statue en or de la figure de la justice
Illustration billet la vertu de la bonne foi

La vertu de la bonne foi

Si une chose reste essentielle dans le débat public c’est l’honnêteté ou la bonne foi. Bonne foi dans les propos tenus, honnêteté intellectuelle dans le raisonnement. La question du mensonge est profonde, nul n’en est prémuni mais nul n’est tenu de l’accepter pour norme. Dans la société de l’imposture, le mensonge est roi. Chacun tente de paraître sur les planches du théâtre de sa vie mais le paraître subsiste l’éternel antipode de l’être, du réel, du vrai. La bonne foi n’est ni certitude, ni vérité, elle interdit le mensonge au contraire de l’erreur. Un homme de bonne foi parle de ce qu’il tient pour vrai, même s’il se trompe, son honnêteté est sauve. C’est en cela que la bonne foi diffère de la sincérité, être sincère c’est parler vrai avec autrui, être de bonne foi c’est être vrai avec soi-même et avec autrui. Elle règle nos rapports sociaux et notre rapport au monde. Vertu supérieure, elle est la vertu du philosophe Montaigne qui débute ses Essais par les mots suivants : « c’est un livre de bonne foi, lecteur … ».

Dépourvu de cette vertu essentielle, nos politiques, nos médias, chaque acteur qui influe de manière prégnante dans la compréhension du monde échappant à notre champ expérientiel, biaisent, empoisonnent, corrompent l’essence de leur devoir d’honnêteté censé nous acheminer vers la vérité et la compréhension commune et universelle des faits, dans chaque strate de la société. L’honnêteté intellectuelle devrait amener les dirigeants de nos démocraties contemporaines à élargir le champ des sanctions issues des fausses informations et des mensonges à l’ensemble des sphères possédant une force d’impact élevée sur leurs sociétés.

Quand de nos jours, les Etats par l’intermédiaire de la caste politique sont les premiers diffuseurs et vecteurs de désinformation, de propos mensongers, quel crédit pouvons-nous donner à nos systèmes politiques actuels ? De quel degré de liberté disposons-nous réellement ? Quel est notre réel rapport à la vérité ? Des expériences récentes font encore preuve du pouvoir de nuisance terrible qu’implique l’absence de bonne foi dans le débat public des acteurs politiques. Le mensonge d’Etat américain sur la détention d’arme de destruction massive par l’Irak déclenchant une intervention militaire, la fausse information de la dissipation du nuage toxique de Tchernobyl à la frontière française ou encore le faux assassinat en Ukraine du journaliste Russe Arkadi Babtchenko, etc.

Sans responsabilisation par la loi des acteurs publics sur l’usage du mensonge et de la tromperie délibérée, la prochaine loi « Fake news », exclusivement restreinte à la sphère médiatique produira l’inverse de son but premier, celui de consacrer la vérité. Car en effet, qui contrôlera les affirmations du monde politique et quelles conséquences émaneront du privilège d’absence de responsabilité en cas de propos mensongers ou trompeurs dans le débat public. La sophistique [i] politique obtiendrait un blanc-seing quand la vérité dans le champ médiatique serait contrôlée par des acteurs privés (ex : décodex du journal, Le Monde) dépendant d’agents économiques connus pour leur proximité avec le monde politique et assez proches pour dénoncer une collusion. Soit la loi s’applique à tous et la démocratie est respectée soit la loi s’arrête aux portes du pouvoir et la démocratie est altérée.

Nous pouvons et nous devons légitimement nous poser la question suivante : Sommes-nous à l’aube de l’apparition d’une nouvelle Pravda ?

Pour lutter contre l’attentisme face à ce potentiel fléau, le philosophe français, contemporain, André-Compte Sponville nous enseigne à regarder le monde dans sa vérité parfois glaciale, toujours lucide, sans quoi nous sombrerons gaiement dans l’illusion de la comédie humaine.

« Il s’agit de vivre et de penser, autant qu’on peut, en vérité, fût-ce au prix de l’angoisse, de la désillusion ou du malheur. Fidélité au vrai d’abord : mieux vaut une vraie tristesse qu’une fausse joie. »

A.M.M

[i] « Toute pensée qui se soumet à autre chose qu’a la vérité » André-Compte Sponville

Sources :

Petit traité des grandes vertus, André-Compte Sponville.

Vous avez aimé, vous souhaitez vous aussi écrire un article sur O’Parleur.fr → Comment ça marche ?

Redimensionnement de la police
Mode de contraste