amené à m’interroger de nouveau sur la relation qui peut exister entre intelligence artificielle et création artistique. Une intelligence artificielle, peut-elle, d’elle-même « créer »? En effet, à mon sens, la personne derrière l’intelligence artificielle créé. Que cela soit avec un pinceau ou une ligne de code l’acte de création est là. Mais l’intelligence artificielle créé-t-elle par elle-même, et a-t-elle conscience de sa création ? C’est la question que j’irai poser au Studio Bar à ma prochaine visite ! Et oui, en plus de cette immersion totale, l’Atelier des Lumières vous propose d’aller visiter l’installation numérique dans le Studio Bar, espace de 300 m2, situé sous la mezzanine de l’Atelier des Lumières. Je n’ai pas eu l’occasion d’aller y jeter un œil mais je n’y manquerai pas la prochaine fois !

 

Retrouvez notre précédent billet d’art→ Art, une pièce de Yasmina Réza

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