Décryptage Escroc

« Scrocco » Deal ~ Escroc

Décryptage de la semaine

Imaginez, Mesdames et Messieurs, on vous aborde dans la rue et on vous demande : « connaissez-vous l’origine du mot escroc ? ». Et là, c’est la ca-ca, c’est la cata, c’est la… catastrophe ! Vous n’en savez rien. Heureusement, le décryptage du O’ arrive et là, c’est le mi-mi, c’est le ra-ra, c’est le … miracle ! En prime, cela ne vous coûtera que deux minutes de votre temps ! Comme dirait l’autre : « moins cher, ce serait du vol ! »

On est pas (que) des pigeons ! (en l’occurrence, un pigeon nicobar sur la photo)

 

Étymologie et escroquerie

D’où vient l’escroc ? Certainement pas de Berne ni de Jarnac (même si c’était tentant) ! En effet, le terme est originaire de… l’Italie !

Les clichés ont la vie dure !

Le verbe transitif escroquer (1557) vient de l’italien scroccare, qui signifie littéralement « décrocher »[1]. Il s’emploie au XVIe siècle dans escroquer quelqu’un pour « soustraire quelque chose à quelqu’un par fourberie ». On trouve également une variante : escroquer quelque chose (à quelqu’un).

 

Escroc mais pas trop

Forcément, qui dit escroquer dit multiplier les combines… et les dérivés ! Nous voyons d’abord apparaître escroqueur, escroqueuse (1558, Du Bellay), aujourd’hui vieilli et remplacé par escroc. Non sans malice, nous soulignons que le terme s’enrichit avec escroquerie (1690, déjà évoqué par Scarron en 1660). Il s’agit de l’ « action d’escroquer », qui se dit spécialement en droit (1810, délit d’escroquerie) et s’emploie au figuré. Le mot est usuel.

Escroc apparaît en 1634 (d’abord sous la forme escroq puis, en 1640, sous la forme actuelle). Il s’agit d’un emprunt (forcément) à l’italien scrocco « écornifleur »[2] (depuis le XVIe siècle). Il a peut-être le sens de « malfaiteur » dans un texte de 1634 et signifie « écornifleur » en 1640 (chez Oudin).

 

Tapie dans l’ombre, l’escroque rit !

Voilà une parité dont on se passe bien. Effectivement, escroc s’employait aussi au féminin ! A la fin du XVIIe siècle, Madame de Sévigné corrige sa fille quand cette dernière la prend pour une escroc (pique-assiette). Quant à Tallemant des Réaux, il parle d’escroque (1657). Cet emploi est aujourd’hui archaïque[3].

Pour conclure ce décryptage, nous mettons en garde notre aimable lectorat contre les bonimenteurs et autres marchands de tapis. Quant aux vilains escrocs, qu’ils se rappellent cette réplique du Cave se rebiffe (1961) :

Entre truands, les bénéfices ça se partage, la réclusion, ça s’additionne.

 

Hannibal LECTEUR, es croque la vie à pleines dents !

 

En bonus : hommage à un escroc sympathique (donc fictif). Moi, Renart (1987) :

Les génériques des années 80, c’était quelque chose !

 

Notes et références

[1] Il existe avant 1566 au sens de « manger ou vivre aux dépens d’autrui ». On le rattache généralement à croccocroc, crochet) ou, selon une autre hypothèse (Wartburg), au radical onomatopéique krokk-, dont procède le français croquer.

[2] Personne qui se procure à bon compte, par ruse, en volant, en parasitant, ce qui est nécessaire à son existence. En un mot (composé) : un pique-assiette.

[3] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Escargoter, un néo – « slow » – gisme

 

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