Nouveau ~ Beaujolais

Décryptage Beaujolais

Décryptage de la semaine

L’eau minérale vous mine le moral et l’absence de vignobles vous paraît ignoble ? Heureusement, O’Parleur s’improvise sommelier et vous explique l’origine du Beaujolais dans un décryptage à savourer comme un grand cru !

 

Là-haut sur la montagne l’était un Beaujolais

Notre dégustation nous emmène au Nord-Est du Massif Central.

Décryptage Beaujolais
Plus précisément ici. Agrandissons un peu pour mieux voir. Le Beaujolais est une région naturelle française située au nord de Lyon. Il s’étend sur le nord du département du Rhône, le sud de la Saône-et-Loire et le nord-est de la Loire, de la vallée de la Saône aux monts du Beaujolais en passant par les coteaux orientaux voués au vignoble du Beaujolais (source : Wikipédia).

Beaujolais, nom masculin, est l’emploi comme nom commun, attesté tardivement (1881, Huysmans), du nom géographique Beaujolais.  Il vient du latin Bellojocum[1], qui a donné Beaujou, puis le nom de ville « Beaujeu ».

Décryptage Beaujolais
« D’or au lion de sable armé et lampassé de gueules, brisé d’un lambel de cinq pendants du même. » Voici les armoiries de Beaujolais. Ce territoire correspond à une ancienne baronnie, dont la capitale était Beaujeu, particulièrement connue grâce à la régence d’Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, durant la minorité de son frère Charles VIII de 1483 à 1491.

Bellojocum se compose de Bellus « beau » et jugum[2], au sens de « sommet ». Le terme a pris le sens métaphorique de « chaîne ou ensemble de montagnes » (comparé à un joug)[3].

Décryptage Beaujolais
Le point culminant des monts du Beaujolais est le mont Saint-Rigaud, à 1 009 mètres d’altitude. Le sommet est accompagné par le mont Monet à 1 000 mètres, la roche d’Ajoux à 970 mètres et le mont Tourvéon à 944 mètres (source : Wikipédia).

Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui (ne mentez pas), c’est le vin !

 

Douze sur vin

Région viticole oblige, nous connaissons le Beaujolais pour ses vins rouges typiques, issus à 97 % du cépage Gamay[4].

Décryptage Beaujolais
Le vignoble s’étend sur les coteaux à la base des contreforts orientaux du massif, le long de la Saône (photo des vignobles durant l’automne).

Le vin de Beaujolais comprend douze AOC :  deux appellations génériques (Beaujolais et Beaujolais Villages[5]) et dix crus (Morgon, Régnié, Moulin-à-vent, Côte-de-Brouilly, Brouilly, Juliénas, Saint-Amour, Chénas, Chiroubles et Fleurie).

 

Les tanniques rouges

Seules les deux appellations génériques peuvent prétendre à la commercialisation en primeur. Appellations que l’on célèbre chaque année dans le monde entier (si, si !), le troisième jeudi de novembre, au cours de la traditionnelle dégustation du « beaujolais nouveau ».

Le Beaujolais ne manque d’ailleurs pas d’élégance. Sa robe rouge vif, limpide et brillante, voire rubis avec des reflets violets, attire l’œil. Son nez est fruité. Attention toutefois aux fautes de goût : qui a oublié les senteurs de banane mûre et de bonbon anglais ? On préfèrera alors les arômes de groseille, de fraise écrasée, de framboises ou de fruits rouges.

Enfin, sa bouche a une structure peu tannique, acidulée et fruitée. Les consommateurs les plus enthousiastes diront même qu’elle est « gouleyante ». S’il n’est pas le petit jésus en culotte de velours , c’est un vin convivial à partager entre amis.

 

D’ailleurs, pourquoi le « beaujolais nouveau » …

Nous pouvons dire que le « beaujolais nouveau » est un phénomène assez… nouveau. Il s’articule autour de trois dates.

Tout commence le 8 septembre 1951. Un arrêté paru au Journal officiel indique que les vins d’appellation d’origine ne peuvent être vendus avant le 15 décembre. Seulement, le Beaujolais est fait à partir de Gamay noir à jus blanc, un cépage dont la vinification peut être assez courte[6]. Les syndicats viticoles demandent donc l’autorisation de vendre une partie de leur vin avant la date officielle. Une note du 13 novembre 1951 leur permet d’avoir une dérogation pour les appellations génériques. C’est ainsi qu’apparaît l’appellation « beaujolais nouveau ».

 

Cette autorisation pose toutefois un « problème » : chacun est libre de vendre une partie de son vin quand il le souhaite. Cette pratique manque donc de cohésion et d’organisation. En 1967, on fixe la date de vente légale de ces vins primeurs au 15 novembre.

 

… et le troisième jeudi de novembre ?

Finalement, en 1985, on fixe la date du beaujolais nouveau au troisième jeudi de novembre (soit hier). On invoque un problème de calendrier ; d’une part, la célébration tombe trop près de l’Armistice du 11 novembre et d’autre part, l’événement se produit parfois le week-end.

 

Ainsi marquée et identifiée, la célébration connaît un engouement immédiat. Portée par la formule « le beaujolais nouveau est arrivé », la fête bénéficie d’une campagne marketing efficace. Victime de son succès, la recette du beaujolais tourne parfois au vinaigre et devient un symbole de « piètre qualité ». La faute à certaines mauvaises pratiques et à des crus discutables (cf. la banane). Fort heureusement, le beaujolais a mis de l’eau dans son vin (façon de parler) et connaît une réhabilitation méritée.

Le vin a ses grands crus et le mot a ses dérivés argotiques.  Il y a notamment  beaujolpif (1952, Esnault), croisement de beaujolais et de l’argot olpif (1918) ou holpif pour « beau, excellent »[7].

Aujourd’hui, en France, il demeure l’un des symboles du vin rouge agréable et relativement peu coûteux[8]. Il nous reste à présent à vous souhaiter une bonne dégustation, toujours avec modération, mais non sans délectation !

Hannibal LECTEUR, ne rougit pas devant la tâche (même de vin)

 

En bonus : Viens boire un p’tit coup à la maison ! ♫ Licence IV (1987)

Notre hymne national officieux selon certains esprits fêtards !

 

Notes et références – Beaujolais

[1] D’après l’adjectif bellijocensis (ager).

[2] Cf. joug.

[3] Et modifié d’après jocus « jeu ».

[4] La production moyenne s’élève à 1 million d’hectolitres par campagne.

[5] Provenant d’une série d’agglomérations définies.

[6] Pour un Beaujolais nouveau, la vinification se passe entre quatre et dix jours. On conseille d’ailleurs de ne pas le conserver plus de six mois.

[7] Terme d’origine obscure. Outre l’abréviation beaujo, on recense également beaujol et la resuffixation beaujolpince, probablement issus de beaujolpif (le premier peut être directement formé sur beaujolais).

[8] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Armistice