Décryptage Faire le lézard

Sous le soleil exactement ~ Faire le lézard

Décryptage de la semaine

O’Parleur poursuit ses décryptages estivaux, au fil des prévisions météo ! Aujourd’hui, nous allons faire le lézard dans un billet aussi habile qu’un reptile !

Décryptage Faire le lézard
Le lézard adore communiquer avec sa queue, notamment auprès de ses congénères. Chaque mouvement a un sens précis : excitation, stress, domination… Certains lézards peuvent aussi pratiquer l’autotomie. C’est la capacité de perdre une partie de son corps volontairement (ici : la queue) afin d’échapper à un prédateur.

 

Faire le lézard : une étymologie musclée !

Lézard, masculin et féminin, vient du latin lacertus, lacerta. Dans l’antiquité, on emploie surtout le féminin. En effet, au sens premier, lacertus signifie « muscle du bras supérieur », « muscle de l’épaule » et « muscles » en général[1]. On trouve déjà des occurrences de lacertus chez Virgile (qui rime avec reptile).

Voici Lacerta, ou « Le Lézard », une petite constellation de l’hémisphère nord, située entre Andromède, Cassiopée et le Cygne. Johannes Hevelius la nomme en 1687 pour combler une région du ciel pauvre en étoiles brillantes. Son nom provient visiblement de la forme en zig-zag décrite par ses étoiles les plus lumineuses.

Le latin se conserve sous des formes très variées dues à des altérations d’origines diverses. Marqué par l’influence de lux, lucis « lumière », il produit lucerta en italien et lagarto en espagnol (cf. alligator). Notre lézard opère sa mue en français vers 1460. Auparavant, on parlait de lesard (XIIIe siècle) et de lezart (1290), sous sa forme masculine. En ancien français, on utilisait plutôt la forme féminine lajjsarde (avant 1100) puis laisarde (vers 1125).

 

Sous le soleil, y’a pas d’lézard (enfin, si…)

Tout comme sa forme latine, lézard désigne donc un petit reptile agile. S’il concerne une espèce particulière (les Lacertidae, CQFD)[2], il peut aussi s’appliquer à certains geckos, comme le lézard vert de Manapany. C’est aussi un terme générique qui regroupe les geckos, les caméléons et les iguanes.

Le Lézard vert de Manapany ou Phelsuma inexpectata  de son nom scientifique, est une espèce de gecko de la famille des Gekkonidae. Espèce endémique et protégée de l’île de La Réunion, il a pour habitat privilégié les vacoas (arbres en forme de palmier). On ne le trouve pas au-delà de 450 m d’altitude ou à plus d’un kilomètre des côtes. Dans sa forme d’évolution ultime, il peut devenir trader à Wall Street… Il est alors plus proche du lésard (Cf. ci-dessous).

Par métonymie, lézard désigne la peau de l’animal, utilisée en peausserie (1922), comme celle du crocodile. Un emploi figuré récent (vers 1980) reprend un dérivé argotique de léser ou lésiner : lésard pour « escroc, faux ami ». Lézard correspond alors à « difficulté », d’où l’expression : y’a pas de lézard !

 

Faire le lézard : une expression fissure d’elle !

S’agissant du petit du lézard, lézardeau (XVIe siècle) a éliminé l’ancienne forme laisardin, lizardin (XVIe siècle). Il entre parfois en concurrence avec lézardet (1817)[3], plus courant dans les régions occitanes[4].

Lézarde, « femelle du lézard » (1803) dérive du masculin. On en parle aussi pour désigner une « crevasse étroite dans un mur »[5]. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un dérivé de lézard mais l’analogie avec la forme allongée de son corps fait sens. D’ailleurs, le lézard se cache volontiers dans les fissures de la pierre.

Décryptage Faire le lézard
Le lézard appartient à la catégorie des hétérothermes. Il s’agit des vertébrés dont la température du corps varie, en fonction de la température ambiante : plus il fait chaud, plus leur corps sera chaud, et, inversement, plus il fait froid, plus leur corps sera froid. Ils doivent utiliser les sources de réchauffement ou de refroidissement du milieu extérieur pour maintenir leur organisme à une température idéale. Pour la plupart des lézards, on estime que la température idéale se situe entre 32 et 38 °C .

Enfin, au XIXe siècle, deux verbes homonymes apparaissent.

  1. Lézarder, verbe transitif, dérive de lézarde. Se lézarder correspond à « se couvrir de lézardes/fissures » (1829) et le transitif à « couvrir de lézardes » (1845-1846).
  2. Lézarder, verbe intransitif, dérive de lézard dans la locution faire le lézard (1832), qui se dit pour « se chauffer paresseusement au soleil » (1872).[6]

Aujourd’hui, nous dirons plus volontiers lézarder au soleil pour qualifier cette indolence estivale. Un paradoxe quand l’on sait que le lézard, animal hétérotherme[7], s’expose au soleil pour maintenir sa température et non par coquetterie !

Hannibal LECTEUR, préfère le cerveau reptilien au cerveau lent !

 

En bonus : Sous le soleil exactement, Anna Karina (ORTF, 13/01/1967)

 

 

Notes et références

[1] Cf. musculus et son sémantisme.

[2] Et des genres particuliers : les Lacerta, les Podarcis, les Zootoca et les Timon, pour la France.

[3] Se dit d’abord d’une espèce de vaurien du genre monitor, puis (1931) du jeune lézard.

[4] On trouve ainsi des occurrences chez Jean Giono : « Et ce lézardet qui se roulait dans l’herbe de l’aire, près du rouleau à blé ; un lézardet à peine déroulé de l’œuf, déjà tout vert avec des gouttes d’eau à tous ses ongles ». In. Jean Giono, Le grand troupeau, Gallimard, coll. « Folio », 1931 (rééd. poche 1972), 256 p.

[5] Depuis 1819, il est employé avec le même sens figuré que les mots de valeur voisine, fissure, crevasse, etc. Littré atteste des emplois analogiques dans les domaines de la passementerie et de la typographie.

[6] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[7] Les termes « sang chaud » et « sang froid » sont scientifiquement inexactes. Ainsi, s’il fait 40°C, la température du corps d’un lézard (un animal à « sang froid ») sera d’environ 40°C, c’est-à-dire plus chaude que celle de l’homme (un animal à « sang chaud ») ! Plus d’informations sur cette page.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Hamac

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