Noël en décalé ~ Jus de chaussettes

Décryptage Jus de chaussettes

Décryptage de la semaine

Jus de chaussettes ! Une expression qui reprend l’un des éléments de Noël… mais qui n’a aucun rapport avec l’événement ! C’est Noël en décalé et c’est chaque vendredi pendant les fêtes sur… Ho Ho Ho’Parleur !

 

Tout chausse !

Chaussette est le diminutif du nom féminin chausse[1], tiré du latin calceus[2], mot désignant une chaussure, d’abord portée par les rois et les patriciens, et probablement d’origine étrusque. Chausse, au singulier mais surtout au pluriel (XIIe siècle), a désigné des jambières, sorte de pantalons collants en drap ou en laine qui furent, jusqu’à l’avènement de la culotte, le vêtement masculin normal de la partie inférieure du corps en Occident[3].

Décryptage Jus de chaussettes

De nos jours, chausse a vieilli dans tous ses emplois, au contraire de chaussette, resté très vivant[4]. D’abord apparu sous la forme chalcette (vers 1150), cauchette en picard (1282), puis chaucette (fin XVe siècle), le terme désigne un « bas s’arrêtant à mi-jambe ».

Décryptage Jus de chaussettes

Il a produit à son tour chaussetier, nom masculin (1337, cauchetier)[5] et chausset(t)erie, nom féminin (1347)[6]. Mais d’où vient donc le rapprochement avec le café ?

 

Le jus de chaussettes, une expression qui fait (mal) le café !

L’expression du jour date de la seconde moitié du XIXe siècle. Elle apparaît durant la guerre franco-allemande de 1870-1871[7].

 

 

Durant le conflit, les troupes avaient parfois du mal à être ravitaillées. Les soldats devaient faire preuve d’ingéniosité pour « cuisiner » et notamment faire le café… sans cafetière.

Décryptage Jus de chaussettes
Sinon, ce serait moins drôle !

Ils versaient donc les grains de café dans une bassine ou une écuelle. Ils utilisaient la crosse de leur fusil pour les « moudre » le mieux possible. Ensuite ils versaient l’eau bouillante sur la poudre obtenue. Enfin, ils filtraient le tout. Pour ce faire, ils utilisaient une chaussette. Malheureusement, le résultat obtenu n’était guère fameux.

Aujourd’hui, le jus de chaussettes désigne encore un café fade et insipide.

Décryptage Jus de chaussettes
Nous sommes très éloignés de l’Esprit de Noël !

Fort heureusement, nous allons à présent aborder la tradition du jour dans une explication sans filtre.

 

La chaussette de Noël : une tradition dans la ligne de Myre

Il n’y a pas de mention écrite sur la date exacte de la création du la chaussette de Noël. La légende raconte que nous devons cette tradition à Saint Nicolas.

Décryptage Jus de chaussettes
Nicolas de Myre ou Nicolas de Bari, communément connu sous le nom de Saint Nicolas, est un grec né à Patare en Lycie vers 270 et mort à Myre en 343. Concernant la vie du personnage historique, il y a peu de faits documentés. Son culte est attesté depuis le VIe siècle en Orient et s’est répandu en Occident depuis l’Italie à partir du XIe siècle. La Saint-Nicolas est une fête inspirée de Nicolas de Myre et d’un évêque actif dans la même région au VIe siècle, Nicolas de Sion. Les traditions hagiographiques confondent les deux personnalités à partir du Xe siècle.

Alors qu’il est encore jeune, Nicolas perd ses parents suite à une épidémie et hérite de leur fortune. Homme bon et généreux, il devient prêtre et utilise sa richesse pour aider les plus démunis. Il consacre sa vie à Dieu et devient bientôt évêque de Myre.

Son cœur aimable et généreux lui vaut une immense popularité, notamment auprès des enfants. D’une grande modestie, Nicolas ne cherche pas la gloire et tient à aider les gens discrètement. Il fait ses dons tard dans la nuit, quand tout le monde dort, afin de protéger son identité.

Décryptage bon an mal an

Un jour, il passe près d’un village où vit un marchand autrefois riche mais dont le destin a basculé. Aujourd’hui veuf et presque indigent, il a trois filles de grande beauté. Malheureusement, à cause de sa pauvreté, il ne peut leur constituer une dot, qui leur garantirait un bon mariage. Ému par son histoire, l’évêque de Myre décide de l’aider. Problème : les gens du village n’acceptent pas la charité.

 

L’affaire est dans le sac (x3)

Et café qu’a fait Saint Nicolas ? Disposant de trois sacs d’or, il décide d’en offrir un à chacune des filles. Il remarque que les jeunes femmes accrochent leur bas près de la cheminée pour les faire sécher durant la nuit. Quand tout le monde dort, il ouvre la fenêtre et parvient à glisser un premier sac d’or dans un bas. Quand le père découvre le sac le lendemain matin, il est fou de joie. Il va pouvoir marier sa fille aînée.

La nuit suivante, Saint-Nicolas part avec un autre sac d’or et le jette avec précaution dans le second bas, de sorte que la deuxième fille soit dotée. Cette fois, le père est impatient de savoir qui est son mystérieux bienfaiteur. Il veille la nuit suivante. Il voit alors arriver Saint Nicolas avec un troisième sac d’or. Reconnaissant l’évêque, il tombe à genou devant lui et le remercie chaleureusement. La famille va ainsi pouvoir vivre une longue et heureuse vie.

L’histoire se répand bientôt parmi les villageois et notamment les enfants. Ces derniers commencent alors à suspendre leurs bas près de la cheminée, dans l’espoir de recevoir des cadeaux de Saint Nicolas[8].

 

La chaussette de Noël aujourd’hui

La tradition des chaussettes de Noël se répand ensuite en Europe, puis en Amérique, au XIXe. Clement Marke Moore (ou Henry Livingstone Junior) la rend populaire dans son poème « A Visit from St. Nicholas » (« La nuit magique de Noël »)[9] en 1823. L’auteur y décrit comment Saint Nicolas remplit les bas accrochés à la cheminée avec des jouets et des friandises.

Décryptage Jus de chaussettes

La chaussette est devenue un élément de décoration incontournable que l’on suspend à la cheminée lors du réveillon de Noël. Elle est décorée et personnalisée, chaque membre de la famille en ayant une à son nom.

Décryptage Jus de chaussettes

On peut y glisser des cadeaux et/ou des friandises. Dans certaines traditions, les enfants qui ont mal agi pendant l’année reçoivent seulement un morceau de charbon.

En même temps, vu le prix du bois pour se chauffer, c’est toujours pratique (NDLR : « On se console comme on peut… »)

Pour conclure ce décryptage, un conseil avisé aux enfants : après le repas de Noël, évitez de servir du jus de chaussettes. En effet, vos invités risqueraient d’avoir le moral… dans les chaussettes !

Hannibal LECTEUR, on se tient au jus (mais pas de chaussettes)

 

En bonus : ‘Twas The Night Before Christmas – Narrated by Michael Bublé (2019)

 

Joyeux Noël !

 

Notes et références – Jus de chaussettes

[1] D’abord écrit chauce (vers 1150), et issu issu d’un latin vulgaire °calcea, attesté à l’époque médiévale (800), féminin tiré du latin calceus.

[2] Calceus est dérivé de calx « talon », « pied (d’un mât, d’une échelle) » dont l’origine pourrait être étrusque, les autres relations avec des langues indoeuropéennes, comme le lituanien kulnìs « talon », le bulgare kŭlka « hanche », étant assez lointaines.

°Calcea a évolué de bonne heure vers le sens de « guêtre couvrant à la fois le pied et la jambe », également attesté par l’italien calza et l’espagnol calza « bas », vêtement d’origine gauloise qui reparut après l’invasion franque : dès le VIe siècle en effet, les Francs adoptèrent certaines parties du costume du peuple vaincu, remplaçant les braies par les chausses.

[3] Ce vêtement, qui tenait lieu à la fois de bas et de culotte, était divisé en bas-de-chausses  (1538), expression qui est à l’origine du terme d’habillement bas*, et haut-de-chausses (1546). L’apparition de ces deux expressions au XVIe siècle correspond au vieillissement du mot employé seul, à la suite de l’évolution de l’habillement masculin. Cependant, l’importance du vêtement se reflète encore aux XVIIe-XVIIIe siècles dans une phraséologie abondante : tirer ses chausses, « partir » (1611), porter ses chausses, ancienne variante de porter la culotte (1656), n’avoir pas de chausses « être en panne » (1694), faire dans ses chausses « avoir peur » (1798), toutes quasiment sorties d’usage.

Les chausses de mailles, formaient au moyen âge le complément de l’armure à haubert avant l’usage des cuissards, platines, « grèves » et l’adoption de l’armure à cuirasse vers la fin du XIIIe siècle.

Le singulier chausse a connu une évolution sémantique plus riche par extension analogique : le mot désigne un filtre (XVIe siècle), également appelé chausse d’Hippocrate (1552, chausse d’Hippocras) par les pharmaciens. Il est passé dans le langage de la construction comme dénomination (chausse d’aisance : d’abord causse de l’aysement, XVIe siècle) du conduit des latrines, emploi disparu.

Enfin, après avoir désigné un type d’ornement (vers 1250), il se dit d’une pièce d’étoffe que les membre de l’Université portent sur l’épaule gauche dans les cérémonies (1740) et que l’on nomme aussi chaperon.

Jus de chaussettes – suite

[4] Malgré la concurrence de mots récents comme socquette.

[5] Qui, après avoir supplanté chaussier, nom masculin (1268-1271), est sorti d’usage.

[6] Mot sorti d’usage avant sa reprise au début du XIXe siècle (1832, Victor Hugo). Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[7] Parfois appelée « guerre franco-prussienne », « guerre de 1870 » ou « guerre de septante ». Elle se déroule entre le 19 juillet 1870 et le 29 janvier 1871.

[8] Source : Chaussettes orphelines, « La véritable histoire des chaussettes de Noël », 18 décembre 2020. Lire en ligne.

[9] Aussi connu sous le titre « The Night Before Christmas » (« La nuit avant Noël »).

Retrouvez notre précédent Décryptage Tirer les marrons du feu