Épiphanie 2022 ~ Être plus royaliste que le roi

Décryptage Être plus royaliste que le roi

Décryptage de la semaine

Pour l’Épiphanie, O’Parleur vous propose d’être plus royaliste que le roi ! Un décryptage à savourer entre deux parts de galette !

Décryptage Galette des rois
Bonne dégustation !

Touche pas à mon despote

Roi[1] désigne le monarque qui dirige seul les affaires de l’État. Pendant la république, il prend la valeur péjorative de « tyran, despote ». Il désigne également celui qui commande ou préside quelque chose, spécialement le prêtre et Jupiter, roi des dieux et des hommes[2].

Dès les premiers textes, le roi désigne le souverain qui, par droit héréditaire (ou plus rarement par suite d’une élection), est investi à vie des pouvoirs de chef d’État.

Décryptage Être plus royaliste que le roi

Après la Révolution et l’Empire, époques où le mot prend des connotations négatives, la Restauration lui donne de nouveaux emplois officiels et courants, dont…

 

Une expression monarchie connue…

On attribue un peu vite l’origine de l’expression à Chateaubriand. En effet, si l’auteur aime à la citer dans la Monarchie selon la Charte (1816)[3]

La grande phrase reçue, c’est qu’il ne faut pas être plus royaliste que le roi.

… en revanche, il rappelle immédiatement que l’idiome est courant à l’époque et en donne une autre origine :

Cette phrase n’est pas du moment ; elle fut inventée sous Louis XVI : elle enchaîna les mains des fidèles, pour ne laisser de libre que les bras du bourreau. 

Décryptage Être plus royaliste que le roi

Être plus royaliste que le roi désigne ici une personne/un groupe qui défend les idées ou les intérêts d’une personne/entité avec plus de zèle que le ou les intéressés.

 

… ou ULTRA connue ?

L’expression connaît une variante avec il est ultra. Ultra[4] exprime le degré extrême de quelque chose et devient très actif dans la terminologie politique, notamment au XIXe siècle. Il désigne alors une personne qui pousse à l’extrême ses convictions politiques, puis un partisan intransigeant de l’Ancien Régime sous la Restauration (1815-1830)[5].

Décryptage Être plus royaliste que le roi
Charles X, défenseur de l’ultra-royalisme, ou ultracisme, arrive sur le trône en septembre 1824, durant le ministère Villèle.

Il s’agit des ultra-royalistes, que Victor Hugo définit ainsi dans Les Misérables (1862) :

Être ultra, c’est aller au delà. C’est attaquer le sceptre au nom du trône et la mitre au nom de l’autel ; a c’est malmener la chose qu’on traîne ; b c’est ruer dans l’attelage ; c c’est chicaner le bûcher sur le degré de cuisson des hérétiques ; d c’est reprocher à l’idole son peu d’idolâtrie ; e c’est insulter par excès de respect ; f c’est trouver dans le pape pas assez de papisme, dans le roi pas assez de royauté, et trop de lumière à la nuit ; g c’est être mécontent de l’albâtre, de la neige, du cygne et du lys au nom de la blancheur ; h c’est être partisan des choses au point d’en devenir l’ennemi ; c’est être si fort pour, qu’on est contre.

Certains devraient méditer ces pensées… Le terme désigne ensuite une personne exaltée dans ses goûts (1860). Aujourd’hui, il désigne un réactionnaire et, plus généralement, toute attitude extrémiste[6].

 

Être plus royaliste que le roi aujourd’hui (Ou quand l’excès nous fait pousser du zèle !)

Quant à notre expression, elle garde la même signification depuis Chateaubriand. Être plus royaliste que le roi, c’est défendre les intérêts de quelqu’un avec plus de zèle que la personne concernée[7].

On l’emploie plus souvent sous la forme négative « Il ne faut pas… ». C’est alors un appel à la mesure ou à la modération.

Pour conclure ce décryptage, nous invitons notre aimable lectorat à rester modéré lors de du tirage de la fève. Il s’agit de ne pas être plus royaliste que la galette des rois !

Hannibal LECTEUR, roi du calembour

 

En bonus : en voilà un qui est plus royaliste que le roi… et qui est puni pour son excès de zèle ! L’arrivée de Ramirez dans Papy fait de la résistance (1983) :

Notes et références – Être plus royaliste que le roi

Notes et références – Être plus royaliste que le roi

[1] D’abord rex, (vers 881), puis rei (vers 980) et roi (1160). Le terme vient du latin regem, accustatif de rex, regis.

[2] Par extension, rex désigne familièrement toute personne riche et puissante. D’où, chez Horace, reges pour « les riches ».

[3] Dans cet ouvrage, il plaide pour que la royauté, restaurée après la chute de Napoléon (1804 – 1815), soit un régime représentatif.

[4] Forme d’origine savante emprunté au latin classique ultra « au-delà de », « outre ».

[5] Période de l’histoire de France correspondant à la restauration de la monarchie (retour des Bourbon) en tant que régime politique en France, après la chute de l’Empire napoléonien. Elle se subdivise en deux périodes. 1/ La période entre la première abdication de Napoléon Bonaparte le 6 avril 1814 et son retour au pouvoir en mars 1815. 2/ Puis la période entre la chute définitive de Bonaparte (ou chute du Premier Empire) et la révolution des Trois Glorieuses à partir du 29 juillet 1830.

[6] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[7] Il existe également des variantes, connotant la même idée, comme « plus catholique que le pape ».

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