Décryptage Baratin

Décryptage de poche ~ Baratin

Décryptage de la semaine

Un collier de nouilles, un post-it griffonné « bon pour un [super cadeau] le 31 février » ou l’excuse « je te laisse les enfants ce week-end, tu devrais être contente, non ? » … Arrêtez votre baratin ! Vous avez complètement zappé la fête des mères !

Les objets du délit. Valables aussi pour Noël, les anniversaires et la Saint-Valentin…

Pas de panique, vous pourrez peut-être rattraper le coup en lisant ce décryptage ! Juré, on ne baratine pas !

 

Avec le baratin, l’étymologie, c’est dans la poche !

Baratin, nom masculin (évidemment!), apparaît en 1911 et dérive probablement de barat. Il s’agit d’un terme provençal encore attesté à l’époque au sens de « marché, tromperie ». Barat est lui-même un déverbal de barater, « tromper », qui a aussi donné le verbe baratter.

 

Sacré Aristide Filoselle! Pour arrêter son baratin, les Dupondt peuvent toujours courir ! (Le Crabe aux pinces d’or, page 38)

 

Plus surprenant, baratin est d’abord un terme de l’argot… des pickpockets ! Il désigne alors un portefeuille vide substitué par un complice à la place de celui que prend le voleur. Où va-t- on si on ne peut plus se faire confiance entre escrocs !

 

Un mot qui fait un effet bluff !

Par extension, le terme est repris dans l’argot des voyous et développe un nouveau sens au début du XXe siècle. Baratin désigne alors un « bluff (d’homme d’affaires, de galant, de juge d’instruction) ».

 

C’est ce sens qu’il conserve et qui se répand dans l’usage familier. Aujourd’hui, le mot ne concerne plus que l’activité de langage trompeur et séducteur[1]. Quid de ses dérivés ?

Le verbe baratiner, transitif, s’emploie d’abord dans l’argot des pickpockets au sens de « refiler un portefeuille vide à la place de celui qu’on vole ». Il suit la même évolution, prenant dans l’argot des voyous le sens de « bluffer » (1926), répandu dans le langage familier.

Quant à baratineur, –euse (1935), il s’utilise en argot au sens de « menteur » et se répand dans l’usage familier en parlant d’une personne ayant du bagou. Tous les mots de la série se sont spécialisés dans le contexte du discours trompeur destiné à séduire, par exemple érotiquement[2].

Pour conclure, nous dédions ce décryptage à toutes les mamans (indulgentes) et aux grands enfants étourdis. C’est quand même mieux qu’un collier de nouilles ou un post-it, non ?

Hannibal LECTEUR, préfère O’Parleur aux beaux parleurs

 

En bonus : arrête ton baratin, on connaît la chanson ! Paroles, paroles, Dalida & Alain Delon (1973).

 

Notes et références

[1] On peut comparer partiellement cette évolution à celle de bidon « faux ».

[2] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Sérendipité

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