Noël en décalé ~ Casse-noisette

Décryptage de la semaine

Casse-noisette ! Une expression qui reprend l’un des éléments de Noël… mais qui n’a aucun rapport avec l’événement ! C’est Noël en décalé et c’est chaque vendredi pendant les fêtes sur… Ho Ho Ho’Parleur !

 

Casser la noix, casser la noiiix…

Chut, range ton briquet, Patrick ! Tout commence avec le casse-noix qui est d’abord… un terme d’ornithologie (1564). Il devient ensuite un instrument (1611), de sens très voisin du casse-noisette (1680).

Le Cassenoix (ou casse-noix) moucheté est une espèce de passereau de la famille des Corvidae.

Sur le plan symbolique, la noisette représente la sagesse[1] tandis que la noix représente un objet de qualité médiocre ou de peu de valeur (« … à la noix »). Mais elles ont aussi un sens anatomique. Au XXe siècle, casse-pieds (1948) se dit familièrement d’une personne importune. Il existe des variantes (très) familières : casse-couilles, -burnes, etc.

Décryptage Casse-noisette
Esprit de Noël (et bienséance) oblige, nous n’illustrerons pas !

Certains noms d’aliments, au pluriel, développent également le sens familier de « testicules »[2]. Ainsi, pour être plus poli tout en signifiant son agacement, on emploiera le sens métaphorique de casse-bonbons, casse-noisettes ou casse-noix.

 

Casse-noisette, figurine antique mais pas en toc !

Nous parlons aujourd’hui d’un casse-noisette très particulier, en forme de figurine.

Décryptage Casse-noisette

Ses dents imposantes servent à casser des noix, des noisettes ou tout autre fruit à coque. Son histoire est pour le moins surprenante :

  • Sa création remonte à l’Antiquité[3] : on attribue son invention à nul autre qu’Aristote. Qui a dit que la philosophie n’avait pas d’application pratique ?
  • C’est à un autre personnage historique illustre que l’on attribue l’invention de la machine à fabriquer les figurines casse-noisettes : Léonard de Vinci !
  • Le casse-noisette entre dans le dictionnaire en 1830. Les frères Grimm le définissent ainsi : « petit homme difforme, dans la bouche duquel les noisettes sont cassées, au moyen d’un levier ou d’une vis »[4].

Le casse-noisette connaît un grand succès au XVIIIe siècle. C’est Friedrich Wilhelm Füchtner qui tourne sur bois le premier casse-noisette en 1870. On le sculpte à Val Gardena (Italie, style comique) et à Oberammergau (Bavière, style oriental). De nombreux modèles sont proposés (gendarmes, hussards), avec une visée parfois caricaturale (Napoléon, Bismarck). Le succès est immédiat.

Décryptage Casse-noisette

Mais aujourd’hui, nous le connaissons surtout grâce à Tchaïkovski !

 

De la littérature au ballet-féérie de Noël

Dans les téléfilms de Noël, en décoration dans les grands magasins, à la radio… Casse-Noisette est partout ! C’est un ballet-féerie de Piotr Ilitch Tchaïkovski, adapté du conte allemand Casse-Noisette et le Roi des souris d’Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1816)[5]. Il est présenté pour la première fois le 18 décembre 1892 au théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg.

Décryptage Casse-noisette
Croquis original de Konstantin Ivanov pour le décor de l’acte II

Le ballet, constitué en deux actes, raconte l’histoire d’une petite fille, Clara. La veille de Noël, elle reçoit un casse-noisette en bois de la part de son oncle. A la nuit tombée, les souris attaquent l’enfant. Son casse-noisette se transforme alors en prince et livre bataille aux rongeurs enragés. C’est le début d’une aventure magique, qui entraînera la jeune héroïne à Confiturebourg, le Royaume des Délices.

Décryptage Casse-noisette
Croquis original de Konstantin Ivanov pour le décor de l’acte II.

Si l’œuvre est aujourd’hui un classique de Noël, rien n’est évident lors de sa création.

 

Un casse-noisette qui… ne casse pas des briques ?

En effet, lorsque qu’Ivan Vsevolojski[6] demande à Tchaïkovski de composer l’œuvre en février 1891, il n’est guère enthousiaste. Le compositeur aime beaucoup l’œuvre originale de Hoffman et trouve l’adaptation trop édulcorée. Tchaïkovski finit par accepter et termine sa partition en avril 1892. Il reste moins satisfait de la partition de Casse-Noisette que de celles du Lac des cygnes et de La Belle au bois dormant.

Il est tout aussi mitigé le soir de la première. Selon lui, si la mise en scène est somptueuse et l’exécution du ballet impeccable, en revanche, il pense que le public n’aime pas et s’ennuie[7]. Il décède malheureusement en 1893.

Quant à son Casse-Noisette, la postérité lui donnera tort. Sa musique prolonge la tradition romantique mais elle fait aussi appel à une profusion d’inventions mélodiques et à une palette harmonique jamais égalées dans un ballet[8]. Parmi les innovations, l’emploi du célesta (une sorte de petit piano), qui fait merveille lors de la Danse de la Fée Dragée[9].

Vers la moitié du XXe siècle, le ballet s’exporte en Europe et aux États-Unis où il rencontre un immense succès. La postérité fait la suite. Nous le disions plus haut : dans les téléfilms de Noël, en décoration dans les grands magasins, à la radio… Casse-Noisette est partout !

Décryptage Casse-noisette

Pour conclure ce décryptage, un conseil avisé aux enfants : si vous souhaitez passer un Noël en harmonie, le seul qui a le droit d’être casse-noisette, c’est Tchaïkovski !

Hannibal LECTEUR, Ouste ! Du ballet !

 

En bonus : le bal des casse-pieds ? Non, le ballet féérique de Casse-noisette en version intégrale ! (Par le Ballet d’État et Opéra de Russie, octobre 2021)

 

Notes et références – Casse-noisette

[1] Dans la mythologie celtique, le noisetier est le gardien de la source des sciences.

[2] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[3] Un modèle décoratif en bronze, datant de 300 av. J.-C., a également été trouvé dans une tombe à Tarente (Italie).

[4] On emploie aussi casse-noisette par analogie de forme dans l’expression « tête, figure, menton en casse-noisette » (Larousse, Littré, Guérin, 1892). Il s’agit d’une tête dont le nez et le menton sont singulièrement rapprochés.

[5] Il s’agit ici de la version d’Alexandre Dumas.

[6] Directeur des Théâtres Impériaux de Russie à l’époque.

[7] Source : Avec P. I. Tchaïkovski (У П. И. Чайковского). Interview publiée dans la Feuille d’Odessa (Одесский лиситок) le 13 janvier 1893.

[8] Lire cette analyse sur l’œuvre de Tchaïkovsky.

[9] Voir également cet article, qui détaille les séquences du ballet, extraits vidéos à l’appui.

Retrouver notre précédent Décryptage → Pudding