Il y a 53 ans, jour pour jour… Le Summer of Love (« Été de l’amour » en français) correspond au rassemblement de milliers de jeunes à San Francisco, dans le quartier de Haight-Ashbury, au cours du printemps et de l’été 1967. Et le monde découvrit la contre-culture hippie américaine.

 

Hip-Hippie Houra !

Le mouvement hippie est né aux États-Unis au début des années 1960 dans un contexte de contestation civique et de refus de l’ordre établi. A cette époque, de nouvelles cultures alternatives émergeaient en Amérique et en Europe. La jeune génération, née juste après la seconde guerre mondiale, ne se retrouve pas dans l’American Way of Life. Les manifestations contre la guerre du Viêt Nam et les émeutes noires dans les grandes villes pour la lutte des droits civiques vont fédérer une partie de la jeunesse.

Il s’agissait de vivre le monde autrement. En rejetant la société de consommation, son conformisme et la soumission aveugle au pouvoir. Influencés par la Beat Generation (Jack Kerouac, Allen Ginsberg) et les philosophies orientales (bouddhisme, hindouisme), les hippies prônaient un monde égalitaire, écologique et libre. À l’idéal d’une vie centrée sur la liberté, une sexualité sans tabou et la musique, les hippies ajoutèrent le psychédélisme et sa recherche de nouvelles perceptions par l’usage de drogues, comme le LSD – légal à l’époque.

Le mouvement hippie est parfois considéré comme la dernière résurgence spectaculaire du socialisme utopique qui se caractérise par une volonté de transformation de la société non pas à travers une révolution politique, ni sur une action réformiste impulsée par l’État, mais sur la création d’une contre-société socialiste au sein même du système, en mettant en place des communautés idéales plus ou moins libertaires[1].

 

Summer of Love : une utopie hippie

On considère généralement que le Summer of Love a commencé avec le rassemblement du Human Be-In au Golden Gate Park, le 14 janvier 1967. L’événement rassembla des centaines de personnes, issues des différentes « branches » de la contre-culture de l’époque. Tous étaient venus pour lire de la poésie, être ensemble et écouter de la musique. L’importance de cet événement a suscité l’intérêt des médias pour la contre-culture hippie qui fleurissait dans le quartier de Haight-Ashbury.

Dès le printemps 1967, des étudiants et des lycéens commencèrent à rejoindre le mouvement. Les autorités et une partie de la presse, peu enclines à voir se développer la contre-culture hippie, tentèrent de freiner son essor. Ce qui produisit l’effet inverse ! La communauté de Haight-Ashbury répondit aux autorités en formant le Council of the Summer of Love, donnant ainsi son nom officiel au mouvement. La presse nationale commença à parler de mouvement hippie. Puis le reste du monde. Une utopie prenait forme.

 

Grandeur… (Summertime will be a love-in there)

Pour l’occasion, John Phillips, du groupe The Mamas & The Papas, composa les paroles de la chanson San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair) :

« If you’re going to San Francisco,

be sure to wear some flowers in your hair…

If you’re going to San Francisco,

Summertime will be a love-in there. »

Conçu à l’origine comme une chanson « promotionnelle » pour le Festival de Monterey, la chanson transcenda son objectif. Elle devient un tube et un chant de ralliement pour tous les adeptes du Summer of Love. Elle donna également naissance au Flower Power.

1967 Summer of Love

Les Beatles, leur évolution sur le plan personnel et artistique, ont également joué un rôle dans la portée qu’a eue le Summer of Love. L’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band sortit le 1er juin 1967 en Europe et un jour plus tard aux États-Unis. Par ses influences psychédéliques, ses instruments indiens, sa pochette aux couleurs vives, l’album synthétisait l’essence même du Summer of Love. Le 25 juin 1967, leur chanson All You Need Is Love, écoutée dans le monde entier, mettait l’accent sur les idéaux d’amour, de paix et d’unité véhiculés par la contre-culture hippie.

Le point d’orgue de l’été fut le festival international de musique pop de Monterey qui rassembla 200 000 personnes. L’événement révéla des artistes tels que les Who ou Jimi Hendrix. Le Summer of Love permit de réunir des gens de tous les horizons, quelque soit leur couleur de peau, leur classe sociale ou leur religion : des adolescents et des étudiants séduits à l’idée de vivre une expérience utopique, des classes moyennes en vacances qui venaient en touristes, et même des militaires venant faire la fête.

 

… et décadence. (Winter is coming)

Le Summer of Love fut malheureusement victime de son succès. Dès l’automne 1967, tout s’assombrit. Le mouvement fit l’objet d’une récupération médiatique et commerciale. Certains pervertirent les idéaux hippies : l’amour libre devait cautionner les agressions sexuelles et les trafiquants investirent la place pour écouler des drogues dures. Surpopulation, problèmes de logement, toxicomanie et criminalité en hausse : les problèmes se multipliaient, les descentes de police aussi.

Beaucoup de participants jetèrent l’éponge, dépités de voir leur utopie dégradée. Ils reprirent leurs études ou partirent répandre la culture hippie. Finalement, le 6 octobre 1967, ceux qui restaient dans le quartier ont joué une parodie de funérailles, la cérémonie de « La mort du hippie », pour symboliser l’étiolement de l’événement. Le mouvement hippie, quant à lui, connut son apogée en 1969, avec le festival de Woodstock. Mais ceci est une autre histoire !

Hannibal LECTEUR

 

[1] Ronald CREAGH, Laboratoires de l’utopie. Les communautés libertaires aux États-Unis, Paris, Payot, 1983, p. 11.

Retrouvez le précédent billet d’Histoire de Dates : le 15 mai 1889 et la tour Eiffel

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