Décryptage Épiphanie

Fête ~ Épiphanie

Décryptage de la semaine

Après Noël et Nouvel An, on enchaîne directement avec l’Épiphanie. Vous pensiez appliquer vos bonnes résolutions ? Peut-être même entamer un régime post-fêtes de fin d’année (pour les plus ambitieux) ? Monumentale erreur ! Mais d’où viennent l’Épiphanie et la tradition de la galette des rois ? Début de réponse dans ce décryptage en deux parties !

 

L’Épiphanie, ou l’étymologie en lumière

Épiphanie, nom féminin, apparaît fin XIIe siècle (epifaine, epifanie), avant de prendre sa forme moderne au XVIIe siècle. C’est un emprunt au latin chrétien epiphania. Le latin est lui-même pris au grec Ἐπιφάνεια / epipháneia qui signifie « manifestation » ou « apparition ». Il appartient à la famille du verbe φαίνω / phaínō « faire briller ».

Terme du vocabulaire religieux, épiphanie désigne (fin XIIe siècle) la manifestation de Jésus enfant aux rois mages. L’Épiphanie désigne aussi la fête de l’Église qui commémore cette manifestation (dite aussi Jour des Rois). D’où, par extension, une manifestation de Dieu ; dans ces usages on écrit le mot avec une majuscule.

Dans un emploi littéraire ou didactique (histoire des religions, etc.), épiphanie signifie par retour à l’étymologie « manifestation de ce qui était caché »[1].

 

Que la Lumière soit !

L’utilisation du terme est antérieure au christianisme. On trouve déjà la notion d’épiphanie dans la fête de la lumière sous l’antiquité et dans les fêtes romaines.

A l’origine, il y a les célébrations païennes de la fête de la lumière (Cf. l’étymologie grecque). Si l’on consulte le calendrier solaire, l’épiphanie s’inscrit dans le cycle qui commence au solstice d’hiver, le 22 décembre. Il s’agit de la nuit la plus longue, qui annonce le rallongement des jours et le retour de la lumière.

La lumière symbolise la vie, les choses qui poussent (dans le calendrier agricole). A noter que les jours commencent à rallonger sensiblement… le 6 janvier ! D’où la célébration de la manifestation de la Lumière : l’Épiphanie[2].

 

Silence, Saturne !

C’est bien connu : à Rome, on fait comme les… Grecs ! Ainsi, dans l’antiquité romaine, une semaine avant le solstice d’hiver (du 17 au 23 décembre), les Romains célèbrent les Saturnales.

Durant cette période, les barrières sociales disparaissent. Dans un simulacre de liberté, maîtres, serviteurs et esclaves oublient leurs fonctions et échangent leurs vêtements. On organise des repas, on échange des cadeaux, on offre des figurines aux enfants et on décore les maisons avec du houx, du gui et du lierre. Parmi les réjouissances, on élit un roi parmi les soldats, qui peut ordonner tout ce qui lui plait[3].

Décidément, les Saturnales ont beaucoup influencé nos célébrations modernes[4].

 

Le messie domine ici

Jusqu’à la fin du IVe siècle, l’Épiphanie est la grande et unique fête chrétienne « de la manifestation du Christ dans le monde ». Il est le Messie, qui, après avoir rencontré les petits et les proches (les bergers), prend place et rencontre le monde dans toute sa diversité. Les mages, que l’on dit être rois ou savants, symbolisent cette diversité.

On commémore trois événements durant cette fête :

  • L’Adoration des mages ;
  • Le Baptême dans le Jourdain trente ans plus tard ;
  • Et les Noces de Cana trente-et-un ans plus tard.

 

Dès le Moyen Âge, la liturgie chrétienne rassemble ces trois événements mais la piété et l’art chrétiens ont privilégié l’Adoration des mages.

Quant à la date du 6 janvier, c’est le Père de l’Église Épiphane de Salamine qui la choisit dans son Panarion, comme date de naissance de Jésus. C’est un choix opéré afin de réfuter une date « concurrente » proposée par les gnostiques des Alogo[5].

Depuis le XIXe siècle, l’Épiphanie s’appelle aussi le « jour des rois » en référence directe à la venue et à l’Adoration des rois mages.

L’événement s’inscrit durablement dans la tradition populaire. Parmi les coutumes essentielles, on en relève une qui date du XIVe siècle. En effet, depuis cette époque, on mange la fameuse galette des rois. Mais ceci est une autre histoire… que nous verrons la semaine prochaine !

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : Épiphanie, la « comédie musicale » (Sheila, Les rois mages)

 

Notes et références

[1] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[2] Dans la culture grecque, les douze divinités de l’Olympe se nomment également les « Épiphanes ».

[3] Albert GRENIER, Le Génie romain dans la religion, la pensée et l’art, Albin Michel, coll. L’Évolution de l’humanité, 1969, p. 99-100.

[4] On relève son influence sur au moins trois fêtes importantes : Noël (Sol Invictus), la galette des rois et le Carnaval.

[5] Pour les catholiques, depuis 1971, dans les régions où l’Épiphanie n’est pas un jour férié, elle peut se fêter le deuxième dimanche après Noël. Plus d’informations à cette adresse.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Bon an mal an

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