Décryptage Faire un effet bœuf

Vachement beaucoup ~ Faire un effet bœuf

Décryptage de la semaine

Le décryptage fait un effet bœuf ! Non, ce n’est pas de l’immodestie mais l’expression du jour. Expression dont on ignore la date d’apparition exacte. Ça commence bien…

 

Les faits et rien que l’effet (bœuf)

Effet, nom masculin, s’écrit d’abord aifait (1272) puis effect (XIIIe siècle)[1] et enfin effet (1430). Il englobe les sens du latin impérial effectus, à savoir « exécution, réalisation », « vertu, force » et « résultat ».

Il a d’abord au XIIIe siècle le sens d’« événement produit par une cause » et celui d’ « impression produite (sur quelqu’un) » (1272, faire aifait). C’est ce sens qui nous intéresse aujourd’hui[2].

De ce sens d’« impression » viennent faire peu d’effet (avant 1430), faire de l’effet « produire une impression vive »[3], faire (un) bon, (un) mauvais effet, faire l’effet de, etc. Toutefois, il n’y a pas encore d’effet bœuf. Il faudra attendre… le XIXe siècle !

 

La bovem, la bovem

Ça voulait dire étymologie !  Bœuf, nom masculin, est une graphie du XVIe siècle (1534). Auparavant, il s’écrivait buef (début XIIe siècle) puis beuf (vers 1450). Le mot vient du latin bos, bovis (refait sur l’accusatif de bovem) et désigne de manière générique le bœuf et la vache sans distinction.

En effet, comme le troupeau se compose essentiellement de vaches, le mot a souvent pris le sens de « vache ». Aujourd’hui, il désigne le mâle de l’espèce (opposé à vache) adulte (opposé à veau) et châtré (par opposition à taureau).

On retrouve le terme dans la gastronomie des plats mijotés (bœuf-mode, bœuf en daube, bœuf carottes[4]). Citons également la locution mettre la charrue avant les bœufs (1579) et l’adage un bœuf de Locres.

 

Une expression vachement populaire !

Par allusion à la stature de l’animal, voire au traditionnel bœuf gras de Carnaval (1791), bœuf s’adjective d’abord dans l’argot de Saint-Cyr au sens de « colossal, énorme »[5]. Si ce sens est définitivement attesté en 1881, on relève déjà l’expression faire un effet bœuf  dans la presse en 1832 (sur Gallica). L’expression désigne un « effet de surprise total, d’abasourdissement » et se répand dans le langage familier[6].

Mais elle a également les honneurs de la littérature :

[…] je mettrais en relief le côté aristocratique de votre oncle qui en somme fait un effet bœuf et, la première rigolade passée, frappe par un très grand style.

Marcel PROUST, À l’ombre des jeunes filles en fleurs (1918)

 

N’oublions pas la musique. La Negra Bouch’ Beat (qui fête ses 30 ans cette année) l’a ainsi immortalisée dans un tube :

J’ai même plaqué toutes mes meufs

Toi tu me fais un effet bœuf

Les Inconnus, C’est toi que je t’aime (Vachement beaucoup), (1991)

Pas mal, pour un bovin !

Hannibal LECTEUR, préfère l’effet bœuf à l’amour vache

 

En bonus : un batracien qui veut faire un effet bœuf OU La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf, Jean de la Fontaine (1668)

Spoiler : ça finit mal !

 

Notes et références

[1] Il s’agit d’un latinisme et non d’un anglicisme.

[2] Effet englobe de nombreux autres sens. Au début du XIVe siècle, il désigne aussi ce que quelqu’un possède (1310, effaicts de maisons) ; le mot devient ensuite (1671) un terme de finances (effet de commerce ou effet) ; une locution prépositive à l’effet de « dans le but de » (1690), de style juridique.

Dans le domaine esthétique, effet se dit (1660) de l’impression recherchée (produire un effet), d’où ensuite effets de lumière (1821), dans un tableau, puis effets spéciaux destinés à produire une illusion au cinéma (1912), à la télévision.

Du sens de « résultat » sont issus plusieurs emplois spéciaux : en équitation (1690, Furetière), effet désigne l’action de la main, de la jambe qui sert à conduire le cheval (effets de rênes) ; au billard (XIXe siècle : 1868, Jules Verne, in. T.L.F.), mettre de l’effet, effet (de queue) ; en particulier, effet se dit d’un phénomène acoustique, électrique apparaissant dans certaines conditions. Le mot s’emploie aussi en biologie (effets génétiques ; cf. somatique).

[3] Faire effet en ce sens est sorti d’usage.

[4] D’où la locution figurée les bœufs carottes « les services de surveillance de la police [police des polices] », qui « font mijoter » leurs suspects.

[5] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[6] Quant au sens figuré d’ « improvisation musicale en jazz» (1925), il s’agit peut-être d’une allusion au célèbre cabaret parisien Le Bœuf sur le toit, qui fut un des premiers lieux en France où le jazz américain s’est manifesté. Cela fera l’objet d’un futur décryptage.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Macho

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