Raconte-mois ~ Avril

Décryptage Avril

Décryptage de la semaine

Après le mois de mars, le mois de la farce : avril ! C’est Raconte-mois, la rubrique qui raconte l’origine des… mois (CQFD).

 

I’m your Avril Venus

Avril[1] est le quatrième mois de l’année dans les calendriers julien[2] et grégorien[3]. À l’origine, c’est le deuxième mois du calendrier romain, baptisé aprilis en latin[4]. Sous le soleil, rien de nouveau. Oui, sauf que…

Il y a débat quant à l’origine de son étymologie. Ça commence bien ! Selon Ovide, avril est dédié à Vénus :

Nous voilà arrivés au quatrième mois où on t’honore particulièrement : tu sais, Vénus, que le poète et le mois sont à toi.[5]

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent et légitiment ce rapprochement avec la déesse de l’amour. D’abord, il y a la proximité immédiate avec Mars (le mois ET le dieu). Il se base également sur la légende de la gens julia, qui est notamment la lignée de Jules César. Ces derniers prétendent en effet descendre de la déesse :

Quirinus affirma toujours que Mars et Vénus étaient ses parents et il mérita d’être cru ; pour que ses descendants ne pussent l’ignorer, il voua aux dieux de sa famille deux mois successifs.[6]

Enfin, Ovide justifie l’étymologie grecque (Aphrodite) du mois par la forte présence grecque dans la Grande-Grèce.[7]

 

Maudite Aphrodite

Mais comme à chaque fois qu’Aphrodite est là, Discorde ramène sa fraise pomme.

 

Une étymologie, fictive mais intéressante par son ancienneté[8], rapproche avril de aüvrir (ouvrir, du latin aperire). Ovide balaie cette origine d’un revers de la main :

Quelle n’est pas la prétention des envieux ? Certains voudraient te ravir, ô Vénus, le patronage de ce mois et ils te jalousent. Comme le printemps ouvre alors toutes choses et que se dissipe l’âpreté du froid qui resserrait le sol, comme la terre fécondée ouvre son sein, ils disent qu’avril (aprilem) est ainsi appelé parce que c’est la bonne saison où tout est éclos (aperto tempore), mais la bonne Vénus met la main sur ce mois et le revendique.[9]

Le dictionnaire Gaffiot, après avoir relevé son origine peu claire, tente un rapprochement d’aprilis avec l’adjectif apricus (« exposé au soleil, qui aime le soleil, ensoleillé – clair, pur »). Sans conviction. Aujourd’hui, nous retenons Vénus/Aphrodite comme origine pour le mois d’avril.

 

Avril sur le fil

Au XVIe siècle (1552, Ronsard), le mot prend la valeur métaphorique de « printemps, jeunesse ».  Il forme également des dérivés, en lien avec la saison et les récoltes : l’adjectif avrillier pour « printanier »[10] ; le nom avrillée, qui désigne une « averse de printemps » (1872)[11].

Le proverbe en avril ne quittez pas un fil n’est répertorié qu’à la fin du XIXe siècle. Quant à poisson d’avril[12], désignant une plaisanterie liée aux valeurs symboliques du 1er avril, nous racontons son origine ici.

Décryptage poisson d'avril

Sa pierre de naissance est le diamant. On l’associe à la loyauté et à l’amour. C’est un symbole d’engagements, de relations et de liens. Ce n’est pas un hasard si on l’utilise pour les bagues de fiançailles et s’il a longtemps été le privilège des élites et des royautés. Il apporte bonheur, santé, richesse et abondance, ainsi que clarté et équilibre.

Décryptage Avril

 

Nous restons dans une ambiance printanière avec sa fleur de naissance, puisqu’il s’agit de la marguerite. Symbole de joie enfantine et de jeu, elle capture l’essence de l’attitude insouciante et éternellement jeune du printemps.

Décryptage Avril

 

Et comme nous sommes le 1er avril, ce décryptage se termine logiquement en queue de poisson !

Hannibal LECTEUR, préfère avril à Averell

 

En bonus : I’m your Venus, Shocking Blue (1969)

 

Notes et références – Avril

[1] D’abord sous la forme avrill (1080), puis sous sa forme moderne en 1119.

[2]  Le calendrier julien est un calendrier solaire utilisé dans la Rome antique. Jules César l’introduit en 46 av. J.-C. pour remplacer le calendrier romain républicain. On l’emploie en Europe jusqu’à son remplacement par le calendrier grégorien à la fin du XVIe siècle.

[3] Le calendrier grégorien est un calendrier solaire conçu à la fin du XVIe siècle pour corriger la dérive séculaire du calendrier julien alors en usage. C’est le pape Grégoire XIII qui l’initie et l’adopte en 1582.

[4] Et du dérivé latin populaire °aprilis en ce qui concerne la forme avec deux l, aprillius.

[5] Ovide, Les Fastes, Livre IV.

[6] Ibid.

[7] Plutôt qu’indoeuropéen (cf. le sanskrit áparah, « second, postérieur »), le nom latin serait pris à l’étrusque apru, lui-même emprunté au grec Aphrô, apocope d’Aphroditê (Benveniste). Il s’agirait alors du mois d’Aphrodite (cf. hermaphrodite).

[8] 1119, Philippe de Thaon.

[9] Ovide, op. cit.

[10] Au XIIIe siècle, repris XVIe siècle. Il subsiste en agriculture sous la forme avrillé, –ée (1838, blé avrillé ; substantif, 1836, avrillet) pour désigner le blé semé en avril.

[11] Sans rapport avec avrillée « liseron », forme agglutinée de vrillée (de vrille). Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[12] Attesté à partir de Saint-Simon (début XIIIe siècle). L’expression existe en moyen français (poisson d’avrys) mais désigne le maquereau.

 

Retrouvez notre précédent Décryptage → Procrastination, plus subtile qu’elle n’y paresse