être chocolat
Des cosses de cacao

Expression ~ Être chocolat

Décryptage de la semaine

Les fêtes de Pâques sont terminées. Vous n’avez pas eu de chocolat? Et à la Trinité non plus? Donc, faute d’en avoir, vous allez être chocolat ! Nous ne pouvons pallier au manque de confiseries. En revanche, nous pouvons faire la lumière sur le sens de cette expression !

 

Être chocolat : entre K.O. et cacao ?

Certains attribuent cette expression au monde de la boxe, le mot choc étant un phonème de chocolat. Être chocolat aurait signifié, en somme, « être choqué, sonné, K.-O ». L’origine est douteuse toutefois et n’a pas été retenue par les linguistes.

Une autre hypothèse vient du jeu de bonneteau. Ce jeu d’argent, ou de dupes, de l’ordre de l’escroquerie, est proposé à la sauvette dans les rues. Le bonneteur mélange trois cartes et le joueur doit deviner où se trouve l’une d’elle.  Un complice, qui « gagne » facilement au jeu « fait le chocolat » pour « appâter » de nouveaux joueurs. Toutefois, l’expression est restée comme « jouer le naïf, le crédule » et va à l’encontre du sens de notre expression[1]. Nous pataugeons donc dans la mélasse !

 

La vie, c’est comme une boîte de chocolats

L’expression remonte en fait à 1896, alors que les très appréciés clowns Foottit et Chocolat se produisent au Nouveau-Cirque de Paris.

être chocolat
Les deux compères en 1895

Foottit, malin et espiègle, embarque son compère dans des aventures saugrenues et le met dans des situations délicates. Chocolat finit souvent par faire les frais des tours de son ami, dans des scènes pleines d’humour.  Foottit ne manquait pas de le démontrer en disant : « Il est Chocolat ». Ce dernier, mi-amusé, mi-désabusé, reprenait souvent la complainte en souriant : « Je suis Chocolat ».

Les titis parisiens s’emparèrent de l’expression et lui donnèrent un sens particulier : être chocolat signifia alors « être idiot, éberlué, trompé, dupé » (peut-être au bonneteau). C’est ce sens qui a perduré jusqu’à aujourd’hui[2].

Hannibal LECTEUR

 

Hommage à Foottit et Chocolat

Pour conclure, un mot sur George Foottit (1864-1921) et Rafael Padilla[3] dit « Chocolat » (1868?-1917), à qui nous devons l’expression du jour.

Les deux artistes formèrent, au tournant du XXe siècle, le duo comique le plus en vue des spectacles parisiens. Si la création du duo traditionnel clown/auguste revient à leurs rivaux Pierantoni et Saltamontès, ils n’en jouèrent pas moins un rôle primordial dans le développement de l’art clownesque en Europe et influencèrent grandement leurs successeurs.

Dans les années 1890, ils étaient les étoiles du très élégant Nouveau Cirque de la rue Saint-Honoré. Ils avaient souvent le rôle vedette dans leurs pantomimes à succès, notamment la parodie de Sarah Bernhardt par Foottit dans la revue À la cravache, et La noce de Chocolat pour son acolyte.

 

La fin d’une époque

Après 1900, ils continuèrent à se produire ensemble, d’abord régulièrement, puis de moins en moins. Foottit souhaitait se lancer dans une nouvelle aventure avec ses fils et en faire ses successeurs. Le duo se sépara en 1910. Ils restèrent cependant en bons termes.

Séparément, ils ne connurent pas le même succès. Leurs spectacles en solitaires ne trouvèrent pas leur public. Chocolat fut obligé d’accepter des rôles indigents afin de faire subsister sa famille. Malgré son aura, Foottit ne rencontra pas davantage le succès. Aux déconvenues financières s’ajoutèrent des problèmes de santé et d’alcool pour tous deux.

Il semble que Foottit ne pouvait survivre artistiquement sans Chocolat et réciproquement. Ils moururent à quatre ans d’intervalle, vestiges poétiques d’une époque qui n’avaient de « Belle » que le nom. Si Foottit eut droit aux honneurs de la presse, la mort de Chocolat demeura anonyme. En 2016, la mairie de Paris apposa une plaque commémorative à l’endroit où s’élevait anciennement le Nouveau Cirque. On peut y lire : « Ici, au Nouveau Cirque, Rafael Padilla dit le Clown Chocolat (vers 1868-1917), né esclave à Cuba, et Georges Foottit (1864-1921) ont inventé la comédie clownesque associant le Clown Blanc et l’Auguste ».

 

En bonus : hommage vidéo au célèbre duo !

 

[1] Source : https://www.cnrtl.fr/definition/chocolat

[2] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TILLIER, Isabelle KORDA, p. 80-81.

[3] Padilla est le nom enregistré sur son acte de décès mais il n’est pas attesté qu’il s’agit de son nom réel.

Retrouvez notre précédent Décryptage → A Pâques ou à la Trinité

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