Décryptage Galette des rois

Gourmandise ~ Galette des rois

Décryptage de la semaine

Chose promise, chose due : après l’Épiphanie, O’Parleur se penche sur la galette des rois. Alors, c’est qui le roi (ou la reine) ? Lisez le décryptage du O’ pour le savoir !

 

Une étymologie à croquer ?

Certainement pas ! Sauf si l’on a de bonnes dents. En effet, galette, nom féminin, dérive de galet « caillou »[1]. Le terme apparaît au XIIIe siècle et évoque la forme ronde et plate d’un caillou. On le retrouve en ancien normand dans gale, pour « gâteau plat ».

Galette désigne donc un type de gâteau et, par analogie, un objet plat de cette forme. Outre l’alimentation, les deux analogies les plus connues concernent :

  • Le cinéma (1952) pour « enroulement de film non maintenu par des joues » ;
  • Les pièces de monnaie rondes et plates. Par la métaphore usuelle argent-aliment primordial (cf. blé), galette se dit pour « argent » (1872). Dès 1837, mangeur de galette désigne un homme vénal.

De ce sens dérive l’adjectif familier galetteux, euse (1895) « qui a de la fortune ». Galettière, nom féminin désigne régionalement (1865) une poêle pour faire cuire les galettes. De galet, terme technique, dérive le verbe transitif galeter (XXe siècle « munir de galets »).

 

La galette des rois, une recette qui fait coutume…

A l’instar de l’Épiphanie, la galette des rois remonte à l’Antiquité. Durant les Saturnales, on tirait déjà au sort la royauté. Le processus semble étonnamment familier :

« Le gâteau, coupé en autant de parts qu’il y a de conviés, on met un petit enfant sous la table, […] Sur cela, le maître l’adjure de dire à qui il distribuera la portion du gâteau qu’il tient en sa main, l’enfant le nomme ainsi qu’il lui tombe en la pensée […] jusqu’à ce que la part soit donnée où est la fève ; celui qui l’a est réputé roi de la compagnie encore qu’il soit moindre en autorité. »[2]

 

La notion d’épiphanie et la coutume de la galette se retrouvent tour à tour dans la fête de la lumière sous l’antiquité, dans les fêtes romaines et dans les fêtes chrétiennes, avant d’être sécularisées. Par sa forme ronde et sa couleur dorée, la galette des rois, partagée à l’Épiphanie, symbolise le soleil. Chez les chrétiens, elle est associée à la célébration des rois mages.

 

et une coutume qui fait recette !

La galette des rois et l’Épiphanie continuent d’être célébrées au Moyen-Âge. Dès 1311, les chroniqueurs relèvent l’existence de gâteaux feuilletés dans une charte de Robert II de Fouilloy, évêque d’Amiens[3]. La galette peut également servir à payer les redevances seigneuriales. De même, lorsque le Roi de France fait son entrée à Amiens, les bourgeois de la ville lui offrent un gâteau d’un setier[4] de blé.

Puisque nous parlons de rois, la coutume de la galette était également populaire chez les monarques. Avant Louis XIV, les grandes dames qui tiraient la fève devenaient reines de France d’un jour. Elles pouvaient alors demander au roi un vœu dit « grâces et gentillesses ». Mais « le Roi-Soleil » abolit cette coutume[5].

En 1711, à cause de la famine, le Parlement délibère de proscrire la galette afin que la farine, trop rare, soit uniquement employée à faire du pain. Lors de la Révolution Française, l’on songe à faire interdire le « gâteau des rois » pour des raisons idéologiques, en vain. Le 31 décembre 1791, un arrêté de la Commune rebaptise le jour des rois en « jour des sans-culottes ». L’Épiphanie devient la « fête du Bon Voisinage » et l’on y partage la « galette de l’égalité ».

A partir du XVIIe siècle, les boulangers offrent une galette à leurs clients. Mais ils abandonnent cette coutume assez coûteuse au début du XXe siècle (vers 1910).

 

La galette des rois aujourd’hui (us et coutumes)

La galette des rois se consomme aujourd’hui presque partout en France. Elle se compose de pâte feuilletée, dorée au four et garnie de frangipane (ou de compote de fruits, chocolat, etc.). Dans le Sud, on l’appelle parfois galette parisienne, car on y consomme plutôt le gâteau des rois[6].

On partage le plat en autant de parts que de convives. On en ajoute une dernière, la « part du Bon Dieu » (ou « de la Vierge » ou « du pauvre »). Au Moyen-Âge, elle est destinée au premier pauvre se présentant au logis. Aujourd’hui, cet usage est tombé en désuétude chez 100% des gourmands !

Comme expliqué plus haut, l’attribution des parts par un enfant sous la table remonte quant à elle à l’antiquité romaine.

L’emploi de la fève remonte aux Grecs, qui en utilisaient pour l’élection de leurs magistrats. Les Romains reprennent la tradition lors des Saturnales. L’Église remplace la fève par l’enfant Jésus. Les Révolutionnaires remplacent l’enfant Jésus par un bonnet phrygien. Les premières fèves en porcelaine apparaissent à la fin du XVIIIe siècle. Elles remplacent définitivement les graines de fève en 1870. Aujourd’hui, on propose des fèves « fantaisie » aux thématiques variées (architecture, histoire, montgolfières, super-héros, etc.). Ces collections font le bonheur des fabophiles, les collectionneurs de fèves.

Enfin, à chaque roi/reine sa couronne. La célèbre couronne dorée en carton souple est introduite dans le circuit commercial dans la seconde moitié du XXe siècle.

Pour conclure ce décryptage, voici le mot de la faim : bon appétit !

Hannibal LECTEUR, pas plus royaliste que le roi

 

En bonus : la recette de la galette des rois par Philippe Conticini

 

Notes et références

[1] GALET, nom masculin, mot emprunté (avant 1188, galeit) à l’ancien dialecte normanno-picard (vers 1195, jalet), est un diminutif de gal « caillou », peut-être du gaulois gallos « pierre, rocher » (cf. ancien irlandais gall « pilier de pierre, pierre à caillou). Selon P. Guiraud, galet pourrait être un doublet de ·chail « petite pierre », issu du latin callum « durillon » (cf. cal,caillou,galgal), avec influence possible de gal– « lancer » (cf. gaillard), le galet ayant souvent été un projectile (cf. arbalète à jalets « qui lance des cailloux »). Galet désigne un caillou poli par le frottement et, par analogie de forme, en technique (1832} un disque, une petite roue de bois, de métal (1956, galet-guide d’un projecteur de cinéma). Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[2] Eugène Cortet, Essai sur les fêtes religieuses et les traditions populaires qui s’y rattachent, Paris, E. Thorin, 1867, 283 p., p. 32.

[3] Legrand d’Aussy, Histoire de la vie privée des Français depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours, Paris, Simonet, 1815, p. 281.

[4] Ancienne mesure de grains de la contenance d’environ 156 litres. Voir la définition du Littré.

[5] Louis Charles Dezobry, Théodore Bachelet, Dictionnaire général de biographie et d’histoire, de mythologie, de géographie ancienne et moderne comparée, des antiquités et des institutions grecques, romaines, françaises et étrangères, Paris, Charles Delagrave, 1869, p. 2316.

[6] C’est un grand pain au levain sucré, en forme de couronne. Il est parfumé à l’eau de fleur d’oranger et recouvert de sucre et de fruits confits.

Retrouvez notre précédent Décryptage → L’Épiphanie

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