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France-Etats-Unis, l’histoire d’une alliance de circonstance

GÉOPOLITIQUE : ETATS-UNIS, NATION ENNEMIE OU ALLIÉE ?

Au regard des dernières saillies en date proférées contre la France par le président des Etats-Unis, Donald Trump et de la volonté d’émancipation militaire formulée par le président Français, Emmanuel Macron, l’idylle théâtralisée laissant préfigurer des débuts prometteurs entre la nation française et la nation américaine semble avoir bel et bien définitivement tourné court.

Force est de constater que les relations diplomatiques sont de plus en plus tendues entre une Amérique recroquevillée sur elle-même, aux prises avec ses vieux démons et une France ultra-libérale qui porte aux nues la doctrine du multilatéralisme dont la souveraineté étatique fonctionne sur le courant alternatif du lobbying des multinationales toutes puissantes. C’est pourquoi, il est aujourd’hui important de reconsidérer l’appréciation des relations que nous entretenons avec la puissance américaine à la lumière de certains événements historiques et géopolitiques.

Alors que ce statut de nations amies s’étiole jour après jour, la France et les Etats-Unis ont-ils toujours fait preuve d’une entente indéfectible ? C’est ce que nous allons essayer d’apprécier à l’aune de trois faits historiques majeurs que sont la guerre d’indépendance américaine, la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale qui impliquèrent ces deux géants du monde.

La lumière de trois faits historiques

Oublier l’histoire qui a mêlé ces deux pays serait une faute et une erreur d’appréciation dans notre objectif de réévaluer la qualité des relations actuelles et futures entre ces deux nations. Liées depuis plusieurs siècles, avant même la création officielle des Etats-Unis d’Amérique, les relations diplomatiques qu’entretinrent les deux puissances furent indéniablement celles de deux pays alliés. A cet égard, au cours du XVIIIème siècle, la France, sous le commandement du marquis de La Rouërie puis du général Lafayette fut un acteur majeur de la guerre d’indépendance aux côtés des indépendantistes américains opposés à la couronne britannique. Après quasiment huit années d’âpres combats, le conflit se solda par la reconnaissance d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique à Paris en 1783. De là, la relation d’amitié tressée entre les deux pays permit l’émergence à la fin du XVIIIème et au début du XIXème siècle, d’une toute nouvelle influence, cette fois-ci démocratique. La démocratie américaine exerça un véritable magnétisme sur la société politique en France et fut l’une des sources d’inspiration prépondérante lors de la Révolution française. Au XIXème siècle, cette forme de démocratie moderne connue un écho littéraire sans précédent par l’intermédiaire du philosophe politique et écrivain français, Alexis de Tocqueville, auteur de l’œuvre « De la démocratie en Amérique » qui figure aujourd’hui au panthéon des essais politiques.

Laissons les décennies s’égrainer et abordons de plain-pied les événements qui scellèrent l’alliance Franco-américaine moderne. Tout d’abord, celle-ci fut renforcée suite au premier conflit mondial. Les E-U, bien que menant une politique de stricte neutralité, finirent par entrer officiellement en guerre le 2 avril 1917 en intervenant aux côtés des forces françaises lors des ultimes efforts menant vers la victoire finale.

Puis vint la Seconde Guerre mondiale. la position politique américaine fut moins timide, bien que la réaction militaire soit une nouvelle fois tardive. Cependant son implication et son intervention décisive dans le conflit en fit l’un des principaux artisans de la victoire finale avec la Russie et le Royaume-Uni sur l’Allemagne Nazie.

Les affres de la guerre marquèrent durablement les consciences et de là s’ouvrit conséquemment le chantier d’une construction européenne des nations de concert avec la création d’organisations internationales telles que l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord-est), sous la tutelle américaine – en qualité de grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale et de créancier de l’Europe – consacrant la continuité et l’affermissement de l’alliance politico-militaire entre la  France et les Etats-Unis.

Nous venons de l’observer, l’histoire met en relief une entraide réciproque entre deux nations aux destinées d’apparence convergente. Néanmoins, une lecture trop en surface de l’histoire des relations de ces deux pays nous ferait oublier les stratégies géopolitiques qui ont sous-tendu une alliance ambiguë et parfois contradictoire aux versants opportunistes, en proie aux intérêts particuliers de chacune des deux nations.

L’alliance Franco-américaine, une amitié de circonstance

En passant ces trois faits historiques, certes non exhaustifs mais représentatifs, au crible géostratégique, le rapport d’amitié sans frontières qui paraît lier les deux pays semble moins immuable qu’il ne le laisse supposer de prime abord. En premier lieu, c’est exposer une vérité de rappeler que la quête d’indépendance des insurgés américains appuyée militairement par la couronne française a opportunément abouti à l’affaiblissement de la couronne britannique, ennemie jurée et historique du royaume de France. De surcroît, il est à noter que l’opération fut rentable pour ce qui fut de l’enrichissement territorial français sur le continent américain se soldant par un retour sur investissement mirifique, fruit de la vente juteuse de la Louisiane (d’une superficie égale à 10 états américains actuels) aux Américains en 1804 par le premier consul et futur empereur Napoléon Bonaparte.

Le second fait historique d’envergure choisi pour appuyer notre développement est la Première Guerre mondiale. Entrée tardivement dans le conflit du fait de la nature de son régime politique isolationniste et de son armée encore faiblement structurée, ce serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle d’omettre que le premier conflit mondial a considérablement enrichi les Etats-Unis d’Amérique. Cette dernière a pu observer la balance de son commerce extérieur pencher considérablement en faveur des exportations grâce au lucratif commerce transatlantique. Alors pourquoi avoir pris la décision d’intervenir aux côtés des alliés dont faisait partie la France, dans un conflit rentable en qualité fournisseur (principalement d’équipement militaire) ?

 La rupture du pacte de non-agression sous-marine par l’Allemagne en torpillant un de leurs bâtiments le Viligentia eu certainement pour effet de chauffer les esprits à blanc, cependant le comité Nye, chargé en 1934 d’enquêter sur les profits des industries d’armes de guerre, diffusa un nouvel élément de réponse deux années plus tard. En 1936, le comité conclut sans détour dans son rapport que les considérations économiques rattachées à la dette des alliés auxquels les Etats-Unis avaient prêté pour près de 2,3 milliards de dollars (ainsi que 27 millions aux empires centraux), avait constitué la raison principale de son intervention militaire aux côtés des forces alliées. Cette tendance clientéliste et intéressée constitua le socle de l’impérialisme américain naissant qui ne cessera de s’enraciner et s’étendre au fil du XXème et XXIème siècles. Aux États-Unis, cette guerre aura produit au moins 21 000 millionnaires et milliardaires.

La Deuxième Guerre mondiale fut cette fois-ci encore riche en profit mais une nouvelle fois coûteuse en vie humaine.  Smedley Buttler a dit de la guerre « C’est la seule qui compte les profits en dollars et les pertes en vie humaine. ». L’Europe est défaite par l’Allemagne Nazie et la France dont la demande d’assistance militaire par Paul Raynaud adressée au président Roosevelt restera lettre morte, est balayée militairement. La puissance française tombée, le gouvernement de Vichy proclamé, les Etats-Unis perdront opportunément toute considération envers leur allié d’autrefois. Durant le second conflit mondial, le comportement des Etats-Unis à l’égard de la France sera celui d’un pays combattant et vainqueur face à un pays capitulard et collaborationniste. Le gouvernement américain s’est notamment opposé à la présence de Français lors du débarquement en Afrique du Nord en 1942 dont le but était d’appuyer la décadence de la puissance française et d’y déployer avantageusement sa propre influence. Du moment de leur entrée dans le conflit, les Américains n’auront d’autres objectifs vis-à-vis de la France que de l’éloigner des négociations, d’affaiblir son influence et de récupérer une part de son héritage colonial motivant la phrase du général De Gaulle qui suit : « Jamais les Anglo-Saxons ne consentirent à nous traiter comme des alliés véritables. Jamais ils ne nous consultèrent, de gouvernement à gouvernement, sur aucune de leurs dispositions. Par politique ou commodité, ils cherchaient à utiliser les forces françaises pour les buts qu’eux-mêmes avaient fixés ». L’absence de la France à la conférence de Yalta tient pour exemple. Conséquemment, à la fin du second conflit mondial les projets de Roosevelt étaient de placer la France, un pays considéré comme vaincu, sous l’égide d’un gouvernement militaire allié des territoires occupés (AMGOT). En d’autres termes l’occupation de la France par les E-U pour une durée indéterminée. Seule la pugnacité du général De Gaulle avec l’appui de Winston Churchill permit au pays d’échapper aux conditions de gouvernance des américains et de se hisser par la fenêtre à la table des vainqueurs.

Pour conclure, l’analyse est certes rapide pour une matière aussi dense et profonde qu’est l’étude des relations passées entre la France et les Etats-Unis mais l’objectif poursuivi n’est pas tant l’exhaustivité que la compréhension des rapports bigarrés entre deux nations qui semblent marcher côte à côte depuis plusieurs siècles. C’est par un travail d’archéologie nous ramenant à l’étude et à l’analyse du passé que nous apprendrons à saisir le sens véritable des relations présentes et à venir entre ces deux puissances.

Nous venons de le constater, l’ambiguïté des relations entre la France et les Etats-Unis tient bien souvent dans le rapport d’intérêts réciproques que les deux nations entretiennent dans la course à leurs intérêts personnels. Cependant, ce paradoxe n’est pas l’apanage de l’entente franco-américaine mais bien un comportement au cœur des relations internationales depuis qu’elles existent où le profit et l’intérêt prennent l’ascendant sur les valeurs éthiques et morales.

La France et les Etats-Unis, deux nations alliées oui, mais pour combien de temps encore ?

A.M.M

Sources :

Loi de neutralité des Etats-Unis – www.junobeach.org/fr

Relation entre les Etats-Unis et la France – https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_les_%C3%89tats-Unis_et_la_France)

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