Illustration Décryptage La corne d'abondance

Expression ~ La corne d’abondance

Décryptage de la semaine

Le décryptage poursuit son aventure en utopie. Aujourd’hui, nous nous intéressons à un objet mythique : la corne d’abondance ! Arborant la forme d’une corne (CQFD) de ruminant… ou d’une coquille de triton, elle est utilisée par Ploutos, dieu grec de la richesse et de l’abondance (CQFD bis).

On la représente traditionnellement remplie de fleurs et de fruits, de lait, de miel et d’autres aliments sucrés. Quant à son origine, nous pouvons également parler d’abondance… car elle en a deux (qui possèdent elles-même deux versions différentes) !

 

Bêle, bêle, bêle… comme une corne d’abondance !

La première version de l’histoire évoque la corne d’Amalthée. Il s’agit de la chèvre qui allaite Zeus quand il est encore un enfant. Ses cornes produisent du nectar et de l’ambroisie, mets qui rendent immortel.

La légende évolue et Amalthée se métamorphose en nymphe. Dans Les Fastes d’Ovide (V), Rhéa lui confie son fils Zeus pour échapper au courroux de Cronos, père du divin enfant. Amalthée veille sur le jeune dieu et le nourrit avec le lait d’une chèvre. Un jour, l’animal brise l’une de ses cornes :

« Amalthée ramassa cette corne brisée, l’entoura d’herbes fraîches, la remplit de fruits, et la présenta ainsi aux lèvres de [Zeus] »

(Ovide, Les Fastes, V, v. 124–125)

 

Et c’est ainsi que la corne d’Amalthée[1] devint la corne d’abondance. A moins que…

 

La vie n’est pas un long fleuve tranquille

Dans une autre version de la légende, Heraclès obtient cette corne suite à un combat homérique avec Achéloos, un dieu-fleuve de la mythologie grecque. Ce dernier tombe éperdument amoureux de Déjanire mais la jeune femme, effrayée par ses dons de métamorphose, lui préfère Heraclès.

Les deux prétendants s’affrontent. Achéloos se métamorphose d’abord en serpent, puis en taureau. Heraclès prend finalement le dessus et lui arrache une corne. En signe de capitulation, Achéloos lui offre une corne de la chèvre Amalthée qui deviendra la corne d’abondance.

Chez Ovide, la corne d’abondance ne provient pas d’Amalthée mais du front mutilé d’Achéloos, comme l’explique le récit du vaincu :

« Tandis que sa main brutale tenait ma corne résistante, il la brisa et l’arracha de mon front mutilé. Les Naïades la remplirent de fruits et de fleurs odorantes , la consacrèrent aux dieux et la Bonne Abondance s’enrichit de ma corne. »

(in. Les Métamorphoses)

 

Symbolique de la corne d’abondance

Attribut des divinités de la terre (Tellus, Épona, Fortuna, Gaïa, Cérès et Hadès), la corne d’abondance est synonyme de source inépuisable de bienfaits. Nous la retrouvons également chez les gaulois, avec Cernunnos,  le « dieu cornu ».

Il y a, sans doute, dans ces légendes une allusion à une partie de la très fertile Lybie, qui a la forme d’une corne de bœuf, et qui fut donnée jadis par le roi Hammon à sa fille Amalthée.

La corne présente aussi un double symbole : pointe, elle évoque le mâle ; réceptacle, elle évoque la femme. D’où, dans la tradition latine, sa représentation de la fécondité. La corne d’abondance est aujourd’hui « l’emblème de l’agriculture et du commerce »[2].

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : Les métamorphoses, d’Ovide.

 

Notes et références

[1] Amalthée est elle aussi passée à la postérité. Zeus honore sa bienfaitrice en en faisant la plus grande des étoiles du Cocher (Capella, « la chèvre », c’est-à-dire α du Cocher). C’est pour cela que l’on appelle la chèvre la « fille du soleil ». Il en fait également une constellation du Zodiaque (cf. le Capricorne). Selon d’autres traditions, à la mort de la chèvre, Zeus aurait pris sa peau pour en faire son égide : le terme grec αἰγίς / aigís signifie en effet également « peau de chèvre ». Plus d’informations ici.

[2] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TILLIER, Isabelle KORDA, p. 59-60.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Être au septième ciel

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