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Education : avoir les moyens de ses ambitions

En 2018 la France consacre 1,5% de son PIB pour constituer le budget de l’enseignement supérieur. Il s’agit d’un chiffre inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE, où nous nous situons au milieu d’un peloton constitué du Chili, de la Hongrie et de la Slovaquie. Loin derrière l’Angleterre, les Etats-Unis ou encore la Suède mais avec la prétention contradictoire de vouloir entrer en concurrence avec ces pays. L’université française est en piteux état. Hier, environ 800 000 élèves ont obtenu le baccalauréat pour moins de 700 000 places ouvertes susceptibles de les accueillir. La problématique est la suivante : quelle solution pertinente déployer afin que 100 000 étudiants puissent parvenir à faire valoir leur droit d’accéder aux études supérieures de leur choix ? Posée sous cet angle, la réponse sera bien entendu éminemment différente de la réponse à la question qui agite l’opinion publique « comment désengorger les universités ? ». Poser le problème dans sa seconde forme légitime perversement que le nombre de places en université soit inférieur au nombre de demandes d’inscription. La potentielle première conséquence d’une sélection des élèves à l’entrée des universités serait une inflation des droits d’inscription. Il est a noter que c’est une pratique déjà installée dans les établissements privés (soumis à une sélection à l’entrée) et dans les universités estampillées « grands établissements » comme Paris-Dauphine où les frais avoisinent 5000 euros/an, somme modulée dans une certaine mesure en fonction des revenus familiaux.

La France a digéré en cinquante ans une croissance exponentielle du nombre d’étudiants en passant de moins d’un demi-million à plus de 2,5 millions d’individus. Fort de cette réussite du demi-siècle dernier notre pays démontre qu’il possède les ressources humaines et économiques d’accroître les capacités d’accueil dans l’enseignement supérieur contingent au nombre croissant d’étudiants. La construction de nouvelles universités afin d’absorber cette nouvelle masse critique d’étudiants s’élève selon les estimations les plus raisonnables à 600 000 millions d’euros (budget moyen d’une université 100 000 millions d’euros), une somme bien éloignée des 20 milliards d’euros agités par les tenants du goulot d’étranglement universitaire.

La France doit aujourd’hui se doter des moyens de ses ambitions. Vouloir obtenir 80% de réussite au baccalauréat sans développer le système de l’enseignement supérieur est une hérésie. Vouloir concurrencer les puissances économiques établies et émergentes, devenir une « start-up nation », en investissant moins que la plupart des pays développés dans son enseignement supérieur est une fumisterie. Frustrer, exclure et orienter la vie de générations d’étudiants en les enfermant au sein de filières secondaires et porter, chevillé au cœur, la devise des droits de l’homme, Liberté, Egalité, Fraternité, est une corruption.

« J’imagine l’algorithme de la plateforme Parcoursup juger aujourd’hui, en 2018, mon maigre dossier. Le décortiquer. Lui et ses résultats décevants, insuffisants, chaotiques. Des notes, un nom, un prénom. Qu’aurait-il pu en faire, sinon le déposer tout en bas d’une liste d’attente, me barrant ainsi sur la route qui conduit à l’université ? Ce lieu unique où, bel et bien, je me suis rencontrée. Et qui, délicatement, m’a conduite vers mon métier. » Lola Nicolle [1].

A.M.M

[1] Éditrice à l’Iconoclaste 

Sources :

Le 1 : Parcoursup : faut-il trier les étudiants ?

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