Décryptage de la semaine

Débuter le week-end avec un mot à connotation violente et anxiogène, n’est-ce pas un peu kamikaze ? Sans doute… sauf si le dit-mot a une origine surprenante. Retour sur un terme qui fait beaucoup de vagues !

 

Autant en emporte le vent

Kamikaze, est un nom et adjectif emprunté (1953) au japonais Kamikazé (神風).

Le premier élément de ce mot, kami (かみ), signifie « supérieur », d’où « seigneur, maître » et, dans la religion shintoïste, « entité supérieure à l’homme par sa nature (soleil, lune, typhon), divinité ». Le second élément kaze (かぜ) signifie « vent ». Le tout forme un mot composé signifiant « vent divin » en japonais. À l’origine, ce mot désigne deux typhons qui ont détruit la flotte d’invasion mongole en 1274 et en 1281[1].

 

It’s not madness, it’s… Kamakura !

L’an 1266. Après avoir annexé la Corée (1259), fondé la dynastie Yuan (1260) et installé sa capitale à Qanbaliq[2] (1264), l’empereur Kubilai Khan[3] poursuit l’expansion de l’Empire Mongol. Il envoie des émissaires au Japon. Le message est très clair : soit les japonais se soumettent, soit ils subissent une invasion mongole. Les shoguns ne cèdent pas à l’intimidation.

En 1268, de nouveaux émissaires mongols sont envoyés. Nouveau refus des japonais, vivement encouragé par le shikken (ou shogun) de Kamakura. L’invasion mongole aura bien lieu… mais pas tout de suite. En effet, Kubilai Khan ne dispose pas d’une flotte assez nombreuse pour lancer l’assaut. Chaque camp se prépare donc à la guerre.

 

Les invasions barbares

En 1274, la flotte mongole, forte de 23000 hommes et 700 vaisseaux, prend la mer. Elle écrase facilement la résistance sur les îles de Tsushima et d’Iki. Les mongols s’attaquent très vite à Dazaifu, l’ancienne capitale de Kyushu. Rien ne semble pouvoir les arrêter.

Cependant, ils vont se heurter à un manque de ressources, des pertes humaines plus nombreuses que prévu et des dissensions au sein de leurs rangs (des rébellions parmi le gros des troupes chinoises et coréennes). De surcroît, une très forte tempête endommage la flotte, obligeant l’envahisseur à rebrousser chemin. Aujourd’hui, avec le recul, les historiens pensent qu’il s’agissait d’une « invasion test » afin de jauger les capacités défensives du Japon.

 

L’empire mongol contre-attaque

Au printemps 1281, Kubilai Khan, fort d’une flotte deux fois plus nombreuse, lance une nouvelle invasion du Japon. Les mongols débarquent à nouveau (et facilement) à Tshushima et Iki. Les événements prennent alors une tournure inattendue. Ils sont repoussés une première fois par les samouraïs et doivent attendre l’arrivée des renforts chinois… en été, pour tenter de prendre Kyushu. Les Japonais, bien qu’inférieurs en nombre, ont eu le temps de fortifier la côte et empêchent sans difficulté l’envahisseur d’aborder. Les mongols doivent donc attendre à bord de leurs navires, le temps de trouver la faille.

Or, le 15 août, le typhon kamikaze arrive le long des côtes japonaises. Deux jours durant, il va ravager Kyushu et, surtout, détruire la majeure partie de la flotte mongole. C’est un nouvel échec, qui marque la fin de l’expansion de l’empire mongol.

 

Banzai !

Le terme kamikaze est resté exclusivement japonais jusqu’au XXe siècle. En 1937, les pilotes Masaaki Iinuma et Kenji Tsukagoshi effectuent un vol intercontinental « Tokyo-Londres » en moins de cent heures. Il s’agit d’un record qu’ils ont obtenu à bord de leur avion baptisé Kamikaze.

Illustration décryptage Kamikaze

L’avion Mitsubishi Ki-15 « Kamikaze » qui a effectué le vol Tokyo-Londres en un temps record en 1937.

Le terme est utilisé dans la propagande japonaise au tout début de la Seconde Guerre mondiale, au sens d’intervention divine. C’est à l’automne 1944 que la Marine impériale japonaise crée une unité d’attaque spéciale chargée de s’écraser sur les bâtiments américains. Kamikaze désigne alors l’ensemble de ces escadrons-suicides.

 

Kamikaze aujourd’hui

À partir de 1945, le mot se diffusa tel quel en anglais et dans d’autres langues. Kamikaze est passé en français (1953) avec ce sens, désignant le pilote volontaire de l’avion ou l’avion lui-même et, par extension, toute personne qui s’expose volontairement à un grand danger, ainsi que des actions considérées comme suicidaires[4].

A noter qu’au Japon (à l’instar de l’œil de Moscou en Russie), kamikaze désigne exclusivement le vent divin et les unités militaires de la Seconde Guerre mondiale. En aucun cas le sens que nous lui donnons en Occident.

Enfin, pour conclure sur une note plus légère, sachez que le kamikaze est également… un cocktail !

En résumé, kamikaze = un phénomène météorologique, le souffle divin, un record du monde aéronautique, les escadrons-suicides et des spiritueux. Pas mal pour un mot simple et limpide !

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : retour sur l’invasion mongole et le kamikaze avec Nota Bene

 

Notes et références

[1] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[2] Aujourd’hui : Pékin.

[3] Petit-fils de Gengis Khan.

[4] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Se faire blackbouler

Redimensionnement de la police
Mode de contraste