A Pâques ou à la Trinité
Chromo de collection pour le chocolat Louit illustrant Malbrough s'en va-t-en guerre (vers 1890) - Libre de droit

Expression ~ A Pâques ou à la Trinité

Décryptage de la semaine

A l’approche des fêtes de Pâques, le décryptage vous propose un billet qu’il n’aurait pu faire qu’à Pâques ou à la Trinité. Ce qui est un paradoxe quand on connaît le sens de l’expression ! Explications.

 

Voici Pâques, man !

Pâque, nom féminin, et Pâques, nom masculin pluriel est apparu vers 980. Issu du latin Pascha (substantif neutre, traité ici comme un féminin), le terme désigne la Pâque juive, l’agneau pascal et aussi la fête chrétienne.

En ancien et en moyen français, les fêtes juive et chrétienne étaient désignées indifféremment par Pasque (1170) ou Pasques (1694). Concernant la fête juive, le mot est d’abord attesté sous la forme Pasches (fin Xe siècle), puis Pasque (fin XIIIe siècle). Dès 1235, il désigne aussi l’agneau pascal.

Pâques est la fête de la résurrection du Christ ; le nom, comme le dit Saint-Paul, vient de l’usage juif de faire la pâque, c’est-à-dire manger de l’agneau, rappelant le dernier repas des apôtres avec leur Maître.

 

On continue à l’appeler Trinité !

Quant à la Trinité, l’Eglise la célèbre le premier dimanche après la Pentecôte, Pâques et Trinité étant séparées de neuf semaines.

Trinité, nom féminin depuis le XIIe siècle (1172-1174), est emprunté au latin impérial ecclésiastique trinitas (Tertullien), de trini « triple », « au nombre de trois » dérivé de tres (trois).

Le mot est introduit en français avec sa valeur religieuse de « réunion en un seul Dieu du Père, du Fils et du Saint Esprit », cette union constituant un des dogmes et mystères de la doctrine chrétienne[1].

Avec une telle étymologie, l’expression à Pâques ou à la Trinité doit sûrement avoir un sens profond. Un savant mélange de théologie et de… Perdu ! La véritable explication est beaucoup plus triviale !

 

A Pâques ou à la Trinité : éloge des dettes

En vérité, les deux termes ont figuré dès le XIIIe siècle dans des ordonnances édictées par le roi de France. Ces documents concernaient les échéances des dettes royales. Bien souvent, ces dernières n’étaient pas payées à Pâques et restaient non soldées à la Trinité…

Peu à peu, ces dettes furent considérées comme perdues, les échéances semblèrent illusoires et sujettes à caution.

Mais la locution A Pâques ou à la Trinité allait définitivement entrer dans la langue française grâce à…. une chanson pour faire la nique aux Anglais! 

 

On connaît la chanson… (le sens moderne)

Nous sommes en 1709, en pleine guerre de succession d’Espagne. La bataille de Malplaquet oppose Lord Churchill, duc de Marlborough, au Maréchal Villars. L’armée anglaise parvient à conquérir le terrain, mais au prix de pertes quatre fois plus importantes que celle de l’armée française, qui fait retraite en bon ordre, avec toute son artillerie. Et cerise sur le gâteau, l’invasion de la France est empêchée…

Pour célébrer cette « victoire » de leurs adversaires anglais, les français composent une chanson ironique[2]. Il s’agit de la Chanson de Marlborough (ou « Malbrough s’en va-t-en guerre ») :

Malbrough s’en va-t-en guerre

Mironton, mironton, mirontaine

Malbrough s’en va-t-en guerre

Ne sait quand reviendra. (x3)

 

Il reviendra (z’) à Pâques

Mironton, mironton, mirontaine

Il reviendra (z’) à Pâques

Ou à la Trinité. (x3)

 

Au passage : admirez les jolis pataquès ! Cette anecdote historique renforça le succès de la chanson et de l’expression, définitivement entrée dans la langue française en 1845.

A Pâques ou à la Trinité signifie donc : « dans un avenir lointain, indéterminé, autant dire : jamais »[3].

Pour conclure ce décryptage, nous pensions faire une plaisanterie. Mais le 1er avril est passé depuis longtemps. Aussi nous contenterons nous de vous souhaiter un bon week-end pascal…

« – PRESENT !

Mais non ! »

On ne se refait pas…

Hannibal LECTEUR

 

En bonus : Malbrough s’en va-t-en guerre (1709)

 

[1] Source : LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française.

[2] L’air rappelle d’ailleurs une vieille chanson espagnole dont la version française aurait existé au temps des Croisés en Egypte. Pour plus d’informations sur le sujet, lire : La Chanson de Malbrouck, de l’archive au signe

[3] Source : Petite histoire des expressions, Gilles HENRY, Marianne TELLIER, Isabelle KORDA, p. 16-17.

Retrouvez notre précédent Décryptage → Le quart d’heure de Rabelais

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