Décryptage Anniversaire

18 juin ~ Anniversaire

Décryptage de la semaine

« – Le 18 juin est une date importante. En effet, c’est… » « – Mon anniversaire ! »

Oui, enfin non, c’est surtout l’appel du 18 juin lancé par le Général de Gaulle. Nous allons donc en profiter pour parler de l’origine de l’anniversaire. Soufflez vos bougies et ouvrez votre cadeau : le décryptage du O’ ! (En plus, ça rime).

L’Appel du 18 juin 1940 fut très peu entendu lors de sa diffusion initiale. Comme il n’a pas été enregistré, la version sonore connue date du 22 juin 1940 (Armistice). Le texte est similaire mais remanié. Cette photo d’illustration, très connue… ne date pas non plus du 18 juin 1940 ! En effet, le Général de Gaulle porte sur sa vareuse l’insigne à croix de Lorraine. Cet emblème de la France libre fut adopté en juillet de la même année.

 

Un peu de La Palice et de natalice

Commençons par une évidence. Un anniversaire est la commémoration d’un événement. On le célèbre au jour « anniversaire » (CQFD) de la date où il a eu lieu. A titre d’exemple : une naissance.

Jacques II de Chabannes dit Jacques de La Palice, né le jour de sa naissance, approuve ces vérités vraies.

On célébrait déjà des « anniversaires » dans l’Antiquité sous la forme de natalices. Du latin natalicia (« repas anniversaire de naissance »), il s’agit d’un rite religieux concernant surtout les élites (empereurs, pharaons)[1].

Ces célébrations assurent bonne fortune et prospérité à la personne célébrée. Ainsi, en faisant la fête, en offrant des cadeaux et en allumant des bougies, on chasse les mauvais esprits.

 

Un anniversaire tardif

Après l’avènement du christianisme, ces coutumes perdurent mais sont rejetées par l’Église, qui les considère comme païennes[2]. De plus, la naissance rappelle l’acte de chair et le péché originel.

Durant le Moyen-Âge, on promeut plutôt la fête du saint patron qui correspond au prénom de baptême ou au jour de décès. Seules exceptions : la « Nativité de Jésus-Christ », la « Nativité de saint Jean-Baptiste » et la « Nativité de la Vierge Marie »[3].

C’est dans ce que contexte que le nom et adjectif anniversaire apparaît au XIIe siècle. C’est un emprunt au latin anniversarius, composé de annus, (cf. an) et du participe passé du verbe vertere « revenir » (d’abord tourner).

Le mot désigne, d’abord en religion, une cérémonie, une messe faite au retour annuel du jour du décès (1423), puis un nombre quelconque d’années après un événement.

La célébration de l’anniversaire réapparaît épisodiquement au XIIIe siècle. Elle connaît une résurgence sous la Réforme (rejet du culte des saints). Néanmoins, c’est au XXe siècle qu’elle s’ancre définitivement dans nos traditions, d’abord dans la bourgeoisie puis dans le milieu ouvrier[4]. Parmi les rituels, il est coutume de chanter…

 

On connaît la chanson

En 1893, à Louisville (Kentucky), Patty et Mildred J. Hill, deux sœurs institutrices, composent Good Morning To All. Elles s’inspirent d’autres chansons populaires de l’époque[5], composées sur une mélodie et un refrain assez similaires. Rien de très original. En revanche, c’est une chanson entraînante et facile à retenir pour les jeunes écoliers. Les sœurs Hill la publient la même année dans leur livre de chant Song Stories for the Kindergarten.

Décryptage Anniversaire
La chanson originelle des sœurs Hill (1893).

 

La légende veut que les enfants l’apprécient tellement qu’ils commencent à la chanter lors des goûters d’anniversaire. La chanson est reprise, les paroles sont modifiées. La première attestation écrite de l’association entre la mélodie et les paroles « Joyeux Anniversaire » date de 1912[6]. La chanson rencontre de plus en plus de succès et on a la publie dans de nombreux livres de chants. Et, en affaires comme pour un anniversaire

 

… tout le monde veut sa part du gâteau !

En 1935, une division de Warner/Chappell Music Inc. fait passer Happy Birthday sous la protection du droit d’auteur. Légalement, la chanson lui appartient et on ne peut plus la chanter publiquement sans payer de redevance. Cela inclut l’usage dans un film, à la télévision, à la radio, dans un lieu public, ou dans un groupe où une part significative de l’audience ne fait pas partie du cercle familial des chanteurs.

En rouge : les recettes à la radio. En bleu, à la télé… Note : les miettes n’iront même pas aux créatrices.

Warner peut demander jusqu’à 150.000$ pour utiliser la chanson[7]. Il y a beaucoup de contestations concernant ce droit d’auteur, que l’on estime abusif :

  1. Happy Birthday s’inspire de chants populaires très communs et n’est pas une création « originale » ;
  2. Ses paroles ont essentiellement été modifiées par des enfants… qui ne touchent pas de droits d’auteurs.
  3. Warner n’a pas créé la chanson.

 

Ainsi, en 2015, la justice américaine a statué que Happy Birthday appartient au domaine public. Du coup :

 

Dire que vous avez failli lire un décryptage à 150.000$ !

 

L’anniversaire de nos jours

Aujourd’hui, le substantif anniversaire est usuel à cause des coutumes sociales et correspond au registre de la fête. En revanche, l’adjectif, réemprunté (1330) au latin classique, est resté didactique ou religieux (messe anniversaire).

Dans le contexte social, le nom est concurrencé par des formations en -aire sur un nom de chiffres ronds (cinquantenaire, centenaire, bicentenaire, etc.)[8]. Cette année, nous fêterons ainsi le quatrième centenaire de Jean de la Fontaine (8 juillet). Moins drôle : demain, cela fera 35 ans que Coluche nous a quittés.

Avant de conclure, voici une liste de questions auxquelles nous n’avons pas apporté de réponses :

  • Pourquoi y-a-t-il quatre fois moins de personnes nées un 29 février ?
  • Aviez-vous remarqué que l’âge de raison se produit avant l’âge bête ?
  • Quel âge faut-il atteindre pour que les bougies pèsent PLUS LOURD que le gâteau ?

 

Et une curieuse observation : O’Parleur n’aime pas les chiffres ronds ! Les 131 ans de la tour Eiffel, les 91 ans de Tintin, (ou les 39 ans d’E.T. la semaine dernière). En même temps, tout le monde fête les 10, 20, 100, 1000… C’est un impair que d’oublier les chiffres impairs !

Que vous ayez un anniversaire à célébrer aujourd’hui ou non, nous vous souhaitons un excellent week-end !

Hannibal LECTEUR, fête la Joyeuse Annie Versaire !

 

En bonus : un « Joyeux anniversaire » mythique.

 

Comme cela fait un peu plus de 3 ans (pas un chiffre rond !) que vous nous suivez, voici un second bonus. Le tout premier décryptage, un vendredi 13 (!), qui vous proposait de bayer au corneilles. Et notre premiers focus « test » sur le numérique.

 

Notes et références

[1] On trouve des mentions dans l’Ancien Testament, Genèse 40, 20, dans l’histoire de Joseph : « Et il arriva, le troisième jour, jour de la naissance du Pharaon, qu’il fit un festin à tous ses serviteurs ». Le Nouveau Testament évoque un festin d’anniversaire (Marc 6, 21) quand la fille d’Hérodiade fait décapiter Jean le Baptiste.

[2] Processus déjà aperçu ici et (entre autres).

[3] Vincent GOURDON, « La fête de soi », dans La vie des idées, le 4 mai 2011.

[4] Jacques LE GOFF, Les Lundis de l’histoire, l’« Anniversaire depuis le Moyen Âge », 29 mars 2010.

[5] On évoque, comme sources d’inspiration : Happy Greetings to All de Horace Waters, Good Night to You All (1858), A Happy New Year to All (1875) et A Happy Greeting to All (1885). Même les titres se ressemblent!

[6] Robert BRAUNEIS, « Copyright and the World’s Most Popular Song », GWU Legal Studies Research Paper,‎ 21 mars 2008, p. 31-32.

[7] En 2015, on estimait que la valeur du chant Joyeux Anniversaire était estimée à 2 millions de dollars annuellement. Source : Boing Boing.

[8] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Ovni

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