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illustration du billet citoyen "entre illusion et désillusion"

Entre désillusion et évolution

Quel avenir pour notre société contemporaine dans un monde qui tend à devenir 100% numérique ?

Internet a été pensé initialement comme une transposition du monde réel sans les différents inconvénients que l’on peut y trouver : discriminations en tout genre, problèmes de censure mais également dans le but d’accélérer le partager, la sociabilité et l’accessibilité aux connaissances par tout un chacun. C’est dans cette optique cette charte est venue, telle une mise en garde, s’inscrire dans les prémices de ce média géant que l’on connaît tous aujourd’hui. 

La charte de la Déclaration d’indépendance du cyberespace publiée en 1996 par l’Electronic Frontier Foundation, cofondée par John Barlow, marque un tournant dans l’histoire d’internet. Cette charte est et restera comme l’un des éléments indispensables qu’il faudra toujours prendre en compte au moment de penser et repenser le futur d’Internet. Cette déclaration est une véritable mise en garde, contre les « géants ». Elle s’inscrit parfaitement dans l’histoire d’internet puisqu’en 1996 nous étions encore au tout début et que le web ne tournait pas aussi rapidement, efficacement et habilement qu’aujourd’hui.

Rappelons qu’Internet est né à la suite des mouvements sociaux et aux différentes révolutions sociétales et culturelles initiées partout dans le monde, durant la deuxième moitié du 20ème siècle. Besoin de paix après la Seconde Guerre Mondiale, tensions dues à la Guerre Froide, participation des Etats-Unis dans différentes guerres au Vietnam ou en Afghanistan…

Pour la première fois, on voit naître des courants contestataires et une opposition farouche à l’armée Américaine… Les mouvements hippies et d’une manière générale les réseaux alternatifs commencent à se former et font opposition au mode de vie ultra consumériste américain. L’américanisation du monde est en pleine force et le monde entier goûte rapidement aux supermarchés, à la démocratisation des moyens d’information comme la télévision et les booms pétroliers permettent à tout un chacun de s’acheter un véhicule. Tout va très vite et on assiste rapidement à des disparités économiques encore plus fortes qu’auparavant. 

Ces baby-boomers sont à la recherche d’un avenir alternatif, loin des grosses industries et des conflits internationaux. Toute une génération entière sera entraînée dans ce mouvement, que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe. Suivant cette logique, les fondateurs d’internet ont donc voulu garder à l’esprit cet esprit alternatif et libre de ce nouvel outil. Il était donc indispensable d’éloigner au maximum les proies (gouvernements et entreprises) pouvant à tout moment venir s’emparer d’internet. Nous savons de fait qu’il est nécessaire la plupart du temps d’avoir une autorité qui organise, supervise et organise les éléments au sein d’un système pour qu’il puisse fonctionner parfaitement. C’est le cas d’un pays, d’un territoire, ou encore du quotidien avec les règles que l’on s’impose au sein d’une famille. Mais les règles peuvent parfois être contraignantes et atteindre des limites qui dépassent l’entendement et le consensus initial : dictature, tricherie en tous genres, escroquerie… 

Nous comprenons mieux l’idée qui est venue à l’esprit de John Barlow ainsi qu’aux autres fondateurs du web (Tim Berners-Lee, Vint Cerf ou encore Bob Kahn). Le web doit être simple dans l’utilisation et dans la technique. Nous devons penser un nouvel outil capable de révolutionner les relations sociales et l’accessibilité à l’information. Tout le monde doit pouvoir communiquer de manière sécurisée et quasi instantanée sur cette nouvelle « chose ». Les penseurs des années 90 avaient bien conscience que tôt ou tard ils ne pourraient plus avoir le monopole d’internet, mais ils étaient également conscience de l’impact dissuasif que pouvait avoir une charte de cette sorte.

Aujourd’hui, on ne peut que constater que cette neutralité et cette indépendance sont plus ou moins respectées. Nous pouvons considérer que le web a su rester un espace libre malgré les tentatives de contrôle par certaines entités supranationales. La décentralisation des serveurs, des contenus et de l’ensemble des composantes de ce formidable outil à travers le monde fait qu’il serait impossible qu’une entreprise ou un gouvernement puisse accaparer internet. Il ne peut être que partiellement contrôlable (dans certains pays comme la Chine, la Corée du Nord ou encore le Brésil) mais jamais quelqu’un ne pourra s’emparer du web dans sa globalité. C’est ce qui en fait sa force. 

L’humain et sa spiritualité sont mis en avant sur internet. La quête permanente d’un nouveau « moi », à travers l’externalisation de nos pensées et de nous-même, permet de trouver une sorte de paix et de ligne conductrice, introuvable dans la vraie vie. L’industrialisation des pays occidentaux, les conditions de travail machinales et les différents conflits sociétaux forcent toute une génération à protester. L’auteur de cette charte met parfaitement en avant le fait qu’il n’est pas ici question de manipuler les masses et de contrôler « la chair humaine » au bon vouloir des dirigeants. La spiritualité et l’intelligence individuelle fonctionnent ensemble.

Depuis qu’internet existe et se construit, nous avons pu assister à de nombreuses pétitions et mises en garde venant de partout dans le monde. De la simple charte éthique (comme celle proposée par l’auteur) en allant jusqu’à l’utilisation de la cryptographie pour contourner les autorités gouvernementales en passant par les associations et sites en peer to peer, tous les moyens sont bons pour trouver des alternatives aux moyens conventionnels de communication et d’échange. Les internautes ont bien souvent une longueur d’avance sur les institutions et ils savent se prémunir des moyens (parfois illégaux) pour pallier les problèmes du moment. 

On assiste même à des dénonciations ponctuées d’humour. Les « Big Brother Awards » sont des récompenses distribuées de manière ironique à celles et ceux qui mettent en danger la vie privée des individus sur internet… Elles sont distribuées bien souvent à des entreprises, à des hommes politiques ou encore à des institutions publiques. 

Malgré tout, même si nous pouvons dire et affirmer que d’une manière générale internet et le web sont libres et indépendants, il ne faut pas oublier que certaines personnes n’ont toujours pas accès à cette mine d’or pour différentes raisons (pays en développement, dictature, censure, retard technologique) et qu’il y a des tentatives de contrôle par des entités supranationales par ci et là. Citons l’exemple d’Edward Snowden, l’ancien employé de la CIA qui est actuellement réfugié politique en Russie suite à ses révélations sur l’espionnage américain de ses concitoyens… Julian Assange, fondateur de Wikileaks, a également dû se réfugier à l’ambassade d’Equateur à Londres pour éviter de se faire emprisonner… On voit bien ici qu’il y a une certaine forme de réprimande qui est mise en place pour lutter contre ceux qui dévoilent au grand public les agissements des grosses organisations. Ces personnages iconiques réussissent à diffuser leurs informations à travers internet, qui se charge de faire le relai malgré les tentatives d’étouffement de la part des autorités. 

En 2017, nous avons assisté à une explosion du numérique dans tous les domaines : logiciels, nouvelles technologies, médiatisation des crypto-monnaies, innovation des réseaux sociaux… Nous pouvons nous interroger sur le futur qu’internet va créer et si cette quête permanente de liberté et d’épanouissement ne nous mènera pas un jour, au bord du précipice. Jamais le clivage n’a été aussi marqué entre les « pro internet » et les traditionalistes. Est-ce raisonnable de penser un monde tout numérique ? L’absence totale de régulation et d’autorité ne mènerait-elle pas à l’anarchie sur les réseaux sociaux ?

Toutes ces problématiques sont abordées dans des œuvres littéraires (Big Bang Blockchain de Stéphane Loignon ou Sommes-nous trop branchés : la cyberdépendance d’Amnon Jacob Suissa) ou encore cinématographiques (série Black Mirror). Il va de soi que le web nous apporte des multitudes d’avantages, mais nous ne devons pas oublier que sa rapide évolution peut vite nous mener à des problèmes ingérables. Orwell disait « le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin. On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir. » 

L’absence d’autorité mène (ou mènera) inéluctablement à un pouvoir organisé, tôt ou tard, sur internet. Les prémices de ce phénomène sont déjà partiellement visibles avec les différentes tentatives d’organisations qui souhaitent s’accaparer de certains médias influents, des réseaux sociaux et plus récemment des crypto-monnaies (émergence soudaine du Ripple, contrôlé par des banques, pour rivaliser avec le Bitcoin et l’Ethereum). Pour l’heure, il nous est impossible de prévoir à l’avenir comment sera structuré internet et comment les échanges s’opéreront. Il est indéniable qu’internet a créé une sorte de dépendance que nous pouvions retrouver auparavant dans le travail à la chaîne et dans les médias de masse comme la télévision ou la radio. Qu’est-ce qui différencie finalement un adolescent scotché à Snapchat et à Tumblr d’un travailleur aliéné à son usine et à son poste de télévision dans les années 1950 ? Pas grand-chose, si ce n’est la forme.

Seul l’avenir nous dira comment cette révolution technologique impactera l’ensemble des générations à venir.

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