Point ensanglanté, révolution - (utopie révolution concept)
Illustration du billet citoyen, de la nature du concept de révolution

De la nature du concept de révolution

LE CONCEPT DE RÉVOLUTION PACIFIQUE RELÈVE-T-IL DE L’OXYMORE ?

Pour parler vrai avec un sens aigu de l’amour pour la vérité du concept de révolution, il faut s’atteler à remonter le cours de sa source afin de dévoiler sa nature et son essence première. La révolution, fille de Mercure, Dieu du mouvement et des voyageurs, est la messagère dévolue de l’histoire ; porteuse de son fruit le plus précieux, la semence du déclin et du renouveau. Les lignes de l’histoire dans leur imperturbable mouvement de rotation s’entrecroisent et tissent l’écharpe chamarrée de cette petite Iris, égale aux anneaux de saturne.

Étymologiquement, le mot de révolution entretien une filiation directe avec la science de l’observation des astres, l’astronomie. Albert Camus dans son essai L’Homme révolté, paru un 1951, lui donne la définition qui suit « C’est un mouvement qui boucle la boucle, qui passe d’un gouvernement à l’autre après une translation complète ». L’écrivain et philosophe de « l’absurde », à travers son œuvre accomplit une distinction aboutie entre la notion de réforme (modification du mode de fonctionnement d’une partie d’un système sans en changer le tout et sa nature), de révolte (mouvement expérientiel individué de contestation sans cohérence) et de révolution (cristallisation des actes sur une idée et modelage du monde dans un nouveau cadre théorique).

Compte tenu de sa nature mouvante, implacable et inaltérable, une révolution peut-elle être réellement vide de toute substance violente et coercitive ?

A la lumière du concept mis à nu, nous pouvons affirmer sans autres détours qu’une révolution mène irrémédiablement au résultat d’un changement de paradigme complet sous-tendu par une force coercitive de nature violente, qui nécessite l’effacement et la mise au rebut d’une vision du monde au profit d’un nouveau cadre théorique structurant le champ d’une nouvelle vision.

Maintenant, resserrons l’étau et prenons l’exemple particulier de la révolution politique pour étayer nos dires.

Dans le cadre d’une révolution politique, que celle-ci soit actée et institutionnalisée démocratiquement par la voix du peuple souverain ou imposée tyranniquement par la force d’un dictateur ou d’une minorité, le concept de révolution relève indubitablement a minima de la violence symbolique par coercition et dans la pire et la plus fréquente de ses expressions de la violence physique à caractère brutal. La suppression et la destruction d’un régime politique par et en faveur d’un nouveau régime politique, aussi démocratique soit l’avènement du nouveau paradigme, relèvent irrémédiablement d’une forme de violence par la contrainte exercée à l’encontre des institutions destituées.

Une révolution est par nature un dépassement et une destruction. C’est pourquoi il est erroné et oxymoronique d’associer les termes de révolution et de pacifique ou de reprocher à un mouvement révolutionnaire son impétuosité en raison de la nature coercitive du concept de révolution à l’encontre de l’objet sur lequel il se fixe.

« La révolution détruit à la fois des hommes et des principes ». A. Camus.

                                                                                                              A.M.M

Sources :

Camus, A. (1951). L’Homme révolté. Quarto Gallimard.

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