Dans le mille ~ Faire un carton

Décryptage Faire un carton

Décryptage de la semaine

Après le « navet » de la semaine dernière, O’Parleur est bien décidé à faire un carton ! Explication dans un décryptage qui va vous emballer.

 

Étymologie à la carte

Carton (vers 1500) vient de l’italien cartone, dérivé[1] de carta (« papier »). Carta vient lui-même du latin charta (cf. carte). On atteste le mot au XVIe siècle, d’abord au sens général, puis comme terme de peinture[2] et enfin avec une valeur figurée (XVIIe siècle).

A ses débuts, notre mot brouille un peu les cartes. En effet, il empiète familièrement sur certains emplois de… carte ; il s’impose notamment comme synonyme de carte de visite et de carte à jouer.

Décryptage Faire un carton

Ainsi dit-on de l’amateur des jeux de cartes qu’il aime battre, manier, tripoter le carton ! Et en cartographie ? Rebelote ! (Sans mauvais jeu de mots. Enfin si…) ; Comment appelle-t-on la petite carte complémentaire figurant sur la carte principale ? Un carton !

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Pas facile de s’y retrouver ? Pas de panique, on vous explique le dessous des cartons cartes…

 

Une invention qui va… faire un carton !

Bientôt, carton va conserver exclusivement le sens de « feuille épaisse »[3] autrefois partagé par carte. Il se distingue et se spécialise alors :

  • Par métonymie, en « boîte de cette matière » (1611, carton à chapeaux, à chaussures) ;
  • Et en « portefeuille de dessins » (1800, carton à dessins).

A noter : En France, l’invention du carton remonte à 1751. Nous la devons à un élève du physicien Réaumur, qui n’a curieusement pas connu la postérité. Il destinait son usage à des applications bien précises : plats, emboîtages de reliure, cartes à jouer (encore).

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Mais cela ne nous dit toujours pas d’où vient notre expression…

 

Cible émouvante

Direction le début du XXe siècle, plus précisément les stands de tir et autres fêtes foraines. Le carton désigne ici la cible que l’on doit atteindre dans un jeu de tir. Faire un carton signifie alors « atteindre une cible ».

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L’expression s’étend bientôt aux « cibles » vivantes. Elle prend alors le sens de « tirer sur quelqu’un avec succès » (NDLR : « ça s’appelle aussi un meurtre… »).

Enfin, dans la seconde moitié du XXe siècle, elle signifie « remporter une victoire éclatante ». La métaphore est simple : on triomphe de manière spectaculaire, à la manière du tireur qui ne rate aucune cible[4]. A noter : le verbe cartonner[5] recouvre également ce sens aujourd’hui.

Au terme de ce décryptage, nous espérons vous avoir apporté pleine et entière satisfaction. Dans le cas contraire, je serai obligé de… faire mes cartons ! Oh, l’ironie…

Hannibal LECTEUR, alias Mario Carte

 

En bonus : un extrait qui cartonne ! Hot Shots! Part Deux (1993)

 

Notes et références – Faire un carton

[1] Avec le suffixe augmentatif -one.

[2] Il désigne alors un dessin en grand qui sert de modèle à une peinture murale (1641).

[3] Il donne lieu à des emplois spéciaux : carton dur, isolant, bristol,  ondulé (courant) et à des composés, carton-pierre (1801-1802), et surtout carton-pâte (1860) devenu usuel par métaphore pour « factice », « qui ressemble à un décor ».

[4] En argot, l’expression peut également signifier « avoir un accident » (de la route).

[5] Cartonner (vers 1751), « garnir de carton » et « rendre cartonneux », a pris (1866) en emploi intransitif le sens familier de « jouer aux cartes », « marquer beaucoup de points au tir » d’où, par métaphore, « atteindre son but dans une action, une offensive » ; ça cartonne sous-entendant d’une action qu’elle cause des dommages (d’abord au football). Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Navet