Décryptage bon an mal an
Bonne année 2021 sur O'Parleur !

2021 ~ Bon an mal an

Décryptage de la semaine

Bon an mal an… Le décryptage du O’ démarre l’année 2021 avec une expression de circonstance !

Le seigneur des anno

En guise de réveillon, O’Parleur vous propose un peu d’étymologie. An, nom masculin, vient, comme l’italien anno et l’espagnol año, du latin annus (vers 1080). Ce mot semble autochtone de l’Italie, proche de l’osque[1] (akenei « dans l’année ») et de l’ombrien[2] (aenu, à l’accusatif pluriel). Il signifie aussi « récolte annuelle ».

Au sens de « durée de la révolution de la Terre autour du Soleil », il produit de nombreuses locutions comme :

  • Le premier ou le jour de l’an (XIVe siècle) ;
  • L’an neuf (1274) ou régionalement nuef (1488) ;
  • Ou encore le nouvel an (1611).

En religion, le bout de l’an se dit (1549) d’une messe célébrée une année après l’enterrement de quelqu’un.

Les bons comptes… font les bonnes années !

Le mot est souvent déterminé pour caractériser une manière de compter. On parle ainsi d’an de l’Incarnation (XIIIe siècle), mesuré à partir de Pâques, de la Nativité, etc. Il y a également an Nostre Seigneur (XIIIe siècle) et de salut (1691). Ces sens ont disparu mais an de grâce (1260) sert toujours à évoquer un compte d’années chrétien.

Au XVIIe siècle, de nombreux sens disparaissent. Ainsi, An civil (1636), remplacé par année civile / lunaire (isolément au XIIIe siècle ; puis 1636) / solaire (idem) / planétaire (1691) sont tous archaïques (cf. année).

On trouve également des formules de souhait, comme bonjour bon an (XVIIe siècle, Voiture[3]). De nombreuses locutions servent à caractériser une époque ou un rythme. A tire d’exemples : par (1273) ou (une, deux…) fois l’an (1319), toujours usuels.

Le sens moderne

Au XVIIe siècle, l’expression bon an mal an fait son apparition. Elle fait référence à une notion de durée, en ayant une vision globale et générale, grâce à la moyenne. On pèse le pour et le contre, en somme. L’expression trouve une place de choix dans la littérature. Scarron la popularise dans la première moitié du XVIIe siècle :

Et l’on m’a assuré qu’elle portait d’ordinaire sur elle, bon an mal an, trente quintaux de chair

Paul Scarron, Le Roman comique, VIII, 2e partie, 1657, dans Littré à l’entrée bon

Aujourd’hui encore, l’expression signifie « en moyenne les bonnes années compensant les mauvaises »[4].

2020 : bon an, mal an…

Avant de se quitter et de dire « Que le blé lève ! », un bref retour sur l’année 2020. Ni « best-of » ni bêtisiers (parfois confondus avec les chaînes d’information en continu), le décryptage fait son bilan.

Ainsi, cette année, nous avons appris les choses suivantes :

Et tant d’autres choses !

Nous vous souhaitons une bonne année, une bonne santé et, pour certain(e)s, un bon réveil !

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : après avoir visionné cette vidéo de réveillon, vous vous direz que le vôtre s’est bien passé !

 

 

Notes et références

[1] Langue italique aujourd’hui disparue. Cousine du latin, l’osque partage une structure grammaticale commune avec ce dernier. C’est la langue italique la mieux connue après le latin du fait de son importante diffusion à travers la péninsule. De nombreux textes en osque nous sont parvenus, dont le Cippus Abellanus, la Tabula Bantina et la Tabula Osca.

[2] Langue morte de la péninsule italique appartenant au groupe des langues sabelliques. Proche de l’osque, les Ombriens la parlaient autrefois. Il n’en reste aujourd’hui qu’une trentaine d’expressions, qui datent du VII et du Ier siècle av. J.-C. La plus importante, appelée les Tables eugubines, date du IIIe siècle av. J.-C. Elle se compose de sept plaques de bronze. Ces plaques portent des notes sur les cérémonies et les lois religieuses à l’usage des prêtres.

[3] Vincent VOITURE (1597-1648) est un poète et prosateur français. Courtisan dans l’âme, il écrivit un poème pour Gaston d’Orléans, qui en fit son protégé à l’âge de seize ans. Ses écrits, représentatifs de la préciosité, se sont pleinement exprimés dans les genres poétiques mineurs. Il excellait notamment dans le rondeau, dont le plus célèbre reste « Moi, c’est fait ». En 1634, il est l’un des premiers membres de l’Académie Française. Son œuvre, aujourd’hui oubliée, provoqua l’engouement jusqu’au XVIIe siècle.

[4] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → C’est pas un cadeau

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