Tabarin et sa troupe
Personnages de la Commedia Dell Arte

Expression ~ Faire le Tabarin

Décryptage de la semaine

« Quoi que vous écriviez évitez la bassesse :

Le style le moins noble a pourtant sa noblesse.

Au mépris du bon sens, le Burlesque effronté,

Trompa les yeux d’abord, plut par sa nouveauté.

On ne vit plus en vers que pointes triviales ;

Le Parnasse parla le langage des halles ;

La licence à rimer alors n’eut plus de frein,

Apollon travesti devint un Tabarin. »

(Nicolas Boileau, l’Art Poétique, vers 86)

 

L’expression du jour, tombée en désuétude depuis longtemps, doit son nom à Antoine Girard (1584-1633), bateleur[1] et charlatan. Célèbre joueur de farces, il donna des représentations avec sa troupe au début du XVIIe siècle et régala les habitants de Paris de ses bons mots et quolibets, principalement près du Pont-Neuf et de la Place Dauphine.

Le Pont-Neuf, Tabarin, d'après une gravure du temps : [estampe] / A. Joliet

Le Pont-Neuf, Tabarin, d’après une gravure du temps : [estampe] / A. Joliet [sig.] (source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531181485)

Vêtu d’un grand chapeau, d’un pantalon blanc et d’un « tabar »[2] (ou « tabard », d’où il tire son origine étymologique et son nom d’artiste), Tabarin se faisait passer pour le valet de Mondor (maître qui était joué par son frère Philippe Girard), haranguait la foule, lui vendait des remèdes et autres onguents, et lui déclamait ses « tabarinades », des tirades comiques souvent pamphlétaires et caustiques.

Représentation de Tabarin

Représentation de Tabarin

Son succès fut tel que son patronyme devint un nom appellatif, le « Tabarin » (avec une majuscule), farceur qui monte sur des tréteaux pour faire des représentations en place publique et amuser les gens. « Faire le Tabarin » équivaut à « faire le bouffon ».

S’il est aujourd’hui tombé dans l’oubli, Tabarin fut néanmoins vanté par La Fontaine et copié par Molière :

« Et si sa comédie [celle de Molière] est à tel point nationale, c’est qu’il ne l’a pas reçue de ses devanciers comme une forme savante aux traditions réglées : il l’a extraite lui-même de la vielle farce française, création grossière mais fidèle image du peuple ; il l’a portée à sa perfection sans en rompre les attaches à l’esprit populaire. S’il est unique, c’est précisément, n’en déplaise à Boileau, parce qu’il est le moins académique des auteurs comiques et le plus proche de Tabarin. »[3]

Œuvres de Tabarin sur le site de la BNF

Hannibal LECTEUR

[1] De l’ancien français baastel (tour d’escamoteur), vieilli. Personne qui fait des tours d’acrobatie, de force, d’adresse sur les places publiques ; saltimbanque.

[2] Manteau en serge verte s’attachant à la hauteur des manches.

[3] Gustave Lanson et Paul Tuffrau, Manuel d’histoire de la littérature française, Hachette, deuxième édition, 1932, chapitre sur Molière, p. 253.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Une vérité de la Palice

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