Chaud Effroi ~ Halloween Vs. Toussaint

Décryptage Halloween Toussaint

Décryptage de la semaine

C’était la veille d’Halloween ou de la Toussaint, on ne sait plus très bien. Hannibal LECTEUR était attablé à son bureau, tout à son travail, quand le Diable apparut :

– Tremble, Ô Mortel, car ton âme est mienne ! Tu vas te consumer dans les flammes de l’Enf…

– Pas avant d’avoir fini mon décryptage…

– Pardon ?!

– Pas avant d’avoir finir mon décryptage, alors réprime tes ardeurs !

– Mais ton âme…

– Tu connais la différence entre Halloween et la Toussaint?!

– Non, mais…

– Mon lectorat non plus ! Alors, je finis mon décryptage et seulement après on parlera du titre de propriété de mon âme !

– Mais… je fais quoi en attendant ?

– Tu n’as qu’à regarder la télé. Ça tombe bien, ils repassent L’Exorciste

 

Halloween met Samain à couper !

L’étymologie d’Halloween appartient strictement à la langue anglaise, sans aucun rapport avec le gaélique ou toute autre langue celtique. C’est une altération de All Hallows’ Eve[1], pour « la veille de tous les saints », c’est-à-dire la veille de la Toussaint. On célèbre cette fête folklorique et païenne, traditionnelle, originaire des îles Anglo-Celtes, la nuit du 31 octobre.

La plupart des historiens considèrent Halloween comme un héritage de Samain, sorte de « Nouvel An » célébré par les Celtes en automne.

Décryptage Octobre

Sous l’autorité des druides, la fête se déroulait pendant sept jours :

  • Le jour de Samain (en Irlande, Samonios en Gaule) ;
  • Trois jours avant et trois jours après.

La fête est une période close en dehors du temps. Les barrières entre réel et irréel son abolies, les hommes peuvent communiquer avec les esprits – défunts, démons ou dieux des Tuatha Dé Danann[2]. Les Celtes pratiquent alors une cérémonie afin de s’assurer que l’année à venir sera bénéfique. Ils chassent aussi les mauvais esprits.

Décryptage Halloween Toussaint
Les « Tuatha Dé Danann » (Riders of the Sidhe), John Duncan (1911)

Ces fêtes druidiques disparaissent d’Irlande au Ve siècle, avec l’expansion du christianisme. Samain s’estompe au profit d’Halloween. Lors de la Grande famine en Irlande (1845-1851), beaucoup d’irlandais et d’écossais émigrent aux États-Unis et au Canada. Ils y introduisent ainsi Halloween, qui gagne en popularité à partir des années 1920.

On commence à voir les célèbres Jack-o’-Lanterns, sculptés dans des citrouilles, la tradition des déguisements effrayants, de la chasse aux bonbons, etc…

Décryptage Octobre

Si on la célèbre majoritairement dans les pays anglophones, Halloween cherche aujourd’hui à étendre son rayonnement spirituel commercial en Europe. Preuve que si l’argent repousse les loups-garous, en revanche, il n’effraie pas les requins de la finance !

 

Saint pour tous, et tous pour la Toussaint !

Toussaint (fin XVIIe siècle) est une réfection graphique de Toussains (vers 1180). C’est l’abréviation de feste Toz Sainz (vers 1131) pour « fête de tous les saints ».[3]

On célèbre cette fête catholique en l’honneur de tous les saints, connus et inconnus, le 1er novembre[4]. L’usage s’est répandu de fêter le même jour tous les morts alors que la fête des Morts a lieu le 2 novembre[5]. Ainsi, aujourd’hui, la Toussaint évoque surtout la célébration des morts[6].

Décryptage Halloween Toussaint
Fra Angelico, Les précurseurs du Christ avec les saints et les martyrs, 1423-1424.

La Toussaint vient d’une longue tradition. Dans la Rome antique, on célèbre déjà les Lemuria pour conjurer les mauvais esprits. Dès le IVe siècle (Églises orientales) et au Ve siècle (Rome), on rend hommage aux martyrs le dimanche après la Pentecôte.

Le 13 mai 610, le Panthéon de Rome devient un sanctuaire. Il est consacré par le pape Boniface IV sous le nom de l’église Sainte-Marie-et-des-martyrs. Le 13 mai devient alors la date officielle de la célébration de la Toussaint.

Décryptage Halloween Toussaint

Le changement au 1er novembre interviendrait au VIIIe siècle, lorsque le pape Grégoire III dédicace à tous les saints une chapelle de la basilique Saint-Pierre de Rome. Vers 835, le pape Grégoire IV ordonne que cette fête soit célébrée dans toute la chrétienté. C’est à cette occasion que la fête de la Toussaint serait définitivement fixée au 1er novembre[7].

 

Une citrouille pour… éclairer notre lanterne !

Avant de nous quitter, un mot rapide sur Jack-o’-lantern, personnage emblématique du folklore irlandais et icône d’Halloween. Jack avait toutes les qualités : avare, ivrogne, méchant et égocentrique. Un jour, le Diable lui apparaît dans une taverne et lui réclame son âme.

Décryptage Halloween Toussaint

Jack souhaite boire le dernier verre du condamné avant d’aller en enfer. Le Diable accepte et se change en pièce de six pence. Mais l’ivrogne enfouit la pièce dans sa bourse, avec une croix en argent ; croix qui neutralise les pouvoirs du diable. Piégé, le (pas très) Malin doit promettre à Jack de lui laisser dix années de répit.

 

On s’était dit rendez-vous dans 10 ans…

Dix ans plus tard, les deux « amis » se retrouvent au pied d’un pommier. Jack demande alors au Maître des Enfers de lui cueillir une pomme en haut de l’arbre avant de le suivre. N’ayant pas retenu la leçon, ce dernier s’exécute et le coquin en profite pour graver une croix sur le tronc. De nouveau piégé, le diable ne retrouve sa liberté qu’après avoir promis à Jack de le laisser définitivement tranquille.

Décryptage Halloween Toussaint

Notre vilain farceur meurt le jour d’Halloween. Il se voit refuser les portes du Paradis ET de l’Enfer. Il est condamné à errer sans fin jusqu’au Jugement Dernier. Pas rancunier (?), le Diable lui donne un morceau de charbon ardent pour éclairer son chemin dans les ténèbres. Il gagne également son surnom de Jack-o’-lantern (Jack à la lanterne)[8] et apparaît chaque année à Halloween.

Décryptage Halloween Toussaint

Lors de cette fameuse nuit, les irlandais ont pour tradition de sculpter un légume (en souvenir des âmes perdues comme celle de Jack). Il s’agit alors… d’un navet ! (Au passage, admirez la cohérence thématique et chronologique du décryptage).

Décryptage Halloween Toussaint
Une jack-o’-lantern traditionnelle (navet) irlandaise du début du XXe siècle (Museum of Country Life, Irlande) Source : Wikipédia.

Navet qui sera remplacé lors de l’exode irlandais en Amérique par les citrouilles locales !

 

Halloween Versus Toussaint : épilogue

Hannibal Lecteur venait de conclure son décryptage. Tout feu tout flamme, le diable en profita pour réclamer son dû :

– Cette fois, ton âme est mienne ! Tu vas te consumer…

– Holà, on ne s’enflamme pas ! Où sommes-nous ?

– Ah mais quoi encore ?! Ça devient infernal, là…

– Ne Belzébuth pas en touche. Dans quelle ville sommes-nous ?

Faisant feu de tout bois, le diable regarda sa montre GPS (Goule, Possession & Succube) et lut avec horreur :

VILLE DE CROIX !

– Que je m’emporte !

– Voilà, ce n’est pas moi qui suis enfermé avec toi, mais bla… bla… bla… Alors va voir à Vauvert si j’y suis !

– Quel diable d’homme !

Faisant une croix sur l’âme du réfractaire rédacteur, le Diable se retira en Enfer, qui était son petit coin de Paradis.

Hannibal LECTEUR, n’a pas la trouille face aux citrouilles

 

En bonus : Bienvenue à Halloween (mais pas à la Toussaint) L’Étrange Noël de Monsieur Jack (1993)

 

Ce petit bijou de Tim Burton et Henri Selick réussit l’exploit d’être un excellent film d’Halloween ET de Noël !

 

Notes et références – Halloween Vs Toussaint

[1] Hallow est une forme archaïque du mot anglais holy et signifie « saint » ; even est une forme usuelle qui a formé evening, « le soir ». On utilise encore parfois l’orthographe Hallowe’en au Canada et au Royaume-Uni, « e’en » étant la contraction de even, devenue « een ».

[2] Dans la mythologie celtique irlandaise, les Tuatha Dé Danann (en gaélique : [t̪ˠuəhə dʲeː d̪ˠan̪ˠən̪ˠ], littéralement « tribus de la déesse Dana ») sont des dieux qui viennent de quatre îles du nord du monde : Falias, Gorias, Findias et Murias ; de ces villes mythiques ils apportent cinq talismans : la lance de Lug, l’épée de Nuada, le chaudron et la massue de Dagda (bien que le chaudron soit souvent attribué à Ceridwen), et la Pierre de Fal.

[3] Cf. saint, tout. L’emploi de « la » devant Toussaint vient d’expressions comme la (feste) Saint-Jean, la (feste) Saint-Michel et du fait que dans la tous sainz, le pronom déterminatif (normal au XIIe siècle) a été pris pour un article quand cette valeur de « le, la » a disparu.

[4] La célébration liturgique commence aux vêpres le soir du 31 octobre.

[5] La célébration de Toussaint fut suivie localement d’un office des morts dès le IXe siècle. En 998, les moines de Cluny instituèrent une fête des trépassés le 2 novembre, qui entra dans la liturgie romaine comme commémoration de tous les fidèles défunts au XIIIe siècle.

[6] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[7] Source : Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de Liturgie, Éditions CLD.

[8] D’après le Dictionnaire étymologique en ligne Douglas Harper, l’expression jack-o’-lantern apparaîtrait vers 1660. Elle désignerait un night-watchman (« garde de nuit », « veilleur »). On l’utiliserait aussi dès 1670 comme variation locale de will-o-the-wisp (« feu follet ») en East Anglia et dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Faire un carton