Décryptage la corneille a attrapé le scorpion

Adage ~ La corneille a attrapé le scorpion

Décryptage de la semaine

« La corneille a attrapé le scorpion » est un adage d’Érasme. Cet énoncé obscur fait partie d’une série de pensées sur nos actes et leurs conséquences néfastes … sur nous-mêmes !

 

Un précédent qui rend chèvre

Gare aux actions inconsidérées !  C’est en substance ce que nous dit le décryptage du jour. « La chèvre, l’épée » (sous-entendu « a trouvé ») en est un témoignage. Un jour, les Corinthiens s’apprêtaient à sacrifier une chèvre en l’honneur de Junon d’Accra. Ils rencontrèrent un problème : ils ne savaient plus où ils avaient enterré le couteau devant servir pour l’offrande. Alors, la chèvre, grattant le sol avec ses sabots, le déterra et l’offrit aux regards, et c’est ainsi qu’elle fut sacrifiée.

Cet adage s’applique à ceux qui trouvent eux-mêmes l’arme qui causera leur perte. La corneille a attrapé le scorpion va plus loin en introduisant une notion de « karma ».

 

Un adage qui ne manque pas de piquant

« La corneille, le scorpion » (ou Cornix Scorpium en latin, « a attrapé » est sous-entendu) met en garde les individus mal intentionnés. Une corneille en quête d’un repas aperçoit un scorpion et décide de s’en saisir. Elle attrape l’arthropode et reprend son vol. Le scorpion recourbe alors sa queue et pique l’oiseau, qui meurt dans d’atroces souffrances.

Il existe sur ce thème une épigramme grecque d’Archias[1] :

 

Un jour un noir corbeau, qui habitait l’éther[2]

Étincelant, vit un scorpion sortir de terre,

Il l’attrapa et s’envola ; mais, quand l’oiseau

Toucha le sol, le scorpion aussitôt le blessa

De son dard et lui ôta la vie. Et voici

La morale : le mal ourdi envers autrui

Contre l’oiseau perfide à la fin s’exerça.

 

« La corneille a attrapé le scorpion » aujourd’hui

L’adage convient à ceux qui veulent nuire et, en retour, subiront le même sort de la part de leur victime. Même chose chez Horace, qui écrit : « La Grèce conquise a conquis son farouche vainqueur. »[3]

Nous pouvons aussi penser aux Mongols, « héros » du précédent décryptage, qui auraient mieux fait de lire Érasme !

Adage 58

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : Anthologie palatine, les épigrammes d’Archias

 

Notes et références

[1] Poète et épigrammatiste grec (121 av. J-C – 61 av. J-C) naturalisé romain sous le nom d’Aulus Licinius Archias. Il fut notamment l’un des maîtres de Cicéron.

[2] Comprendre au sens d’espace céleste où évoluent les oiseaux.

[3] Source : ÉRASME, Les Adages. Ed. Les Belles Lettres 2013). Édition bilingue français/latin de la dernière édition du vivant d’Érasme (1536).

Retrouvez notre précédent Décryptage → Kamikaze

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