Au programme ~ Farniente

Décryptage Farniente

Décryptage de la semaine

Alors Hannibal, encore à ne rien faire ?! – Mais je ne fais pas rien, je farniente !

Et avec application, puisqu’il s’agit du mot du jour ! Mon professionnalisme me perdra…

Décryptage Farniente
Mon bureau. Il est important de se mettre en condition pour bien traiter son sujet…

J’ai deux amours : le farniente et l’Italie

Raccord avec l’ambiance estivale et la cadence des vacances, notre mot du jour ne se fatigue pas trop.

Farniente, nom masculin, est introduit sous la forme italienne far niente, de fare « faire » et niente « rien ». Il signifie littéralement « ne rien faire ».

Vernazza, les Cinque Terre (Italie)

On le rapproche parfois de la fausse étymologie « fainéant / fait-néant » mais les deux termes s’opposent (lire plus bas).

Quant au verbe intransitif farnienter (familier, 1899), il a préféré sortir d’usage rapidement (sûrement pour se reposer).

 

C’est une belle chose de ne rien faire

Farniente paresse apparaît doucement au début du XVIIe siècle en français[1]. Mais c’est sous la plume de Madame de Sévigné qu’il devient populaire, comme en atteste Littré :

Ne soyez point en peine de mon séjour à Livry ; je m’y trouve parfaitement bien ; j’y vis à ma mode ; je me promène beaucoup ;2 je lis ; je n’ai rien à faire, et sans être paresseuse de profession, personne n’est plus touchée que moi du far niente des Italiens.

                « Lettre de Livri, mercredi 16 Septembre 1676 », dans le Recueil des lettres de Madame la Marquise de Sévigné à Madame la Comtesse de Grignan, sa fille

La Marquise se plaît à citer le mot plusieurs fois dans ses écrits. Déjà en mai 1671, elle fait écrire, en l’honneur des paresseux : « Bella cosa far niente ». Ce qui signifie en italien : « c’est une belle chose de ne rien faire ». En octobre 1675, elle cite à nouveau cette maxime pour vanter les mérites de l’oisiveté.

 

L’oisif (pas) tombé du lit

Car il s’agit bien de cela : le farniente est une douce oisiveté, une heureuse inaction à laquelle il est agréable de succomber. On le cite toujours de manière positive[2], en opposition à la fainéantise qui est mal perçue[3].

Ne pas déranger

Débarrassé de toute culpabilité, notre lectorat peut donc embrasser la cause du cosy, céder à l’insolence de l’indolence et goûter au loisir de l’oisif. Mine de rien, cela fait un programme chargé pour les vacances !

Hannibal LECTEUR, ne fainéante pas sur le farniente

 

En bonus : Je suis farniente ♫ par Charlotte Rampling (2002)

 

Et en second bonus (quel travail sur le farniente !), un poème de Théophile Gautier (avec un peu de La Fontaine en exergue).

 

Notes et références – Farniente

[1] Notamment dans cette traduction de Philostrate de Lemnos (200-230) par Blaise de Vigenère, publiée en 1615.

[2] A quelques rarissimes exceptions au XIXe siècle. Dans ses Mémoires, Barbey d’Aurevilly craint ainsi « le « farniente » dans la solitude ».

[3] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Bungalow