Donner sa langue au chat
Expression : Donner sa langue au chat

EXPRESSION ~ Donner sa langue au chat

Décryptage de la semaine

Cette expression apparue au cours du XIXème siècle s’emploie généralement lorsque nous renonçons à élucider une problématique sur laquelle notre esprit butte. Mais qu’elle est son origine ? En quoi l’un des animaux de compagnie préféré des Français est-il impliqué dans cette histoire ? C’est ce qu’O’Parleur se charge de décrypter pour vous.

A défaut de vendre son âne comme au Maroc ou de jeter son fusil aux grains à l’instar de nos voisins allemands, dans l’hexagone nous préférons donner notre langue au chat. Un choix plutôt discutable au sens littéral quant à son caractère unique et définitif une fois l’action effectuée. De surcroît, l’image de nos amis félidés se délectant d’un tel mets pourrait nous amener à reconsidérer sérieusement la tendresse inconditionnelle que nous leur offrons quotidiennement. Alors d’où vient cette locution quelque peu tirée par les cheveux ?

L’histoire veut que l’origine de cette expression soit affiliée à l’une de nos épistolières les plus célèbres, Madame de Sévigné dont le talent littéraire s’exerça au XVIIème siècle. En effet, la marquise transcrivit sous sa plume l’expression « donner sa langue au chien », dont la proximité sémantique nous met sur la voie de l’idiome qui nous intéresse. La métaphore avait pour objet de représenter à son interlocuteur la superficialité de notre organe de la parole face à une question devant laquelle notre intelligence capitule. En conséquence du fait que l’on donne par tradition aux chiens les restes qui n’ont plus de valeur.

Mais qu’est-ce qui a induit ce remplacement sémantique du chien par le chat ? L’explication se trouve chez une autre femme, l’écrivaine du XIXème siècle, George Sand. « Mettre quelque chose dans l’oreille du chat, c’était lui confier quelque chose qui devait rester secret, oublié » (G.Sand). Le chat, gardien de secrets et de savoirs inaccessibles se veut l’hôte silencieux et incapable de nous transmettre ses connaissances par son incapacité à parler un langage humainement intelligible.

C’est pourquoi nous préférons aujourd’hui donner notre langue au chat plutôt qu’« aux chiens » dans l’espoir que ces premiers sachent en faire un meilleur usage.

Fruit de la synthèse de deux expressions consacrées par deux femmes qui ont apporté leur pierre au panthéon de la littérature, la locution donner sa langue au chat recouvre l’idée d’une langue (l’organe) rendue inutile par un défaut de connaissance ou une renonciation de l’esprit dans sa quête de solution doublée d’une volonté de s’en remettre à autrui pour résoudre un problème qui nous est posé.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Le dédale administratif

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