Il y a 131 ans jour pour jour. La dixième exposition universelle est organisée à Paris en 1889, du 15 mai au 6 novembre. Étendue sur 95 hectares, l’Exposition occupe le Champ de Mars, la colline du Trocadéro et les quais jusqu’à l’esplanade des Invalides. La tour Eiffel, construite pour cet événement, est au centre de tous les regards.

 

La Dame de fer puddlé

Pour cette exposition qui marque le centenaire de la Révolution française, un grand concours est lancé dans le Journal officiel.

Son but est d’« étudier la possibilité d’élever sur le Champ-de-Mars une tour de fer, à base carrée, de 125 mètres de côté et de 300 mètres de hauteur ».

A l’époque, le plus grand monument du monde était l’obélisque de Washington. Du haut de ses 169 mètres, il conservera ce titre pendant 4 ans (1885-1889). Pour information, son prédécesseur, la grande pyramide de Gizeh, a détenu ce record pendant environ 4 000 ans…

Les deux principaux ingénieurs de l’entreprise Eiffel, Émile Nouguier et Maurice Koechlin, ont l’idée en juin 1884 d’une tour très haute en fer puddlé[1]. Ils la conçoivent comme un grand pylône formé de quatre poutres en treillis écartées à la base. Ces quatre « pieds » se rejoignent au sommet,  liés entre eux par des poutres métalliques disposées à intervalles réguliers.

15 mai 1889 tour eiffel

Premier croquis, par Maurice Koechlin, du pylône de 300 mètres qui deviendra la tour Eiffel

Parmi les 107 projets proposés, c’est celui-ci qui sera retenu. A Gustave Eiffel, Nouguier et Koechlin s’ajoute l’architecte Stephen Sauvestre. Il sera chargé de mettre en forme le projet afin de le rendre plus acceptable aux yeux de l’opinion publique.

 

La Tour (Eiffel), prends garde !

Imaginez Paris et la France sans la tour Eiffel. Inconcevable, n’est-ce pas ? Et pourtant, cela n’a pas toujours été le cas.

En effet, dès ses prémices, le projet connaît de vives contestations, notamment dans le monde des Arts et des Lettres. Le 14 février 1887, le journal Le Temps publie la Protestation contre la Tour de M. Eiffel :

« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel, […] »

 

Parmi les signataires se trouvent : Charles Gounod[2], Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils, Leconte de Lisle ou Charles Garnier.

 

Eiffel répond à ses détracteurs

Gustave Eiffel ne se laisse pas ébranler par ces critiques parfois violentes. Il répond à la « protestation des artistes » dans une entrevue accordée au Temps le 14 février 1887. L’occasion d’y exposer sa doctrine artistique :

« Je crois, pour ma part, que la Tour aura sa beauté propre. […]

Je prétends que les courbes des quatre arêtes du monument, tel que le calcul les a fournies […] donneront une grande impression de force et de beauté […]

La tour peut sembler digne de personnifier l’art de l’ingénieur moderne mais aussi le siècle de l’Industrie et de la Science dans lequel nous vivons, dont les voies ont été préparées par le grand mouvement scientifique de la fin du XVIIIe siècle et par la Révolution de 1789, à laquelle ce monument serait élevé comme témoignage de reconnaissance de la France. »

 

Une tour et des chiffres qui donnent le vertige

Le chantier démarre le 28 janvier 1887. Il s’achève le 31 mars 1889, soit 2 ans, 2 mois et 5 jours plus tard. Compte tenu des moyens rudimentaires de l’époque, il s’agit d’une véritable prouesse technique.

15 mai 1885 Tour Eiffel

Les différentes étapes de construction : cinq mois pour construire les fondations et vingt et un mois pour réaliser le montage de la partie métallique de la tour.

Pour les amoureux des chiffres, la Tour Eiffel, c’est :

  • 18 038 pièces métalliques
  • 5 300 dessins d’atelier
  • 50 ingénieurs et dessinateurs
  • 150 ouvriers dans l’usine de Levallois-Perret
  • Entre 150 et 300 ouvriers sur le chantier
  • 2 500 000 rivets
  • 7 300 tonnes de fer
  • 60 tonnes de peinture
  • 5 ascenseurs

 

Tous les chroniqueurs de l’époque s’accordent pour dire que le montage de la tour est une merveille de précision. Gustave Eiffel, qui a respecté les délais de livraison impartis, est décoré de la Légion d’Honneur sur l’étroite plate-forme du sommet.

 

La tour Eiffel gagne son « Paris »

Le 15 mai 1889, l’Exposition universelle ouvre ses portes au public, qui découvre ébahi le monument de Gustave Eiffel. Le succès est immédiat. Il accueille en moyenne 12 000 visiteurs par jour, pour un total de 1 953 122 sur la durée de l’Exposition.

La tour Eiffel est à cette époque la tour la plus haute du monde avec ses 312 mètres de haut. Elle ne sera détrônée qu’en 1930 par le Chrysler Building et ses 319 mètres. Les visiteurs du monde entier se pressent pour admirer ce chef-d’œuvre architectural.

Outre son imposante structure, le public découvre le vertige de l’ascension et, surtout, une vue aérienne sur Paris inédite pour l’époque. Détail qui paraît anodin aujourd’hui mais révolutionnaire en 1889, les vues par avion n’étant encore que des fantasmes dignes de figurer dans l’œuvre du génial Jules Verne.

La tour Eiffel a également attiré nombre de célébrités parmi lesquelles l’actrice Sarah Bernhardt, le Prince de Galles (futur roi Edouard VII), le Shah de Perse… et même Buffalo Bill !

Construite à l’origine pour durer vingt ans, la Tour Eiffel est devenue, au même titre que Notre-Dame de Paris, une muse pour le monde des Arts et des Lettres, un emblème de la France et l’un des monuments les plus visités au monde !

 

Gustave Eiffel : plus d’une tour dans son sac !

On ne peut parler de la Tour Eiffel sans évoquer son créateur.

Né en 1832 à Dijon, Gustave Eiffel sort de l’École Centrale des Arts et Manufactures en 1855, l’année même de la première grande Exposition universelle tenue à Paris.

15 mai 1889 tour eiffel

Gustave Eiffel

Il s’installe à son compte en 1864 comme constructeur spécialisé dans les charpentes métalliques.

Parmi ses œuvres notables : le viaduc de Porto sur le Douro (1876), puis celui du Garabit (1884), la coupole de l’observatoire de Nice et l’astucieuse structure de la Statue de la Liberté. Il culmine en 1889 avec la Tour Eiffel, date qui marque également la fin de sa carrière d’entrepreneur.

Seule ombre dans son parcours, la construction du canal de Panama, qui aboutira au plus grand scandale financier du siècle. Malgré sa volonté et ses efforts, la mise en liquidation de la Compagnie du canal le 4 février 1889 aboutit à son inculpation pour escroquerie, aux côtés de Lesseps père et fils. Alors que rien ne peut réellement lui être reproché,  la justice le condamne à deux ans de prison et à 2000 francs d’amende. La Cour de Cassation cassera le jugement mais il sortira profondément heurté de cette histoire et se retirera du monde des affaires.

Il consacrera les trente dernières années de sa vie à une féconde carrière de savant.

En s’employant d’abord à trouver une utilité à la Tour : expériences sur la résistance de l’air, station d’observation de météorologie et surtout antenne géante pour la radio naissante (puis, plus tard, la télé, y compris la TNT).

Il meurt le 27 décembre 1923 à l’âge de 91 ans. En tout, il a légué au monde plus d’une centaine d’ouvrages métalliques.

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : les Hackeurs de la tour Eiffel (Le petit théâtre des opérations, par un Odieux Connard)

 

Lien vers le site de la tour Eiffel, d’où sont tirées toutes ces informations.

 

[1] Le puddlage est un ancien procédé d’affinage, mis au point par Henry Cort en 1784. Il permet la fabrication en grande quantité de fer, aux caractéristiques supérieures à celles de la fonte. Gustave Eiffel l’a choisi notamment en raison de ses propriétés mécaniques. Employé largement tout au long du XIXe siècle, le fer puddlé s’efface progressivement devant l’acier, plus performant et plus compétitif. Le mot puddlage vient du verbe anglais to puddle qui signifie « brasser ».

[2] Le même Charles Gounod qui, en septembre 1889, viendra dîner avec Gustave Eiffel au restaurant de cette fameuse tour Eiffel contre laquelle il s’indignait. Qui a dit « ironique » ?

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